LES ÉDITOS

Persévérer pour espérer

5 mai 2013

Il y a un an exactement que la France a pu commencer à se retrouver et à se relever avec la défaite d’un Président-candidat qui avait divisé sans régner, dépensé sans compter et finalement clivé sans convaincre. Élu pour redresser la France dans la justice et la paix, François Hollande a trouvé à son arrivée un pays abimé et épuisé par cinq années d’une politique à la fois injuste et inefficace. C’est une économie minée par 500 milliards de dettes supplémentaires, une balance commerciale en grave déficit, un tissu industriel à l’agonie, et une société rongée par le doute qui devaient faire face à l’intensification de la crise mondiale. C’est un pays stérilisé par l’impéritie satisfaite de ses gouvernants qui devait affronter l’épreuve terrible de la dépression économique, dans un cadre européen devenu instable.

François Hollande a commencé à relever avec sang-froid les défis qui se présentaient à lui, en faisant le choix d’inscrire son action dans le temps pour mieux conduire le changement annoncé pendant sa campagne. En posant dès son premier conseil des ministres l’exigence d’un gouvernement au train de vie raisonnable, à l’attitude respectueuse et à l’expression modeste, il a commencé par réhabiliter l’exercice d’un pouvoir dévalué par les excès de son prédécesseur. Confronté par la suite à sa première crise politique sur le terrain même où il avait agi avec le plus de fermeté, il a su répondre à la trahison imprévisible d’un homme par la réaffirmation intransigeante de la vertu collective dans notre République. Ce retour à davantage de dignité et d’efficacité s’est traduit sur la scène internationale, puisqu’il a su dès son premier Conseil Européen infléchir le cours d’une histoire qu’on nous disait écrite, en obtenant de nos partenaires un pacte de croissance commune matérialisé par 120 milliards d’investissements stratégiques. Et c’est le même volontarisme qui lui a permis d’engager nos forces au Mali dans les meilleures conditions. Déclenchée au bon moment, et dirigée avec autorité, cette opération, qui a été saluée par l’ensemble de nos partenaires, a permis de sauver un peuple ami de la barbarie intégriste.

Il a su également allier sens du dialogue et de la décision en matière économique et sociale. Son premier budget répond à l’ambition fondamentale d’alléger le poids de la dette sur notre dynamisme en proposant 30 milliards d’économies équitablement réparties. Ses premiers échanges avec les partenaires sociaux ont donné lieu à la signature d’un accord national interprofessionnel équilibré renforçant à la fois les droits des travailleurs et la vitalité des entreprises. L’âge de départ à la retraite des Français ayant commencé très jeunes à travailler a été ramené à 60 ans, et l’initiative des entrepreneurs a été stimulée. C’est donc avec des comptes publics en voie d’assainissement, un système de protection sociale consolidé et une compétitivité stimulée que la France affronte désormais la crise.

Enfin, sous son impulsion et loin des injonctions de son prédécesseur, la société française s’est remise en marche vers l’avenir. C’est avec le plus grand respect pour le débat et la démocratie qu’a été conduite la belle réforme du mariage pour tous, au terme de laquelle la liberté, l’égalité et la fraternité vont pouvoir progresser de concert. Dans le même temps, l’école de la République a commencé sa refondation pour faire de l’égalité non pas une incantation mais une réalité.

C’est tout cela qui a été accompli en un an avec beaucoup de calme et de détermination au cœur de la tempête qui ravage l’économie mondiale et ravive partout la tentation nationaliste. Le bilan de ces douze premiers mois est donc sans commune mesure avec l’immobilisme et les postures de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy. Malgré ces indéniables progrès, les Français continuent à souffrir et à douter. Face à la montée du chômage, au risque de la récession, à la perspective du déclin, ils attendent davantage. Allergiques aux comportements narcissiques qui sèment la confusion dans les esprits, blessés par certaines manifestations d’amateurisme qui dévaluent l’action du gouvernement, inquiets à l’idée d’être encore une fois déçus, les Français réitèrent l’exigence exprimée dans leur vote. Jugeant les réformes entreprises au cours des douze mois passés nécessaires mais pas suffisantes, ils aspirent à poursuivre le redressement engagé avec une énergie proportionnelle à l’enthousiasme levé il y a un an par l’élection de François Hollande. Ils savent que cette première année lui a permis de poser les fondations du redressement qu’il a promis, mais ne s’en contentent pas. Les quatre prochaines doivent voir s’élever l’édifice d’une politique de gauche ambitieuse, cohérente et pragmatique. C’est ce qu’exige, un an après le 6 mai 2012, l’espérance des Français.

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