ACTUS

Le progrès a besoin de nos voix pour se faire entendre

14 janvier 2013

En mobilisant hier plusieurs centaines de milliers de personnes, les opposants au mariage pour tous se sont livrés à une véritable démonstration de force : la force du conservatisme capable d’agréger un large éventail de sensibilités différentes et même dissonantes pour faire obstacle au changement ; la force de la communication capable de draper de rose certaines revendications peu amènes et de grimer les livres d’heures en codes civils ; la force du préjugé enfin, capable de réduire la différence à la déviance, le désir au caprice et la demande d’une reconnaissance légale en acte de piraterie juridique.

Il ne faut certes pas craindre cette démonstration de force où ont pu s’exprimer librement un certain nombre de peurs et d’inquiétudes qui existent dans notre société et qu’il serait absurde de nier parce que nous n’en partageons ni les motifs psychiques, ni les attendus intellectuels, ni les contours affectifs. Mais nous ne devons pas, par lassitude, par tristesse ou même parfois par pudeur, laisser ravaler au rang de revendication catégorielle douteuse un progrès social souhaité par une majorité d’entre nous. Nous ne devons pas laisser s’accréditer l’idée dangereuse selon laquelle le droit et la société française sont menacés de destruction, alors qu’il s’agit pour le premier de prendre acte des évolutions de la seconde, et pour la seconde de recevoir le cadre honnête et rassurant que seul le premier peut lui accorder. Nous ne devons pas enfin laisser certains revendiquer, de bonne ou de mauvaise foi, une sorte d’exclusivité morale, sociale et politique de la famille.

Nous devons inlassablement répéter aujourd’hui « Vous n’avez pas le monopole de la famille », comme nous avons dû répéter en 1999 au moment de l’adoption du PACS « vous n’avez pas le monopole de l’amour ». Respectueusement mais fermement, il nous faut convaincre que la loi n’est pas là pour faire triompher une norme sur toutes les autres, mais pour permettre à différentes normes de cohabiter ensemble pour mieux concourir au bien commun. C’est le bien commun qui se joue en effet dans cette réforme où la reconnaissance sociale de l’amour s’étend à tous les couples, où la définition sociale de la famille s’enrichit de nouvelles formes d’alliance non moins valables et solides que celle de l’homme et de la femme, où enfin les enfants de parents du même sexe se voient offrir un cadre sécurisant pour pouvoir se construire en paix.

Ce bien commun, les conservateurs de chaque époque le conçoivent comme un patrimoine immobile à protéger du changement comme on défend un territoire face à des prédations ennemies. Les progressistes au contraire ont depuis toujours l’intuition que c’est dans le mouvement et dans le partage que les valeurs humaines fondamentales sont le mieux garanties. Nous connaissons aujourd’hui une nouvelle étape de ce dialogue. Après avoir obtenu l’accès à la contraception, puis à l’avortement, après avoir fait accepter un pacte civil de solidarité, il nous faut promouvoir cette belle idée selon laquelle un couple qui s’aime et qui désire construire ensemble une famille n’est pas un danger mais une chance pour l’ensemble de la société. Comme par le passé des théologiens se feront anthropologues, les polémistes se feront prophètes et des politiques se feront historiens… en passant bien entendu sous silence leur ralliement discret aux avancées d’hier. Face à eux, nous continuerons à dialoguer pour faire prévaloir sur les peurs le sens de cette réforme, qui doit permettre à notre république de se conformer davantage aux valeurs qui la fondent. C’est un pas de plus que nous nous apprêtons à franchir : vers la liberté – de vivre avec qui l’on aime, vers l’égalité – de toutes les familles, et vers la fraternité – dans une société qui cesse d’avoir peur de l’amour.

C’est au nom de ces valeurs, et parce que l’honneur d’une société est de conquérir son progrès, pas de le recevoir, que j’appelle les partisans de cette réforme à se mobiliser massivement au cours des prochaines semaines, avec comme point d’orgue la grande manifestation du 27 janvier, où il nous faudra donner à entendre notre désir de justice. Pour que le mariage soit ouvert à tous les couples, et pour que l’enfant puisse y trouver sa place, nous devons continuer à nous battre. Il ne s’agit pas pour la famille d’une dénaturation mais d’une nouvelle ère. Il ne s’agit pas pour certains citoyens d’avoir davantage – mais pour chaque citoyen d’être pleinement lui-même.

