L’urbanisme à Paris : construire la « ville durable »
Le visage de Paris n’est plus le même qu’en 2001. Il fallait décloisonner notre ville. Il fallait oser la changer. Nous l’avons fait avec la précaution, la prudence, le scrupule dont on ne peut pas se départir quand on décide de modifier l’aspect d’une cité millénaire, mais aussi avec l’audace qui était indispensable si l’on ne voulait pas se résigner à ce que Paris devînt une ville-musée.
La réduction des écarts entre le Nord Est et le Sud Ouest, entre le centre et la périphérie
Notre ambition urbaine s’est déployée dans les quartiers de Paris auxquels les municipalités précédentes n’avaient pas prêté une réelle attention. Paris est en effet marqué par des différenciations fortes de son territoire. La première oppose le nord-est et le sud-ouest. Cette ligne de fracture séculaire entre riches et pauvres, entre emploi et chômage, est métropolitaine.
Elle se traduit, entre autres, par la situation radicalement opposée des départements des Hauts-de-Seine et de Seine-Saint-Denis. Sur son propre territoire, notre Municipalité s’est résolument attaquée à la réduction de ces écarts, en libérant, dans le nouveau PLU, la création de locaux d’activités dans le nord et l’est, en développant de nombreux projets urbains, dont celui de Paris Nord-Est sur 200 ha, et en obligeant à la création de logements sociaux dans le centre et l’ouest.
Paris connaît également une forte différenciation, le centre - les arrondissements centraux jusqu’aux fermiers généraux - et la « périphérie », la couronne de Paris. Or la couronne se trouve non pas en périphérie, mais au centre d’une des métropoles les plus dynamiques du monde. Elle n’est pas une frontière, mais une respiration de l’agglomération.
Beaucoup a été entrepris depuis 2001, notamment au travers du Grand projet de renouvellement urbain de la couronne de Paris, avec trois objectifs : apporter, dans la couronne, la même qualité d’espaces publics, d’architecture, d’équipements, de services que dans le centre de Paris ; développer l’emploi ; faire en sorte que Paris et les communes voisines ne fassent plus qu’une seule et même ville à vivre.
L’investissement consacré aux 11 quartiers en Grand projet de renouvellement urbain (GPRU), de l’ordre de 100 M€ dans cette première mandature, a permis de créer des équipements de proximité et d’améliorer le cadre de vie.
Le choix d’une architecture plus audacieuse
Des erreurs architecturales et urbaines ont été commises dans les années 1960 et 1970 lorsque des quartiers entiers ont été rasés et remplacés par un urbanisme de dalles surmontées de barres et de tours. Dans les années 1980 et au début des années 1990, des « zones d’aménagement concerté » ont été réalisées sans tenir compte de la ville environnante, des habitants et des lieux. Ces quartiers, réalisés de manière autoritaire, sans concertation, à l’aspect quelquefois massif, ont donné une mauvaise image aux « gestes architecturaux ».
Le retour à un urbanisme plus traditionnel, soucieux du rapport à la rue et à l’espace public, du contexte environnant a parfois conduit à des excès inverses, une sorte de timidité où le bâtiment même devait disparaître derrière le bel ordonnancement de la rue. Cette sagesse a pu conduire à une certaine fadeur.
Depuis 2001, la relance d’une politique ambitieuse en matière d’urbanisme a permis l’émergence d’une architecture plus audacieuse. Mais, peut-être, tout n’a-t-il pas été fait pour la mettre en lumière. Il est vrai que ces innovations ont beaucoup concerné des opérations de taille petite ou moyenne (logements sociaux, équipements publics), plus rarement de grands équipements comme à l’époque des « grands travaux » du président Mitterrand.
La création architecturale doit continuer de se déployer à Paris.
Nous avons, sous cette mandature, engagé des réalisations architecturales ambitieuses, et profondément novatrices : la Fondation pour l’art contemporain conçue par Franck Gehry, le Philharmonique de Jean Nouvel, la Canopée des Halles de Patrick Berger, les Docks en Seine de Dominique Jakob et Brendan Macfarlane… La beauté de la ville est la première richesse du citadin, tous les quartiers de Paris méritent cette beauté.
