Par Philippe Lemoine
Entrepreneur, auteur de La Nouvelle Origine.
Dans un livre récent, j’en appelais à une intuition forte de Martin Heidegger : il faut cesser de penser que l’origine est derrière nous ; elle est devant nous, c’est à nous de la construire.
L’avenir se présente d’abord à nous comme une déconstruction. L’architecture de la société d’hier ne tient plus debout, celle qui superposait les étages d’une pyramide : à la base, les infrastructures technologiques ; au milieu, les processus économiques ; en haut, les superstructures culturelles. La technologie ne transforme plus seulement l’univers de la production ; elle bouleverse l’ordonnancement de l’univers de l’échange, dans ses dimensions marchandes et non marchandes.
Il faut donc avoir l’audace de construire, d’imaginer du neuf. Des court-circuits sont à établir entre des mondes jusqu’ici cloisonnés. Un arc incandescent doit notamment relier tout ce qui a trait à la créativité culturelle et tout ce qui relève du dynamisme économique. Ce ne serait pas la première fois qu’un mouvement surgirait d’une rencontre entre les artistes et les entreprises. C’est ainsi par exemple qu’est né le Bauhaus et le projet d’esthétique industrielle. Mais l’enjeu va au-delà à notre époque, avec Internet et les technologies d’information. La promesse du futur, c’est que chaque personne puisse devenir une entreprise et que toute personne ait vocation à participer à la création.
L’échelle de la ville est une bonne échelle pour engager ce nouveau départ. A l’étranger comme chez nous, plusieurs municipalités ont engagé des projets novateurs qui transforment l’identité d’une métropole, sa place dans la compétition mondiale, sa diversité ainsi que son rapport au passé et sa projection vers l’avenir. L’enjeu central des prochaines élections municipales, en France, réside dans la capacité à être audacieux dans ces domaines, tout en restant dans le concret. Si le bouillonnement actuel qui caractérise tant de villes est confirmé et amplifié par la prochain scrutin, il en résultera d’autres manières de penser la politique à l’échelle nationale et européenne, au service d’alliances de renouveau entre artistes, militants et ONG, entrepreneurs, nouvelles générations.
Dans cette révolution planétaire, la France a un rôle à jouer. Je suis convaincu que cela passe à court terme par notre capacité à faire à nouveau briller Paris. Après la guerre de 1870, il avait fallu moins de 20 ans pour remonter du trou dans lequel s’était enfoncé la France à une situation où Paris captait l’imaginaire de la terre entière, où les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité rayonnaient, où 50 millions de touristes se précipitaient vers la Tour Eiffel et l’Exposition Universelle de 1889. Aujourd’hui, nous devrions être en mesure de propulser très haut l’attractivité de Paris, en moins de cinq ans. Des atouts sont réunis et, à ces échéances, Bertrand Delanoë est en mesure d’incarner une telle ambition.
Plusieurs projets culturels lourds sont en cours dans Paris et ils forment un réseau invisible, une maille prête à vibrer. Certains sont issus de la ville, d’autres de l’Etat, d’autres d’entreprises, d’autres encore de l’action concertée entre les uns et les autres. Citons par exemple : le 104, le Grand Palais rénové, le Théâtre du Rond-Point, la Cité de la Mode, l’Echangeur, la Maison des Métallos, Le Laboratoire, La Poste de la rue du Louvre etc… Certains d’entre eux sont ouverts, d’autres encore en chantier. Chacun réunit, brasse, mélange. Les incubateurs d’entreprises se rapprochent de ces lieux, ainsi que les écoles et les Universités. Les entreprises sont de plus en plus impliquées. Au début du premier mandat, elles se sentaient bien éloignées des perspectives écolo-socialistes de la Mairie. Puis, le jeu s’est ouvert et des structures comme le CODEV (le Comité de Développement économique durable de la Ville) ont été créées.
J’ai participé à cette structure aux côtés de son Président, Lionel Stoléru, et de nombreux entrepreneurs (Claude Bébéar, Anne-Marie Idrac, Cathy Kopp, Gérard Mestrallet etc…). J’ai été témoin d’une dynamique créée et d’une démarche qui ne visait pas à agréger artificiellement des personnes d’origines et de convictions différentes, mais qui tout simplement prenait acte du décloisonnement en cours dans la société. Des initiatives comme la Nuit Blanche, Vélib etc… ont symbolisé une démarche mais ne la résument en aucun cas. De même, l’accueil favorable de milieux « bobos » à ces projets n’était guère surprenant mais il s’agit que cette dynamique aille bien au-delà !
Nous devrons bâtir une nouvelle origine et pour cela nous devons à nouveau faire briller Paris. Les bases sont en place et ne demandent que du temps et de l’audace. Sans être nécessairement socialistes, nombreux sont ceux qui voteront pour Bertrand Delanoë, afin de faire vivre ce projet.
Philippe Lemoine
Entrepreneur, auteur de La Nouvelle Origine.