Ce pour quoi nous luttons aujourd’hui sera demain au patrimoine de la République.

26 commentaires à “Le progrès a besoin de nos voix pour se faire entendre”

  1. Marc Devaux dit :

    Bravo monsieur Delanoë. Mon compagnon et moi sommes Belges et nous vivons en Drôme provençale. Nous ne comprenons pas que tant de Français soient aussi rétrogrades pour refuser le mariage pour tous, alors que d’autres grands pays l’ont adopté, même de plus catholiques que la France. Notre couple est unanimement reconnu en tant que tel dans notre région et nous avons l’appui de nombreuses personnes. Merci pour votre courage, nous sommes derrière vous.
    Marc et Jean Pierre
    Pierrelongue

  2. Georges Leroyer dit :

    Des arguments et des contre-arguments, pour ce que Mme Taubira appelle un changement de civilisation.

    La question n’est pas pour les pro-mariage gay d’essayer de réunir 10 % de ce qui a été réuni hier, mais de montrer un vaste soutien.

    Rien ne pourra remplacer un référendum, sinon la loi ser remise en question à la prochaine alternance.

    Le mieux est de mobiliser pour ce référendum et pas de répondre sermon contre sermon.

    Georges

  3. Cedric dit :

    Je suis d’accord avec Georges Leroyer, il faut un référendum et pas un passage en force. Je pense que ce n’est pas rendre service aux homosexuels que de se priver de la voix du peuple en forçant le vote de cette loi grâce à des députés PS qui n’auront d’ailleurs AUCUNE liberté de vote. Ces centaines de milliers de personnes qui ont manifesté le 13 janvier en garderont un goût amer. Alors bien sûr ils ne manifesteront plus une fois la loi votée, ça ne sert plus à rien, mais cela ne veut pas dire qu’ils auront digéré la pilule. Ils garderont ce profond sentiment d’injustice, de ne pas avoir été écoutés, d’avoir manifesté pour rien, et ça se traduira par de la violence.

    Je fais remarquer que le vote du PACS n’a pas tellement permis de banaliser l’union homosexuelle en France, sinon de façade, comme le prouve la position de beaucoup de nos compatriotes, et même de l’UMP qui était vent debout contre cette réforme en 1999, et l’est aujourd’hui contre le Mariage Pour Tous. Ne nous y trompons pas, s’ils vantent aujourd’hui le PACS c’est juste pour argumenter leur opposition au Mariage Pour Tous qui est moins pire et non une réelle adhésion à cette loi votée en 1999.

  4. sarah dit :

    ce n’est PAS un passage en force, c’est le respect d’un engagement de campagne. Les parlementaires sont élus et payés pour voter en notre nom, c’est une loi, pas un décret! Coucou la République!

  5. Ulysse Platon dit :

    Bravo Monsieur Delanoë.

    Face à un si beau sermon, aux accents prophétiques et universels, où l’on voit le combat des bons (les progressistes) contre les méchants (les conservateurs – mais les méchants, on les plaint quand même: les pauvres, ils ont peur), on ne peut que répondre avec enthousiasme: Vive Monsieur le Maire ! Alléluia ! Amen ! Vive l’idéologie du progrès ! (idéologie du progrès dont le philosophe Michel Onfray vous dira qu’elle est héritée du judéo-christianisme)

    Franchement, M. le Maire, pourriez-vous vous montrer un peu plus nuancé ? Un peu plus respectueux du débat ? Un peu plus désireux de l’unité de la Nation ? Croyez-vous que ce soit la peur qui ait mis 1,3 millions de personnes dehors, par un vent glacé ? Je vous assure qu’il faut du courage pour se montrer en désaccord avec vous, avec les médias, avec votre volonté d’intimidation. Oh non, nous n’avons pas peur: pas peur de nous faire insulter, pas peur du froid, pas peur du débat, pas peur du référendum. Nous souhaitons un monde meilleur – plus aimant, plus authentique, plus confiant, plus respectueux des diversités d’opinion et de religion. Seulement nous n’avons pas la même philosophie que vous et nous pensons que votre loi ne contribuera qu’à un peu plus de malheur, un peu plus de mensonges, un peu moins d’humanité, un peu plus de solitude. Alors débattons, mais cessons les anathèmes, voulez-vous ?

