Delanoe Paris 2008
Connectez-vous

Une ambition urbaine au service de la solidarité et du mouvement

Avancer, cela signifie d’abord savoir s’ouvrir aux autres, s’inspirer des idées novatrices qui naissent hors de nos frontières, s’épauler mutuellement. C’est ce que nous avons fait depuis 2001, à travers des échanges et des partenariats nombreux avec de grandes collectivités étrangères. Paris a ainsi reconquis une place évidente sur la scène internationale, celle d’un acteur dont le sens de l’innovation urbaine est désormais reconnu.

Mais c’est un nouveau moment de l’histoire de Paris que nous devons dessiner, en regardant loin devant nous. Il ne s’agit pas seulement de la ville de 2014. Il s’agit de la ville que nous lèguerons à ceux qui viendront après nous, et des traces que notre conception de l’urbanisme laissera aux générations suivantes. Au cœur d’une métropole en mouvement, Paris doit continuer de rayonner, d’innover et d’inventer. La ville ne peut pas être qu’utilitaire. Elle doit être stimulante, elle doit éveiller les sens. C’est dans cet esprit, celui de la libération d’un imaginaire collectif, que nous devons engager notre réflexion sur l’urbanisme parisien.

Nous avons évidemment un devoir de protection de notre patrimoine. Paris est un joyau, et quand on est responsable d’un joyau on cherche d’abord à le préserver. Rendre compatibles préservation et imagination, tel est le défi qu’il nous appartient de relever.

Le nouveau PLU adopté en 2006 a introduit un nouveau dispositif de protection patrimoniale qui concerne plus de 5000 bâtiments, en complément des 1900 protections de l’Etat au titre des monuments historiques. La préservation de l’identité des quartiers de Paris suppose que nous protégions la diversité des commerces de la capitale, qui constitue l’une des composantes majeures de l’identité culturelle de Paris. Nous avions intégré dans notre PLU une disposition novatrice visant à protéger contre la spéculation immobilière les activités commerciales et artisanales de 260 km de voies parisiennes et de 21 km de voies-marchés particulièrement riches en artisanat alimentaire. Le juge administratif, saisi par le préfet, a dû annuler cette disposition, au motif que les décrets de la loi du 2 août 2005 n’avaient toujours pas été pris … par le Gouvernement. Cela ne nous empêchera pas de continuer de défendre inlassablement le commerce de proximité.

A défaut de pouvoir intervenir sur un plan réglementaire, la Ville a confié à la SEMAEST, société d’économie mixte, la mission de préserver la diversité commerciale dans les quartiers concernés par la monoactivité : plus de 230 locaux, soit environ 30 000 m2 sont maîtrisés par la SEMAEST et ont ainsi échappé à la spéculation immobilière et aux grossistes. Nous souhaitons conforter et amplifier l’action de la Ville, en poursuivant notre politique de préemption de locaux commerciaux pour y implanter des commerces et artisans de proximité. En juillet 2007, le Conseil de Paris a validé cette proposition, qui entrera en vigueur dès début 2008 et sera étendue à d’autres quartiers de Paris. En particulier, les commerces culturels (dont les librairies) menacés dans les 5ème et 6ème arrondissements pourront bénéficier de cette intervention.

Notre ambition urbaine s’est déployée dans les quartiers de Paris auxquels les municipalités précédentes n’avaient pas prêté une réelle attention. Paris est en effet marqué par des différenciations fortes de son territoire. La première oppose le nord-est et le sud-ouest. Cette ligne de fracture séculaire entre riches et pauvres, entre emploi et chômage, est métropolitaine.
Elle se traduit, entre autres, par la situation radicalement opposée des départements des Hauts de Seine et de Seine Saint-Denis. Sur son propre territoire, notre Municipalité s’est résolument attaquée à la réduction de ces écarts, en libérant, dans le nouveau PLU, la création de locaux d’activités dans le nord et l’est, en développant de nombreux projets urbains, dont celui de Paris Nord Est sur 200 ha, et en obligeant à la création de logements sociaux dans le centre et l’ouest.

Paris connaît également une forte différenciation le centre – les arrondissements centraux jusqu’aux fermiers Généraux – et la « périphérie », la couronne de Paris. Or la couronne se trouve non pas en périphérie mais au centre d’une des métropoles les plus dynamiques du monde. Elle n’est pas une frontière, mais une respiration de l’agglomération. Beaucoup a été entrepris depuis 2001, notamment au travers du Grand Projet de Renouvellement Urbain de la couronne de Paris, avec trois objectifs : apporter, dans la couronne, la même qualité d’espaces publics, d’architecture, d’équipements, de services que dans le centre de Paris ; développer l’emploi ; faire en sorte que Paris et les communes voisines ne fassent plus qu’une seule et même ville à vivre.

L’arrivée du tramway sur les Maréchaux Est et Nord (le T3), jusqu’à la Porte de la Chapelle et, nous le souhaitons, au-delà, sera une occasion exceptionnelle d’achever la mue des territoires qu’il dessert. Il y a là l’occasion d’un projet urbain ambitieux associant la mise en valeur de vastes terrains mal urbanisés et l’arrivée de projets structurants de transport public, le tramway mais également la nouvelle gare du RER E (Eole) dans le quartier de l’Evangile.

