Mes chers camarades,
Dans cette victoire que nous venons de remporter - car c’en est une et une belle – il y a tous les ingrédients pour nous fixer à nous-mêmes le plus exigeant et le plus enthousiasmant des devoirs : construire l’alternative politique qu’attend notre pays.
Car, si nous avons mérité, dans ces élections municipales et cantonales, de représenter et de servir nos concitoyens, c’est parce que nous avons d’abord conçu des projets, novateurs, de gauche, et adaptés à une réalité regardée en face. Et puis, nous nous sommes rassemblés, nous, les socialistes et nous avons rassemblé toutes les forces progressistes de nos villes et de nos départements.
Enfin, nous avons travaillé en équipe avec un vrai sens collectif.
Après avoir exprimé notre gratitude envers tous les militants et tous les candidats, y compris ceux dont les valeureuses batailles n’ont pu conduire au succès, nous devons tout de suite nous mettre au travail. Dans chacune de nos collectivités locales, bien sûr, mais aussi ensemble. Pour nous épauler mutuellement ; partager nos expériences, notre créativité ; apporter maintenant les réponses opérationnelles aux défis majeurs que nous impose ce début de siècle si incertain : le logement, l’emploi, le droit à la santé, la modernisation d’un service public performant, la solidarité inter-générationnelle, le développement durable, la vitalité démocratique, pour ne citer que les plus importants.
Dans tous ces domaines, nous détenons désormais une part de responsabilité et nous serons jugés sur nos actes, sur le courage dont nous aurons su faire preuve pour réformer, pour entreprendre, pour créer du lien social.
Cette tâche à accomplir, nécessaire, ne suffira pas à honorer la mission qui nous a été assignée les 9 et 16 mars derniers. Car dans le vote des électeurs, il y avait un double message : la défiance vis-à-vis du pouvoir majoritaire en France depuis le printemps dernier. Mais aussi, pour la gauche, un devoir d’opposition efficace et responsable. Oui, dans cette expression citoyenne, il y a une demande qui s’adresse directement à nous comme une espérance : protéger, proposer, agir pour la vie quotidienne de tous.
Du pouvoir d’achat à la défense de la laïcité, en passant par le service rendu aux citoyens et une certaine idée de notre pratique démocratique, les Françaises et les Français attendent de notre famille politique qu’elle affirme une présence vigoureuse pour dénoncer, inventer et tenter de préserver l’essentiel de ce qui fait sens dans notre société. Quatre ans encore de majorité UMP, ce sera long ! Pour les salariés, pour les retraités et plus largement, pour tous les citoyens épris de progrès. Nous devons être à leurs côtés, imaginatifs, combatifs et lucides.
Et c’est bien dans notre manière d’assumer notre rôle d’opposants que nous commencerons à crédibiliser une offre alternative réellement de gauche, honnête, donc authentiquement réformiste et soucieuse de vérité. En effet, la crise économique mondiale qui se profile, ne nous autorise aucune légèreté, aucune démagogie. Afin d’y faire face, la France est plus faible des marges qu’elle a refusé de se donner pour affronter la compétition. Ce gouvernement les a gaspillées dans un « paquet fiscal » absurde, inefficace, inéquitable. L’absence d’investissements massifs au service de la Recherche et de l’Innovation fera cruellement défaut pour combattre cette crise.
Le délabrement de nos finances publiques, mises à mal méthodiquement depuis six ans, pèsera lourd dans les choix qui seront faits à court terme.
Nos manquements au respect des nécessaires convergences européennes nous priveront de la force dont nous aurions besoin aujourd’hui, pour proposer à nos partenaires une réponse audacieuse de notre continent à ces dérèglements mondiaux du capitalisme financier. Alors oui, nous allons devoir solliciter fortement notre intelligence collective et notre courage, pour opposer aux décisions probables du gouvernement, une analyse et des options progressistes résolument inscrites dans le réel.
C’est avec cette grande exigence vis-à-vis de nous-mêmes qu’il nous revient de préparer notre congrès de l’automne. Le temps donné est un atout pour que la réflexion soit approfondie et qu’elle engage tous les militants de notre parti.
Librement, mais sans complaisance, nous pouvons chercher et trouver les voies qui feront de nous ce grand parti de gauche, populaire, moderne, construisant son offre politique sur la créativité, l’audace et le réalisme, au service du progrès social. Et sans doute, dans cette réflexion, serons-nous conduits à nous différencier. Mais se différencier n’est pas se diviser. Loin des postures, des regards rivés sur les sondages ou des recettes du marketing politique, nous pouvons et nous devons travailler sur les idées.
Tous ensemble. Si nous n’avons pas peur du débat, riche, sincère, alors nous saurons nous rassembler. Car avant de nous interroger sur les alliances avec d’autres, il faut nous donner de la force à nous-mêmes.
Après, seulement, nous aurons la capacité de rassembler au-delà de nous. Toute la gauche, d’abord, mais sans naïveté et sans l’illusion qu’un rassemblement peut conduire à autre chose que la prise de responsabilité assumée. Avec honnêteté, de toute façon. Cela s’applique d’abord à la question du centre. Car si le centre est à la fois à droite et à gauche, envisager quelque perspective avec lui, reviendrait à nous mentir d’abord à nous-mêmes.
En revanche, si des forces qui se définissent aujourd’hui comme centristes, s’opposent vigoureusement, durablement, à la politique du Président de la République et de l’actuel gouvernement, si leurs animateurs font, sans ambiguïté, le choix de la justice sociale, alors oui, le dialogue est possible.
Mais il n’aura de débouchés que si nous sommes stables et forts sur nos fondamentaux.
Chers camarades, ayons confiance en nous et rappelons-nous qu’il n’est pas besoin d’être immodestes pour être ambitieux. Nous avons de beaux rendez-vous avec nous-mêmes et avec les Français.
Alors, ne les décevons pas. Travaillons ensemble, maintenant !