LES ÉDITOS

Pour une autre France

13 décembre 2011

Le Président de la République redevient ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un éternel candidat. Mais avec, cette fois, une différence de taille par rapport à l’échéance précédente : c’est qu’il a gouverné pendant cinq ans, et que ses promesses exaltées, ses déclarations à l’emporte-pièce, peuvent désormais être confrontées à la dure réalité de ce qu’il a fait.
La France est abîmée, elle est profondément affaiblie, elle est divisée, morcelée, et accablée d’injustices. Trois crises se conjuguent, se nourrissant les unes des autres.

Une crise économique, bien sûr. Inutile de tourner autour de la vérité : la France est menacée de faillite. Le premier ministre l’avait dit il y a cinq ans. Depuis, avec le gouvernement, il n’a fait que l’accentuer. La croissance, sans laquelle notre pays ne se redressera pas, est en panne. Les privilèges fiscaux, comme la division par trois du taux le plus élevé de l’ISF, ont creusé la dette et les déficits sans contribuer à dynamiser l’activité… La construction européenne est en panne, et ce ne sont ni les effusions spectaculaires ni les traités de circonstance qui lui permettront de redémarrer. Cela n’empêche pas le Président de la République, avec l’imperturbable empressement des pompiers pyromanes, d’expliquer qu’il est seul à pouvoir nous sauver de l’abîme. Et de nous faire la leçon sur une « règle d’or » à 0% de déficit… alors qu’il n’a jamais eu ni la volonté ni la capacité de respecter la règle des 3% de déficits fixée par les traités européens en vigueur. Je pose la question : quand s’arrêtera donc ce qui s’assimile à une véritable imposture ?

Une crise sociale, surtout. Ceux qui nous gouvernent entendent, avec une arrogance étonnante, imposer « l’austérité » aux plus fragiles, tout en s’obstinant à faire des cadeaux aux plus favorisés… Ont-il perçu la profondeur de la souffrance sociale, si aiguë qu’elle rapproche notre pays de ce point de rupture où l’injustice subie ne trouve plus d’autre exutoire que le populisme ? La France de décembre 2011, c’est un chômage à 9,8% (en Allemagne il est de 5,6%). Ce sont plus de 5 millions de mal logés. Ce sont 2 millions de personnes surendettées, 5 millions d’interdits bancaires… Ce que cette multitude d’anonymes affronte ou redoute, c’est la spirale de l’exclusion, où l’on entre en un jour et d’où l’on ne sort – si l’on en sort- qu’au prix d’incommensurables efforts. La société française est coupée en deux : une faille sépare l’univers des plus installés de celui des plus démunis, auxquels les classes moyennes, oubliées de la crise, s’identifient de plus en plus.

Une crise morale, enfin. La décadence de l’esprit public prend des proportions incompatibles avec l’idée que les Républicains se font de leur pays, de ses valeurs, de son histoire. L’accumulation des favoritismes, l’utilisation des services publics à des fins partisanes voire personnelles, la multiplication des conflits d’intérêt, la collusion entre les pouvoirs publics et les puissances d’argent, donnent le spectacle affligeant d’un Etat qui n’est ni digne ni libre.

Cela suffit. Il faut changer. Assez de faux-semblants, d’impostures, d’hypocrisie. Deux voies s’ouvrent à la France. Celle du déclin, ou celle du renouveau, qui passe par l’alternance. Comme c’est la règle en campagne présidentielle, chacune de ces deux voies s’incarne en une personne. D’un côté, avec Nicolas Sarkozy, la fébrilité, la multiplication des discours tonitruants et contradictoires, le jeu malsain sur la peur et pour tout dire une forme de faiblesse intranquille. De l’autre, avec François Hollande, une détermination sereine qui prend pour autant la pleine mesure de la gravité de l’épreuve historique que nous traversons. François Hollande, avec une majorité de gauche, répondra aux trois crises actuelles. Face à la crise économique, il travaillera- au-delà des belles photographies- à redonner sa chance à l’Europe politique, qui conjuguera le sérieux budgétaire et le soutien à l’activité. Face à la crise sociale, il créera des outils nouveaux, qui changeront la vie dans sa réalité quotidienne : je pense notamment à l’encadrement des loyers ou à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Et face à la crise morale, il changera, par l’exemple mais aussi par la loi, la façon de solliciter et d’honorer la confiance du peuple : le cumul des mandats sera limité, la justice sera enfin vraiment séparée du pouvoir exécutif, l’audiovisuel public conquerra son indépendance, la République en somme se délivrera du poids des soupçons.

Alors qu’une année si dure, si lourde, s’achève, je voudrais que les Français identifient le chemin de l’espoir, la possibilité d’un nouveau départ. Je voudrais qu’à travers la détermination de François Hollande ils perçoivent la crédibilité du vrai changement. Je voudrais que, profondément, ils croient en une autre France.


Bertrand Delanoë

4 commentaires à “Pour une autre France”

  1. Préfol Michel dit :

    Merci, Bertrand,
    Michel Préfol

  2. Michel Cantal-Dupart dit :

    Bien vu.
    Faut il de moquer des bègues? Pas question dans notre cas il s’agit de gâtisme , c’est du vieillissement précoce.
    Place aux compétents…

  3. Chat dit :

    Bonsoir,

    Bravo Bertrand Delanoë pour cette idée sublime d’un camp d’accueil des gens du voyage près de l’avenuue Foch (ce n’est pas ironique, vraiment bravo pour cette inititive!)

    Les avantages, de mon point de vue, :

    - En nombre d’élécteurs, les personnes de cet arrondissement sont peu nombreuses par rapport aux autres, et de toute façon traditionnellement à droite.
    - On évite un ghetto
    - On ouvre à cette population qui se nourrit, presque exclusivement, (à part de temps en temps la pizza ou le japonnais) de culture et d’économie anglophone ou germanophohe, à la limite japonnaise) un apperçu plus large sur le monde.
    - On favorise le mélange artistique et intellectuel de populations.
    - On leur fait voir que tout n’est pas rose et aseptisé dans le meilleur des mondes et qu’il y a des gens qui souffrent ici et maintenant.
    - On leur fait découvrir,sans qu’ils aient besoin de les emprunter, les transports en communs.

    Respectueusement.

    Chat

    • Chat dit :

      Il faut lire bien sur Germanophone et pas Germanophobe!

      Les deux lettres sont à coté l’une de l’autre sur le clavier et je n’avais pas allumer la lumière Ouh! On va prendre cela pour un lapsus révélateur!

      Chat

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