Concernant les quartiers centraux, l’effort doit être porté sur la reconquête de ces quartiers par et pour leurs habitants, avec le retour vers le logement des immeubles détournés de leur usage d’habitation, la poursuite de la création d’espaces verts et des équipements publics manquants. Le projet des Halles, qui porte une belle ambition architecturale, devra à cet égard être exemplaire. Le centre de Paris doit être un lieu où l’on vit, et non pas seulement un lieu que l’on visite.

Dans le même esprit, nous amplifierons l’effort de rénovation urbaine dans les quartiers populaires. L’investissement consacré aux 11 quartiers de Grand projet de Renouvellent Urbain (GPRU), de l’ordre de 100M€ dans cette première mandature, a permis de créer des équipements de proximité et d’améliorer le cadre de vie. Il sera doublé sous la prochaine mandature, atteignant ainsi 200 M€. L’objectif est bien de proposer aux populations modestes qui habitent ces quartiers, un cadre plus agréable et respectueux de l’environnement et de continuer à les accompagner sur le plan social (réussite éducative, prévention, création d’entreprise, accès à l’emploi…). Mais il faut aller au-delà, et dépasser la logique de réparation vis-à-vis de territoires trop longtemps délaissés, pour en faire de véritables espaces d’avenir avec des projets culturels, économiques, des logements plus diversifiés, et une véritable novation architecturale. Les entreprises sont intéressées par ces nouveaux quartiers proches des portes de Paris et dont l’urbanisme sera profondément rénové dans le sens d’une meilleure harmonie avec les communes périphériques. Par un système de conventions, les emplois créés devront au moins pour partie bénéficier aux habitants.

Enfin, nous devons recoudre le tissu urbain entre Paris et les collectivités voisines. La coupure qui existe depuis la création des frontières actuelles de Paris, par décision autoritaire, en 1860, a été accentuée par la réalisation d’une autoroute urbaine dans les années 1960 et 1970. Là encore, beaucoup a été entrepris pour modifier le cours de l’histoire.
Des projets de grande ampleur sont en train de naître entre Paris et ses voisins, grâce à deux couvertures du périphérique : l’aménagement de la porte des Lilas et celui de la porte de Vanves. A quelques kilomètres de ses limites administratives, Paris s’engage, au côté de la ville de Saint-Ouen dans le projet ambitieux de requalification du secteur des Docks. Entre la porte de la Chapelle et celle d’Aubervilliers est étudiée, avec la communauté d’agglomération de Plaine Commune, la création d’un véritable quartier intercommunal.

Ce souci de solidarité plaide pour un urbanisme de l’audace et de la créativité.

Des erreurs architecturales et urbaines ont été commises dans les années 1960 et 1970 lorsque des quartiers entiers ont été rasés et remplacés par un urbanisme de dalles surmontées de barres et de tours. Dans les années 1980 et au début des années 1990, des « zones d’aménagement concerté » ont été réalisées sans tenir compte de la ville environnante, des habitants et des lieux. Ces quartiers, réalisés de manière autoritaire, sans concertation, à l’aspect quelquefois massif, ont donné une mauvaise image aux « gestes architecturaux ».

Le retour à un urbanisme plus traditionnel, soucieux du rapport à la rue et à l’espace public, du contexte environnant a parfois conduit à des excès inverses, une sorte de timidité où le bâtiment même devait disparaître derrière le bel ordonnancement de la rue. Cette sagesse a pu conduire à une certaine fadeur.

Depuis 2001, la relance d’une politique ambitieuse en matière d’urbanisme a permis l’émergence d’une architecture plus audacieuse. Mais, peut-être, tout n’a-t-il pas été fait pour la mettre en lumière. Il est vrai que ces innovations ont beaucoup concerné des opérations de taille petite ou moyenne (logements sociaux, équipements publics), plus rarement de grands équipements comme à l’époque des « grands travaux » du président Mitterrand. La création architecturale doit continuer de se déployer à Paris. Nous avons, sous cette mandature, engagé des réalisations architecturales ambitieuses, et profondément novatrices : la Fondation pour l’Art contemporain conçue par Franck Gehry, le Philharmonique, les Halles…La beauté de la ville est la première richesse du citadin, tous les quartiers de Paris méritent cette beauté. L’une des priorités de la politique d’urbanisme des six ans qui viennent sera de créer une véritable agglomération polycentrique, pour que tous les Parisiens sentent qu’ils sont au cœur de Paris.

Les nouvelles opérations d’aménagement devront évidemment prendre en compte l’exigence de la densité. Dans ce débat, il faut donc vaincre les tabous, abolir les préjugés, ce qui suppose de n’écarter aucune hypothèse y compris celle de construire des immeubles de grande hauteur (15 à 20 étages) voire davantage, à titre exceptionnel, aux abords du périphérique. Il faudra évidemment prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer la qualité architecturale de ces bâtiments, pour assurer leur haute performance environnementale et leur compatibilité avec les exigences du développement durable (desserte par les transports en commun, consommation énergétique maîtrisée). On ne reproduira pas les erreurs passées : il y a de belles tours, pratiques, élégantes, ouvertes. Paris est une ville géographiquement petite, démographiquement dense. Pour que Paris continue de se développer, de se peupler, dans les décennies et les siècles qui viennent, c’est vers le haut qu’il faudra chercher.

Voir les commentaires Soyez le premier à réagir !