    Cette vision blanc/noir, bon/méchant, Monsieur Delanoë, c’est bon pour Civitas, c’est mauvais pour le pays.

    Ulysse Platon

  6. Cddb dit :

    Merci Monsieur le Maire, après la dure journée d’hier vos administrés ont enfin un peu de baume au cœur.

    CDDB

  7. Romain Sacco dit :

    Le problème du référendum, dans l’éventualité où c’est le “non” qui remporte, cela sera très difficile de revenir dessus dans quelques années: on nous dira les français se sont déjà prononcés en 2013 par referendum, on va pas en refaire un, on s’en prend pour au moins 5 ans d’immobilisme sur le sujet. Alors que si la loi passe en “force”, le mot force est tout de même exagéré, 800 000 personnes ce n’est pas la France, dans 2-3 ans plus personne n’y pensera, avec le temps la tolérance sur le sujet grandit et cela sera rentré dans les moeurs. Donc pas de referendum!

  8. Romain Sacco dit :

    Merci Mr Delanoe, nous allons avoir besoin de tout votre soutien dans ces prochaines semaines et nous savons que nous pouvons compte sur vous. Un grand MERCI.

  9. Golor André dit :

    Bertrand, dans ce pays il y avait une tolérance de fait depuis le PACS, pour plein de raisons. Alors il s’était installé une sorte de fatalisme pour l’essentiel de la population : on ne peut pas dire que le LGTB et les français c’était le grand amour. Ce que le collectif a fait sauter, c’était précisément l’intérêt de se mobiliser. Sur les chiffres, ça enfume, mais la gendarmerie a bien compté 1,3 million de personne. Comme Hollande & co prend l’affaire avec distance, sur fond de crise, ça va énerver : la 3 em manifestation, il y aura 2 ou 3 millions de personnes, parce que maintenant que ça marche, tous les parties et églises vont se jeter dans la bataille. On va se faire défoncer le cul, et pas de la bonne manière si tu veux un avis. Alors bon, on peut couiner, mais à gauche, à droite, la seule chose qu’on va aligner le 27, c’est de la Femen, Act Up, et Caroline Fourest qui met tout le monde sur les nerfs : on est pas bien.
    Il faut enfumer : on sort le mot mariage, on conserve tout, et c’est réglé.
    Entre prendre une tannée et gagné, il faut que tu arrêtes de couincer et faire preuve de réalisme.
    Quand à l’autre con de Romain Sacco, je rêve : il nous explique que la démocratie, c’est moyen… tant qu’à faire, on passe en dictature et on règle tout, nan ? pauvre cloche.
    Parler de respect de l’engagement de campagne c’est du discours pipot : Hollanda a reculé sur tout : renégocation du pacte européen, séparation des banques, prix de l’essence, vote des étranger, TVA, taxe à 75% : sur tout.
    Qu’on abandonne le mot mariage et on pourra se marier à la cool.
    Sinon, on va mettre ce pays en feu, et à la finale c’est nous qui allons prendre l’homophobie massive en retour.

  10. Nathalie dit :

    Il est terrible de subir toute cette violence qui déferle dans nos journaux, sur nos radios et nos écrans depuis quelques mois.

    Elle est terrible cette violence qui émane de la manifestation du 13 janvier, qui sous ses abords bon enfant, permet à tous ces gens, sourire aux lèvres, d’expliquer qu’ils nous aiment bien, mais qu’il ne faut tout de même pas que nous puissions imaginer sortir de la sous-citoyenneté, car jamais nous ne les égalerons. Ces affirmations simplettes, souvent, les unes après les autres, qui rappellent, dans leur formulation, la cruauté tranquille et insouciante d’un enfant qui arrache les ailes d’une mouche. “Il joue, il rit, la mouche est à lui. Et il lui arrache les ailes il est si petit”.

    Elle est insupportable, cette condescendance faussement bienveillante avec laquelle on parle de nous, lorsque l’on a fini de nous traiter de malades, de pervers et de zoophile.

    Insupportable aussi la qualification de “mariage gay”, qui exclut – comme le fait d’ailleurs d’emblée de tous ses discours Madame Virginie Merle – les femmes. Comme un énième rappel à l’autorité séculaire de la France virile. Car c’est bien avant tout la peur d’une perte de domination, de maîtrise de la procréation qui mobilise bien des gens.