La préservation de l’identité des quartiers
Le nouveau PLU adopté en 2006 a introduit un nouveau dispositif de protection patrimoniale qui concerne plus de 5 000 bâtiments, en complément des 1 900 protections de l’État au titre des monuments historiques. La préservation de l’identité des quartiers de Paris suppose que nous protégions la diversité des commerces de la capitale, qui constitue l’une des composantes majeures de l’identité culturelle de Paris. Nous avions intégré dans notre PLU une disposition novatrice visant à protéger contre la spéculation immobilière les activités commerciales et artisanales de 260 km de voies parisiennes et de 21 km de voies-marchés particulièrement riches en artisanat alimentaire. Le juge administratif, saisi par le préfet, a dû annuler cette disposition, en s’appuyant notamment sur le fait que les décrets de la loi du 2 août 2005 n’avaient toujours pas été pris … par le gouvernement. Cela ne nous empêchera pas de continuer de défendre inlassablement le commerce de proximité et l’artisanat. C’est pourquoi j’ai décidé de faire appel du jugement du tribunal administratif.
À défaut d’être aidé par le gouvernement, la Ville a confié à la SEMAEST, société d’économie mixte, la mission de préserver la diversité commerciale dans les quartiers concernés par la monoactivité : plus de 230 locaux, soit environ 30 000 m2 sont maîtrisés par la SEMAEST et ont ainsi échappé à la spéculation immobilière et aux grossistes.
Nous souhaitons conforter et amplifier l’action de la Ville, en poursuivant notre politique de préemption de locaux commerciaux pour y implanter des commerces et artisans de proximité. En juillet 2007, le Conseil de Paris a validé cette proposition, qui entrera en vigueur dès début 2008 et sera étendue à d’autres quartiers de Paris.
Les opérations d’urbanisme, une véritable dynamique démocratique
Ce sont aujourd’hui 940 hectares, soit près de 10 % de la superficie de Paris, qui font l’objet d’une opération d’urbanisme. 350 commandes ont été passées par la Ville à des architectes de tous âges et de toutes inspirations. Des quartiers comme les Halles, la Porte de la Chapelle, la Porte de Vanves, les Batignolles, en seront profondément modifiés. Nous ne dissocions pas l’urbanisme de nos objectifs économiques, sociaux, environnementaux : Paris portera, jusque dans son architecture, les traces de sa mixité sociale ou générationnelle, le souci du développement durable. Car l’urbanisme est fait pour les hommes : c’est pour l’avoir trop longtemps oublié que notre ville s’était peu à peu figée.
Nous concevons l’urbanisme comme un acte politique qui reconnaît que le coeur de Paris ce sont les Parisiens. Cette évidence est devenue une exigence pour chacun des projets urbains entrepris et a été la pierre angulaire de l’élaboration du Plan local d’urbanisme.
Cette démarche s’appuie sur une véritable dynamique démocratique puisqu’elle associe riverains, associations, conseils de quartier dans les démarches de concertation indispensables et fructueuses.
Le mobilier urbain : une marque de la beauté de Paris
Le mobilier urbain marque l’identité de la ville et contribue à sa beauté. Nous avons élargi la gamme des mobiliers dans un double souci : privilégier des lignes esthétiques et contemporaines, encombrer le moins possible les trottoirs pour ne pas faire obstacle.
De nouveaux candélabres dessinés par Sylvain Dubuisson ont été implantés quai des Célestins.
La conception d’une nouvelle corbeille, d’une nouvelle ligne de bancs et de nouveaux sanitaires publics est lancée.
Le design des colonnes Morris, des mâts porte-affiches, des journaux électroniques d’information et des mobiliers urbains d’information a été renouvelé.
Les nouveaux mobiliers des stations Vélib’ dessinés par Patrick Jouin ont fait l’objet d’une création originale.
Le mobilier urbain du tramway des Maréchaux a été spécialement dessiné par Jean-Marie Wilmotte.