Delanoe Paris 2008
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Claire Magimel, sociologue

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Pour l’accessibilité, moi je trouve qu’il y a eu beaucoup de choses de faites. Les trottoirs sont baissés quasiment à chaque angle de rue, on a vu la multiplication des feux sonores, les transports en commun et les bus accessibles, ça se développe. Pour moi, un bus accessible, c’est accessible aux fauteuils par la palette, accessible par les annonces sonores et accessible par l’annonce visuelle. Pour moi, il faut forcément les trois pour pouvoir dire “accessible”. Du coup, on voit de plus en plus de personnes handicapées dans la rue, notamment les fauteuils. Moi je suis impressionnée car il n’y a pas une semaine, il n’y a pas deux jours sans que je ne croise pas une personne en fauteuil dans la rue. Après, ce qu’il manque, c’est à mon avis l’information, la sensibilisation des gens sur ce qu’on fait, pourquoi on le fait et peut-être, tout ce qui est aspects techniques. Aussi sensibiliser parce qu’on s’aperçoit que les annonces sonores des bus peuvent être décalées, trop fortes, trop faibles, absentes. Les annonces visuelles, c’est pareil, or ce sont des choses qui, si elles servent effectivement à une frange de la population que sont les personnes handicapées, ça sert à tous, car quand on est dans son bouquin, qu’on entend son nom de station ou la précédente, c’est bien plus pratique que de lever la tête systématiquement. Je pense que c’est plus une éducation qui manque encore. On améliorera toujours l’aménagement, mais l’éducation est vraiment pour moi une chose importante.

Une autre chose que j’apprécie dans Paris en tant qu’handicapée, peut-être mais sur le plan général, moi je suis pour, à 100%, les nouveaux couloirs de bus. On a gagné du temps sur le transport, on s’occupe moins des transports en commun. Moi j’ai gagné du temps, et ça, pour moi, c’est vraiment une grande évolution depuis quelques années.

Voilà, après c’est toujours le problème du respect des places handicapées en voiture, les places prioritaires dans les transports et ne pas avoir les gens qui se regardent trois, quatre, cinq fois pour savoir qui est-ce qui se lève pour donner la place. Moi c’est vrai que mon handicap ne se voit pas donc je suis obligée de le justifier en disant “je suis handicapée, j’ai besoin de m’asseoir”. De temps en temps c’est la guerre à qui a une carte de priorité plus forte que l’autre, ce n’est pas facile et c’est parfois assez humiliant mais bon … Je pense que c’est là qu’il y a encore des choses à faire. Plus sur l’information et la sensibilisation. Une anecdote qu’on m’a rapportée et que je trouve très pertinente, c’est un ami qui était derrière l’hôpital des Quinze Vingt, l’hôpital des aveugles, pour les aveugles, pardon, qui régulièrement entendait les feux sonores. Ca l’énervait à un point ! Jusqu’au jour oû il a compris ce que c’était. Du jour au lendemain, il ne l’a plus jamais entendu, non pas que le feu ne fonctionnait pas, mais qu’il l’a intégré dans son environnement et ce n’était plus un bruit perturbateur. Et ça, je pense que c’est vraiment la question de l’information des gens. Depuis quelques années, on a vu apparaître aussi, enfin quelques années non, quelques mois, des bandes sur les traversées piétonnes, des bandes noires perpendiculaires aux traversées blanches, aux bandes blanches. Moi je n’ai jamais vu aucune information à ce sujet, je ne sais même pas comment elles sont utilisées et utilisables. Et ça c’est vrai qu’on va vous répondre “mais dans les associations, on doit bien le savoir” mais tous les handicapés ne font pas partie d’associations. Donc là, il y a peut-être aussi une information grand public à faire qui pourrait être, là aussi, une information pour les personnes ciblées mais aussi pour l’ensemble des personnes. Je pense que ce sont des choses importantes. Et puis bon, c’est vrai que sur la culture, je trouve que ça se développe aussi mais il n’y en a pas assez et il n’y en aura jamais assez. Ce sont des cinémas adaptés quelle que soit la déficience, voire l’idéal ce serait qu’on n’ait plus à choisir son cinéma ou sa salle de spectacle en fonction de son accessibilité mais comme tout le monde, en fonction de son programme. Mais là on est idéaliste. Il ne faut pas rêver. Le métro parisien ne sera jamais accessible aux personnes qui se déplacent en fauteuil roulant, il ne faut pas non plus demander l’impossible. Mais bon, la multiplication des bus me fait faire prendre plus de temps, qu’ils soient accessibles à tous c’est vraiment important, c’est une priorité, ça va dans le bon sens. Moi je reste persuadée que Paris a énormément évoluée sur le plan de l’accessibilité sur ce point là. Bon alors après, peut-être c’est dommage que les palettes des bus ne s’ouvrent que pour les fauteuils. Elles pourraient s’ouvrir systématiquement. Ca prend du temps certes, mais si c’est systématique, ce sera moins stigmatisant pour la personne qui ne sera pas obligée de demander, de se signaler, de se faire voir… La personne, la palette s’ouvre, elle passe par derrière, ça serait utile aux poussettes, aux personnes âgées, aux valises, et je pense que c’est une façon de banaliser le handicap.