Delanoe Paris 2008
Connectez-vous
VIDÉO-BLOG
UN TEMPS D'AVANCE
PARIS

Si vous n'avez pas flash, cliquez ici pour l'installer

Lionel Jospin, ex-Premier Ministre

Diffusez cette vidéo sur votre site : envoyez à un ami
Lien direct vers cette vidéo : envoyez à un ami
lire la transcription texte de la vidéo

Je l’ai rencontré en 1973, je crois, pour la première fois, c’était un jeune responsable aveyronnais du parti socialiste. Et puis il est monté à Paris, et nous avons commencé à nous fréquenter davantage, avant même de nous retrouver dans le 18ème, dans les responsabilités au parti socialiste.

Ce que j’ai immédiatement apprécié chez lui, c’est à la fois son talent et son sérieux, derrière un côté qui pouvait apparaître comme un peu dilettante. Il était en fait extrêmement précis dans sa tâche, tout en n’étant pas uniquement préoccupé de la chose politique, mais en ayant des goûts littéraires, musicaux, un appétit de la vie aussi qui me plaisait.
Il était plus jeune que moi, et s’est engagé entre nous une relation fraternelle, alors que j’étais plutôt dans le rôle du grand frère, c’est vrai, pour des raisons d’âge. Nous avons commencé à travailler ensemble aussi, au sein du parti socialiste ; nous nous sommes rapprochés dans la fédération de Paris ; et puis bientôt, nous nous sommes retrouvés dans le 18ème, où il était arrivé d’ailleurs avant moi et où il habitait.

Nous nous sommes présentés ensemble aux élections municipales en 1977, sur une liste dirigée par Baillot, un communiste, aux côtés de Claude Estier, déjà élu de cet arrondissement, et de Daniel Vaillant qui y vivait aussi depuis l’enfance. Nous avons été élus au conseil de Paris en 1977, conseillers d’opposition. Nous avons milité ensemble dans le 18ème. Et puis en 1981, nous sommes devenus, Claude Estier, Bertrand Delanoë et moi-même, tous les trois, députés du 18ème, après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, et les législatives qui ont suivi.

Nous étions devenus très proches, politiquement sans doute, mais aussi amicalement. Chacun avait ses amis, son cercle, mais en même temps, nous nous étions rapprochés. Il aimait bien mes enfants, et ça s’est poursuivi d’ailleurs, y compris plus âgés maintenant, autour de la trentaine, il est proche d’eux, il voit mes petits enfants. Il y a quelque chose qui relève à la fois d’un esprit de famille, et en même temps d’une distance, qui existe dans nos vies, et c’est ça qui est extrêmement agréable.

Il a été, quand je suis devenu premier secrétaire du parti socialiste, mon porte-parole, chargé de la presse. Ensuite il a été responsable des fédérations du parti socialiste, de l’organisation du parti socialiste, et c’est là où il étonne encore, parce que derrière ce côté qui peut apparaître fantaisiste, c’est un bosseur, c’est un organisateur, mais un organisateur talentueux, sachant en même temps ne pas être prisonnier de la machine, organiser des événements, changer les rythmes du travail.

Donc cependant que j’étais premier secrétaire du parti socialiste, de 1981 à 1988, nous avons été, à la fois collaborateurs dans la direction du PS, conseillers de Paris et députés ensemble jusqu’à 1986. En 1986, je l’ai vu faire une rupture, qui n’était pas une rupture d’idée ou de fidélité par rapport au socialisme, mais qui était une envie de faire autre chose, de se montrer à lui-même qu’il n’était pas dépendant que de la politique. Il ne voulait pas finalement être un carriériste et donc il a fait l’aventure du privé.

Il a créé sa propre entreprise de communication qui a bien marché, il avait du talent pour cela. Et puis, c’est après quelques années dans le privé qu’il est finalement revenu dans la responsabilité politique. Il était resté conseiller du 18ème, et il s’est réinvesti à Paris, toujours dans un travail d’opposition au maire de Paris de l’époque : Jacques Chirac, puis, de monsieur Tiberi. Il a remporté, dans un travail d’opposition intelligent, constructif, dénonciateur aussi, parce qu’il fallait dénoncer une certaine façon de diriger Paris, de profiter aussi de Paris, il a fait faire des progrès nouveaux à l’opposition, que nous n’avions jamais accompli, en conquérant des arrondissements que la gauche n’avait pas gagné. Tout cela a porté ses fruits dans un travail, là encore, méthodique, mais aussi inventif, intelligent, construit à partir d’un rapport aux gens vivant, concret, et ça a débouché en 2001, sur cette magnifique victoire aux élections municipales, il est devenu maire de Paris.

Jamais la gauche, sauf peut-être depuis la Commune n’avait été, après il n’y avait plus de maire donc le problème était réglé, mais depuis qu’il y avait à nouveau un maire à Paris, c’est-à-dire, depuis 1977, jamais il n’y avait eu un maire de gauche, ça paraissait un rêve inaccessible, et ce rêve, il l’a concrétisé. Et je trouve, pour moi qui l’ai vu, jeune, talentueux, flamboyant, je l’ai vu en quelque sorte mûrir, s’accomplir, s’approfondir lui-même, à la fois comme personne, comme être, mais aussi comme élu et comme responsable. J’apprécie beaucoup ce qu’il fait à Paris, et j’espère avoir bientôt l’occasion de le redire.