ACTUS

Paris est riche de sa diversité retrouvée

4 février 2014

Tribune publiée dans Le Monde daté du 5 février 2014.

Dans un entretien croisé*, Philippe Meyer et Eric Hazan présentent leurs visions de Paris et critiquent, sans nécessairement la connaître avec précision, l’action de la municipalité. La lecture de cet échange laisse une impression troublante. On se demande de quel Paris l’un et l’autre sont nostalgiques. D’un Paris où un millier d’immeubles étaient insalubres ? D’un Paris, où on ne construisait pas, ou si peu, de logements sociaux pour les classes moyennes et populaires ?

Oui, ce Vieux Paris, que semblent regretter Eric Hazan et Philippe Meyer, a sans doute vécu mais le Paris d’aujourd’hui n’est pas celui de l’uniformisation, de la sclérose et de l’embourgeoisement qu’ils décrivent. C’est au nom de la diversité de la ville, de la vie quotidienne des Parisiens que je vois tous les jours, au nom des efforts fournis par la collectivité, que je souhaite rétablir la vérité des faits.

Je ne détaillerai pas les erreurs et les omissions, notamment sur la réalité de la politique culturelle que nous avons mise en œuvre, qui a conduit à une réelle démocratisation de l’accès à la culture à Paris (notamment par la création depuis 2008 de 3000 places supplémentaires dans les conservatoires municipaux) ; sur la défense du commerce de proximité, avec des outils innovants d’intervention publique qui ont permis de développer le nombre de commerces à Paris depuis 13 ans. Je souhaite, en revanche, revenir sur une des affirmations centrales des auteurs, à savoir la perte de diversité et de dynamisme de la société parisienne et la responsabilité en la matière de notre politique en faveur du logement social.

En premier lieu, contrairement à ce qu’affirment Eric Hazan et Philippe Meyer, le dynamisme démographique de Paris est à nouveau en marche. Après plusieurs décennies de déclin, puisque Paris perdait 1% de sa population chaque année entre 1968 et 1982, et pas moins de 150 000 habitants entre 1985 et 2000, notre ville a regagné en 12 ans plus de 125 000 habitants, dont 16 000 familles et 31 000 jeunes supplémentaires. Pour la première fois depuis le milieu des années 1950, les gains de population sont plus importants à Paris qu’en petite ou en grande couronne. La taille des ménages s’y est stabilisée après avoir diminué avant 2001, alors qu’elle tend à se rétracter en France et en Ile-de-France. La part des familles nombreuses est désormais plus importante dans le centre de l’agglomération parisienne que dans la France métropolitaine. Paris doit cette évolution à son attractivité retrouvée. Dans le même temps, cette population plus nombreuse, plus diverse, plus familiale et plus jeune nourrit la vitalité et consolide la cohésion de la société parisienne.

En deuxième lieu, la société parisienne est toujours riche d’une réelle diversité sociale : 8% d’ouvriers, 20% d’employés, 5% d’artisans (1 actif sur 3 est ouvrier, employé ou artisan), 23% de professions intermédiaires. Cette réalité conduit d’ailleurs 70% des Parisiens à disposer de ressources correspondant à l’accès au logement social.

La diversité sociale est un constat mais aussi une exigence qui impose d’accueillir toutes les catégories de population. Ainsi, contrairement à une idée reçue, que reprennent messieurs Hazan et Meyer, la part des populations pauvres à Paris est, avec 14 % de personnes vivant avec moins de 977 euros par mois, dans la moyenne nationale. Je ne peux laisser penser non plus que la Ville aurait renvoyé les populations étrangères en banlieue. Sur les 10 communes ou arrondissements qui accueillent le plus grand nombre d’immigrés en Ile-de-France, 8 sont des arrondissements parisiens, le 19ème, le 18ème et le 20ème arrondissements se situant devant Saint Denis !

Dans ce combat pour la diversité et le dynamisme de Paris, le logement social est un atout fondamental. J’assume et je suis fier de m’être attaqué à l’habitat insalubre et d’avoir permis à la ville d’atteindre le seuil de 20% de logements sociaux en en finançant la création de 70 000 depuis 2001. Pour des dizaines de milliers de Parisiens cela a signifié la fin de la vie dans des taudis. En 13 ans, ce sont plus de 150 000 ménages qui ont obtenu un logement social à Paris. Des dispositifs spécifiques permettent d’ailleurs de réserver une partie des attributions à ceux qui font vivre la ville au quotidien : infirmières, pompiers, policiers, personnels municipaux… Je ne peux d’ailleurs accepter les attaques, dont la démonstration reste à faire, contre la prétendue bureaucratie parisienne. Offrir des places en crèches, des logements, des équipements culturels, des prestations sociales imposent la mobilisation d’un service public efficace. Je l’assume.

Il ne fait pas de doute que Paris, comme toutes les grandes agglomérations mondiales évolue sous la pression des phénomènes de métropolisation. Mais, je ne veux pas laisser croire que la municipalité serait restée spectatrice devant ces pressions du marché. D’une part, nous revendiquons d’avoir développé des outils puissants pour réguler le marché. Notre Plan local d’urbanisme impose ainsi aux promoteurs dans toutes les opérations privées de plus de 800 m2 la construction de 25 % de logements sociaux. D’autre part, dès 2001, j’ai inscrit l’action de la municipalité à l’échelle de la métropole : les couvertures du périphérique, le réaménagement d’un certain nombre de portes, la conduite de projet urbain en commun avec cette richesse urbaine qu’est la couronne de Paris…autant d’axes concrets et quotidiens qui ont ouvert Paris à sa banlieue. Mais je considère qu’il faudra à l’avenir amplifier ce mouvement.

Paris est une ville qui a connu le progrès depuis 2001. Elle a développé son offre de services au bénéfice de tous. Elle s’est mobilisée pour maintenir sa diversité et son dynamise. Ces progrès ont, il est vrai, parfois des effets contradictoires, car l’attractivité nouvelle de la ville, rend le désir d’y vivre toujours plus fort. Paris a retrouvé sa vitalité démographique tout en préservant sa cohésion et sa diversité sociales. Il s’agit d’un acquis essentiel que l’on doit aux Parisiens eux-mêmes et qu’il faut qu’ils préservent à tout prix.

Bertrand Delanoë

* Le Monde du 31 janvier 2014

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