Une ambition urbaine au service de la solidarité et du mouvement
Avancer, cela signifie d’abord savoir s’ouvrir aux autres, s’inspirer des idées novatrices qui naissent hors de nos frontières, s’épauler mutuellement. C’est ce que nous avons fait depuis 2001, à travers des échanges et des partenariats nombreux avec de grandes collectivités étrangères. Paris a ainsi reconquis une place évidente sur la scène internationale, celle d’un acteur dont le sens de l’innovation urbaine est désormais reconnu.
Mais c’est un nouveau moment de l’histoire de Paris que nous devons dessiner, en regardant loin devant nous. Il ne s’agit pas seulement de la ville de 2014. Il s’agit de la ville que nous lèguerons à ceux qui viendront après nous, et des traces que notre conception de l’urbanisme laissera aux générations suivantes. Au cœur d’une métropole en mouvement, Paris doit continuer de rayonner, d’innover et d’inventer. La ville ne peut pas être qu’utilitaire. Elle doit être stimulante, elle doit éveiller les sens. C’est dans cet esprit, celui de la libération d’un imaginaire collectif, que nous devons engager notre réflexion sur l’urbanisme parisien.
Nous avons évidemment un devoir de protection de notre patrimoine. Paris est un joyau, et quand on est responsable d’un joyau on cherche d’abord à le préserver. Rendre compatibles préservation et imagination, tel est le défi qu’il nous appartient de relever.
Le nouveau PLU adopté en 2006 a introduit un nouveau dispositif de protection patrimoniale qui concerne plus de 5 000 bâtiments, en complément des 1 900 protections de l’État au titre des monuments historiques.
La préservation de l’identité des quartiers de Paris suppose que nous protégions la diversité des commerces de la capitale, qui constitue l’une des composantes majeures de l’identité culturelle de Paris. Nous souhaitons conforter et amplifier l’action de la Ville, en poursuivant notre politique de préemption de locaux commerciaux pour y implanter des commerces et artisans de proximité. En juillet 2007, le Conseil de Paris a validé cette proposition, qui entrera en vigueur dès début 2008 et sera étendue à d’autres quartiers de Paris. En particulier, les commerces culturels (dont les librairies) menacés dans les 5e et 6e arrondissements pourront bénéficier de cette intervention.
L’arrivée du tramway sur les Maréchaux Est et Nord (le T3), jusqu’à la porte de la Chapelle et, nous le souhaitons, au-delà, sera une occasion exceptionnelle d’achever la mue des territoires qu’il dessert. Il y a là l’occasion d’un projet urbain ambitieux associant la mise en valeur de vastes terrains mal urbanisés et l’arrivée de projets structurants de transport public, le tramway mais également la nouvelle gare du RER E (Éole) dans le quartier de l’Évangile.
Concernant les quartiers centraux, l’effort doit être porté sur la reconquête de ces quartiers par et pour leurs habitants, avec le retour vers le logement des immeubles détournés de leur usage d’habitation, la poursuite de la création d’espaces verts et des équipements publics manquants. Le projet des Halles, qui porte une belle ambition architecturale, devra à cet égard être exemplaire. Le centre de Paris doit être un lieu où l’on vit, et non pas seulement un lieu que l’on visite.
Dans le même esprit, nous amplifierons l’effort de rénovation urbaine dans les quartiers populaires. L’investissement consacré aux 11 quartiers en Grand projet de renouvellement urbain (GPRU), de l’ordre de 100 M€ dans cette première mandature, a permis de créer des équipements de proximité et d’améliorer le cadre de vie. Il sera doublé sous la prochaine mandature, atteignant ainsi 200 M€. L’objectif est bien de proposer aux populations modestes qui habitent ces quartiers, un cadre plus agréable et respectueux de l’environnement et de continuer à les accompagner sur le plan social (réussite éducative, prévention, création d’entreprise, accès à l’emploi…). Mais il faut aller au-delà, et dépasser la logique de réparation vis-à-vis de territoires trop longtemps délaissés, pour en faire de véritables espaces d’avenir avec des projets culturels, économiques, des logements plus diversifiés, et une véritable novation architecturale. Les entreprises sont intéressées par ces nouveaux quartiers proches des portes de Paris et dont l’urbanisme sera profondément rénové dans le sens d’une meilleure harmonie avec les communes périphériques. Par un système de conventions, les emplois créés devront au moins pour partie bénéficier aux habitants.