    Remarquable, évidemment, le nombre d’enfants présents à cette manifestation. Ces mêmes enfants qui rencontreront certainement un jour ou l’autre, un camarade dont les parents sont homosexuel-le-s. Que vont-ils demander à ce ou cette petit-e camarade ce jour là ? Comment vont-ils le/la traiter ? Crier à tue-tête qu’un enfant c’est un père et une mère, c’est aussi rejeter les enfants dont la parentèle ne suit pas ce modèle. C’est une belle leçon de pédagogie là encore. Surtout quand on sait comment sont traités déjà les adolescents homosexuels ou supposés l’être par leurs gentils petits camarades.

    Faire du refus de droits élémentaires à ses concitoyens une fête, a quelque chose d’au minimum indécent. Et les désirs de retour au vedettariat d’une has been qui vient de trouver un tremplin pour reconquérir l’affection des projecteurs devraient faire réfléchir un peu plus à la validité des propos à l’emporte pièce qu’elle est capable de tenir, sourire aux lèvres, en disant à toutes et tous qu’elle les aime, mais de préférence, à ses pieds et non à son niveau.

    Enfin, priver quelqu’un d’une partie de ses droits civils et de la famille n’est pas neutre, car en fait, il s’agit en principe d’une décision de justice, visant à punir un citoyen d’une faute jugée suffisamment lourde, relevant du pénal si je ne me trompe, pour justifier une telle sentence. Et ceci est toujours passé sous silence. Or dans les faits, cela revient à dire que nous commettons un crime et que nous sommes condamné-e-s pour celui-ci. Ce qui est très lourd de sens et permet à certains de considérer qu’on “avoue” son homosexualité, non qu’on en fait part.

    Il reste vraiment à espérer que la promesse de campagne sera tenue, car il faut parcourir les marchés de province, les allées des grandes surfaces, les lieux de travail même, pour mesurer à quel point les mots sont de plus en plus violents, de plus en plus injurieux, allant parfois jusqu’à l’appel à la pure et simple suppression d’une catégorie de la population française. Nous lâcher aujourd’hui serait pire qu’une injure, pire qu’une lâcheté : une condamnation dont bon nombre d’entre nous ne se relèverait même plus.

  11. Ulysse Platon dit :

    Chere Nathalie,

    croyez-moi, je suis navre de votre ras-le-bol qui me blesse et me peine et je voudrais vous dire tout mon respect, toute ma fraternite. Mais puisque vous aussi, vous vous sentez agressee, reniee dans ce que vous etes le plus profondement, vous me comprendrez j’espere quand je vous dirai que c’est un sentiment que je partage, et que je trouve insupportable toute cette violence dont moi aussi je me sens victime. Les medias me traitent d’homophobe en boucle, de nombreuses personnalites expliquent qu’etre contre la loi c’est forcement etre homophobe, reac. On insulte ma philosophie, ma religion, ce qui me fait vivre, en employant en etendard des mots que j’aime et pour lesquels je me bats: les mots “progres” et “egalite”.
    Alors je vous assure, je regrette comme vous ce debat qui refuse le debat, qui prefere l’injure, et la seule sortie possible c’est le respect mutuel. On n’insulte pas 1,3 millions de personnes comme cela.
    Avec tout mon respect, toutes mes pensees, et en vous assurant qu’en manifestant dimanche j’ai souhaite tout sauf vous insulter.

    U.P.

  12. Romain Sacco dit :

    Déjà le chiffre de 1,3 millions est-il officiel? J’ai entendu parlé de 800 000 et ce n’est pas le chiffre de la préfecture, en dessous.
    Ensuite, si on retire les enfants il en reste combien de manifestants? Parce que des enfant il y en avait pas mal hier à la manif!
    Certains diront que c’est normal puisque c’est une manif pour défendre la famille. Sauf qu’un enfant c’est un manifestant comptabilisé en plus, c’est toujours ça de pris.
    Qui parle du respect de l’enfant quand il y a instrumentalisation.
    Pire, ce qui me choque le plus, c’est qu’au final, parmis ces enfants, il y a ou y aura des homosexuels. Quelle image vient de leur donner leurs parents d’eux-mêmes?
    Cette manif va avoir des répercussions sur ces enfants, ils seront plus enclins à commettre des actes d’intolérances envers les homosexuels. Mais s’ils se découvrent homosexuels, leur mal être risque d’être insupportable.
    Alors la prochaine fois, mesdames et messieurs les opposants, je vous en prie, par respect pour eux, de laisser vos enfants à la maison.

