La mixité sociale commence par une politique audacieuse du logement. Depuis 2001, nous avons progressé dans la construction des logements sociaux (dont la production a été multipliée par trois) et dans la résorption de l’habitat insalubre, par le moyen d’acquisitions publiques pour les immeubles les plus dégradés, par la sécurisation des immeubles dangereux, et par une action sur les hôtels meublés, dont les incendies de 2005- qui resteront sans doute le souvenir le plus tragique de ces sept années- ont montré l’impérieuse nécessité. Nous continuerons cette politique, qui repose sur trois principes : le volontarisme (parce qu’il nous faut bousculer bien des inerties), la transparence (parce que l’attribution des logements sociaux à Paris est devenue pluraliste), et l’équité (parce que cette attribution repose sur des critères objectifs, qui sont les mêmes pour tous et qui sont connus de tous).
Mais ces trois principes auront, de 2008 à 2014, une seule et même clef : celle de la mixité- ce qui signifie que nous élargirons le champ de notre politique du logement bien au-delà du logement social ou très social. La réalisation de cet objectif se heurtera, de fait, à un obstacle : la faiblesse des moyens d’action de la Ville sur le marché de l’immobilier. Mais si nous ne voulons pas nous résigner à ce qui est, nous devrons agir sur tous les fronts, et (par exemple sur le problème des ventes à la découpe) imaginer de nouveaux moyens d’action.
Alors que Paris avait perdu 171.000 habitants entre 1975 et 1999, la population parisienne a augmenté de plus de 28.000 habitants entre 2000 et 2005. Ce regain démographique s’accompagne d’une augmentation du nombre de familles et de leur natalité, ainsi que d’un rajeunissement et d’un renouvellement de la population (en 2005, un Parisien sur cinq n’habitait pas Paris, cinq ans auparavant).
Notre objectif étant dès l’origine de faire de Paris une ville où l’on puisse rester ou s’installer, nous avons agi pour toutes les familles, notamment les plus modestes et les classes moyennes. Nous avons commencé à rattraper le retard accumulé pendant des décennies. Beaucoup reste à faire.
Logement social : répondre à une demande forte et en constant renouvellement
Au 1er janvier 2007, nous comptions 109 000 demandeurs de logements sociaux, soit une quasi-stabilité par rapport à 2001 (100 000 demandeurs). Or, dans le même temps, près de 90 000 logements auront été attribués à des demandeurs de logements sociaux.
Illustration claire d’une demande sans cesse renouvelée et d’un « turn-over » qui s’est accéléré, la Ville recevant désormais environ 40 000 nouvelles demandes chaque année, dont une part croissante émane de personnes n’habitant pas à Paris (19% des inscrits en 2007, contre seulement 14 % en 2001).
Pour répondre à cette demande, la Municipalité aura financé, en 7 ans, plus de 30 000 logements sociaux supplémentaires (soit près de 4 300 par an, à comparer aux 1 564 financés annuellement sous la précédente mandature). Parmi ces 30.000 logements, près de 30 % sont des Prêts locatifs sociaux (PLS) destinés aux classes moyennes.
Cette priorité obéit d’abord à une obligation légale : la loi SRU impose à Paris comme à toutes les grandes villes d’atteindre 20 % de logements sociaux en 2020, alors que nous nous situons aujourd’hui à environ 15,5 %. Elle répond surtout à une très forte attente des Parisiens dont 72 % ont des revenus qui les rendent éligibles à un logement social. La production de nouveaux logements sociaux constitue donc un enjeu essentiel pour maintenir la diversité sociale de la population parisienne.
C’est pourquoi nous nous fixons pour objectif d’atteindre 20 % de logements sociaux dès 2014, ce qui se traduira par 6 800 logements sociaux financés chaque année pendant la mandature, dont 40% de constructions neuves. Nous pourrons ainsi donner un « temps d’avance » à Paris pour le logement des plus modestes et des classes moyennes.
Relancer la construction de logements neufs
En 2001, la politique d’aménagement de la Capitale était en panne : la précédente municipalité n’avait lancé, en six ans, aucune nouvelle opération d’urbanisme contribuant ainsi à raréfier dangereusement les possibilités de constructions nouvelles, comme l’atteste la baisse du nombre des permis de construire délivrés à Paris au début des années 2000.
Depuis sept ans, nous nous sommes donc attachés à relancer une véritable dynamique en la matière : aujourd’hui, plus de 70 opérations d’aménagement sont en cours, intéressant 1000 hectares soit 10% de notre territoire. Ces projets sont principalement conçus au bénéfice du logement puisque ces zones, à elles seules, devraient permettre la construction de 9 000 logements neufs au cours de la prochaine mandature.