Enfin, nous devons recoudre le tissu urbain entre Paris et les collectivités voisines. La coupure qui existe depuis la création des frontières actuelles de Paris, par décision autoritaire, en 1860, a été accentuée par la réalisation d’une autoroute urbaine dans les années 1960 et 1970. Là encore, beaucoup a été entrepris pour modifier le cours de l’histoire.
Des projets de grande ampleur sont en train de naître entre Paris et ses voisins, grâce à deux couvertures du périphérique : l’aménagement de la porte des Lilas et celui de la porte de Vanves. À quelques kilomètres de ses limites administratives, Paris s’engage, au côté de la ville de Saint-Ouen dans le projet ambitieux de requalification du secteur des Docks. Entre la porte de la Chapelle et celle d’Aubervilliers est étudiée, avec la communauté d’agglomération de Plaine Commune, la création d’un véritable quartier intercommunal.
Depuis 2001, la relance d’une politique ambitieuse en matière d’urbanisme a permis l’émergence d’une architecture plus audacieuse. Ce souci de solidarité plaide pour un urbanisme de l’audace et de la créativité.
La création architecturale doit continuer de se déployer à Paris. Nous avons, sous cette mandature, engagé des réalisations architecturales ambitieuses, et profondément novatrices : la Fondation pour l’art contemporain conçue par Franck Gehry, le Philharmonique, les Halles…La beauté de la ville est la première richesse du citadin, tous les quartiers de Paris méritent cette beauté. L’une des priorités de la politique d’urbanisme, des six ans qui viennent, sera de créer une véritable agglomération polycentrique, pour que tous les Parisiens sentent qu’ils sont au coeur de Paris.
Les nouvelles opérations d’aménagement devront évidemment prendre en compte l’exigence de la densité. Dans ce débat, il faut donc vaincre les tabous, abolir les préjugés, ce qui suppose de n’écarter aucune hypothèse y compris celle de construire des immeubles de grande hauteur (15 à 20 étages) voire davantage, à titre exceptionnel, aux abords du périphérique. Il faudra évidemment prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer la qualité architecturale de ces bâtiments, pour assurer leur haute performance environnementale et leur compatibilité avec les exigences du développement durable (desserte par les transports en commun, consommation énergétique maîtrisée). On ne reproduira pas les erreurs passées : il y a de belles tours, pratiques, élégantes, ouvertes. Paris est une ville géographiquement petite, démographiquement dense. Pour que Paris continue de se développer, de se peupler, dans les décennies et les siècles qui viennent, c’est vers le haut qu’il faudra chercher.
Je ne suis pas viscéralement opposé aux tours, je ne pense pas non plus qu’elles sont un passage obligé pour une architecture audacieuse.
Par contre, je comprends mal que vous puissiez d’une part affirmer :
[….] nous devons recoudre le tissu urbain entre Paris et les collectivités voisines. [….]
et d’autre part :
[….] n’écarter aucune hypothèse y compris celle de construire des immeubles de grande hauteur [….] aux abords du périphérique.
Pensez-vous réellement que l’urbanisme peu dense qui va de pair avec les tours soit de nature à recoudre la blessure créée par le périphérique ?
Une réponse de l’équipe bertranddelanoe.net
Bonjour,
Les quelques portes de Paris ciblés pour ces projets d’ “immeubles de grande hauteur” sont presque des déserts urbains, longtemps délaissés et peu agréables à vivre. Avec trop de constructions sans âme, dégradées voire très laides. Il s’agit de les animer, de les redynamiser et aussi de les embellir, tout en proposant ici de nouveaux lieux de vie: équipements publics, commerces, logements, activité économique ou culturelle.
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