Mais sur un sujet aussi décisif pour la vie des Parisiens, nous affirmons évidemment un souci de qualité. Ainsi, outre la programmation d’équipements et de services de proximité, nécessaires à la vie quotidienne (crèches, écoles, commerces…), nous veillons également à la diversité des programmes résidentiels non seulement en logements sociaux mais en logements privés accessibles. Ces futurs quartiers parisiens intégreront en outre de nombreux espaces publics, afin de favoriser les échanges, ainsi que des espaces verts, conçus au plus près des usages et des attentes des résidents, notamment des enfants. A titre d’illustration, le nouveau Jardin d’Eole, dans le 18è arrondissement, ou la première phase du parc des Batignolles, dans le 17è, traduisent la qualité de cette nouvelle génération de parcs publics parisiens. Enfin, il est évidemment fondamental de rompre avec la spécialisation des territoires, ce qui implique d’intégrer aussi à chaque projet une véritable dimension économique.
Préserver à Paris un parc locatif privé accessible et diversifié
Le marché immobilier parisien a flambé au cours des dernières années dans des proportions qui ont fortement pénalisé le niveau de vie de nombreux Parisiens, et tout particulièrement les classes moyennes. Dans la limite de ses prérogatives, la Municipalité a usé des armes dont elle dispose pour lutter contre cette spirale spéculative.
Elle s’y est notamment employée dans le cas des ventes à la découpe en sauvant plus de 8.000 logements de ce processus, préservant ainsi un parc locatif accessible dans notre cité. Face à de telles opérations, il serait indispensable que les communes disposent de nouveaux instruments juridiques pour s’opposer à l’éviction des locataires en place. Tel était l’objectif de la proposition de loi déposée en 2006 par les députés socialistes Annick Lepetit et Patrick Bloche, proposition malheureusement rejetée par la majorité UMP de l’Assemblée nationale.
Au-delà du développement du parc social, il est indispensable de protéger également le parc locatif privé, d’augmenter le nombre de logements disponibles à des loyers maîtrisés et de favoriser l’accès des jeunes ménages à ces logements. Ici, deux pistes peuvent être distinguées :
Mener à son terme la résorption de l’habitat insalubre
La situation dont nous avons hérité en 2001 était une véritable honte pour Paris. Alors que la précédente municipalité n’avait identifié que 136 immeubles insalubres (chiffre figurant dans la brochure bilan qu’elle avait diffusée en 2000), un recensement exhaustif - et inédit - engagé dès 2001, a révélé une tout autre réalité : plus de 1.000 immeubles insalubres, fruits de décennies d’inertie. Prenant à bras le corps ce chantier prioritaire, nous avons consacré depuis 2001 plus de 206 M€ à la résorption de l’habitat indigne.
Résultat : à la fin de la mandature, plus de 80 % des immeubles seront sortis de l’insalubrité ou engagés dans un processus de sortie d’insalubrité, et environ 4.000 ménages (soit 19.000 personnes) concernés en 2001, auront été relogés. Nous nous engageons à achever cette tâche considérable en trois ans, et à résorber ainsi totalement l’habitat insalubre à Paris. Nous complèterons cette action par un dispositif de suivi des immeubles parisiens afin de pouvoir, à l’avenir, intervenir en amont et prévenir tout processus de dégradation.
Rendre le logement plus accessible à la jeunesse
Nous avions prévu de financer 3000 logements étudiants au cours de la mandature qui s’achève, nous en aurons finalement financé 3.500, à comparer aux 321 de la précédente équipe municipale. Nous intensifierons notre effort en faveur du logement étudiant, avec un objectif d’au moins 4000. Se loger à Paris demeure un défi pour un très grand nombre de jeunes, au-delà de la sphère étudiante : c’est notamment le cas pour les jeunes travailleurs, pour lesquels nous proposons la création de 3000 places en foyer (« Foyers de Jeunes Travailleurs », FJT), soit le double de ce qui a déjà été mis en œuvre au cours de cette mandature. Plus largement, certains bailleurs, certains propriétaires privés, proposent aujourd’hui des logements absolument indécents dont les loyers sont prohibitifs. Trop de jeunes ménages peinent à se loger faute de pouvoir répondre aux conditions financières d’accès à la location. Nous créerons donc un système public d’aide à la caution qui permettra de soutenir ces jeunes locataires.
Agir résolument pour venir en aide aux sans-abri
La prise en charge des personnes sans domicile fixe est une compétence de l’Etat. Toutefois, face au drame que vivent ces personnes et à l’insuffisance de l’action de l’Etat, nous avons créé 1 000 places nouvelles dans des centres à taille humaine. De plus, parce que les conditions d’accueil étaient parfois « dissuasives », nous finançons la rénovation de 2000 places dans les principaux centres.
Ainsi, Paris est le département francilien qui compte le plus de centres d’hébergement d’urgence, avec 1 place pour 472 habitants, soit quatre fois plus que dans les autres départements franciliens (1 place pour 1 718 en moyenne).
A cela s’ajoute l’existence d’une population nombreuse qui loge à Paris, par nécessité, dans des hôtels meublés, dans des conditions souvent scandaleuses. Nous proposons d’amplifier la location dans le parc privé pour le relogement d’urgence comme alternative aux hôtels meublés, souvent plus onéreux et moins confortables. Cette disposition déjà amorcée par l’actuelle municipalité, sera progressivement étendue, en synergie avec le monde associatif.
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