  13. Ulysse Platon dit :

    Cher Romain,

    1) le chiffre est celui de la gendarmerie (800.000 c’est à 17h, avant la fin de la manif: à 17h il y avait encore des gens aux 3 points de départ !)

    2) Je suis assez d’accord avec vous, les enfants n’ont pas à être ni comptés (mais cela n’est pas très facile vu de loin !) ni encore moins instrumentalisés. Et je vous assure que les parents qui ont emmené leurs enfants à la manif en ont bavé ! Seulement, dilemme: ou bien on manifeste avec les enfants, ou bien on ne manifeste pas, parce que ces petits, ils ne vont pas se garder tout seuls à la maison…

    Après, j’ai vu de belles photos d’enfants avec des drapeaux arc-en-ciel à la manif du 16 décembre 2012, et personne ne s’en est ému je crois ? Si ? Cela vous choque ? Alors il faut le dire !

    3) Nous nous avions, par chance, réussi à faire garder nos enfants, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, loin de là. Cela m’a aussi évité de leur expliquer le projet de loi, que je trouve pas vraiment adapté à la compréhension d’enfants de 3 et 6 ans… Mais le jour où je devrai le faire, rassurez-vous: ce sera avec le plus de délicatesse possible. Je pense que c’est au fond assez facile pour un enfant, de faire la différence entre aimer et avoir un enfant; et qu’en plus, lui expliquer qu’un enfant n’appartient pas à ses parents, c’est rassurant pour lui.

    De toute façon, l’accueil de la diversité (d’opinions, de modes de vie, de religions, de pays, de richesse: la sexualité s’ajoutera simplement à la liste…) fait partie intégrante de l’éducation que nous donnons à nos enfants – leur école (publique) et notre quartier (varié) permet cela.

    U.P.

  14. michael dit :

    Cher Bertrand, Romain, Chère Nathalie
    Nous partageons la même analyse.
    Stoppons cette violence, laissons le débat entrer et débuter à l’assemblée nationale et adaptons nous à la vie du 21 ième siècle.
    Oui au mariage gay !
    Nos impôts servent à construire des crèches, payer des cantines, au CCAS, à envoyer des enfants en séjours (neige, classe verte, de mer….) pourquoi serions-nous des citoyens à part entière ? Nous contribuons, nous avons aussi le droit à l’égalité que vous tous.
    Pour nos amis musulmans qui crient au scandale du racisme, ces derniers ne sont pas gêné Dimanche d’en ajouter 5 sous contre le mariage gay !!!! vous avez dit tolérance ! ! ! Il est bien temps que les gens réfléchissent au bien vivre ensemble, à l’épanouissement des êtres. Bien que respectant mes opposants, a ce que je sache Dieu à dit : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimes. Par conséquent, nous n’avons pas de leçons à recevoir de ceux qui interprètent la/les religions. Je ne souhaite faire aucune polémique ici. Le meilleur aboutissement de l’éducation est la tolérance. A méditer… Bien à vous

  15. Ulysse Platon dit :

    Cher Michael,

    “nous avons aussi le droit à l’égalité que vous tous”, c’est un slogan, ce n’est pas un argument. Quel droit à quelle égalité ? Le droit de s’unir durablement ? Oui: c’est l’union civile, je suis pour, tout comme 80% des manifestants de dimanche. Le droit à adopter ? Ce droit n’existe pas (ah si: on a le droit d’adopter un chien, un chat, un lapin nain…), ni pour les couples hétéros, ni pour les couples homos – et en disant cela, je ne nie pas pour autant la souffrance de la stérilité, ou encore la souffrance de ne pouvoir engendrer par voie naturelle un enfant issu de soi et de la personne que l’on aime. Seul existe le droit de l’enfant.

    Mais on ne répond pas à une souffrance en “donnant le droit à” un enfant: on répond à la souffrance, quand elle n’est pas évitable, en l’assumant, en la dépassant, en la transformant en quelque chose de plus beau, de plus grand, en encore plus d’amour. D’amour qui doit chercher avant tout l’intérêt de l’autre: ‘aimez vous les uns les autres”, et avant tout aimez vos enfants, cherchez leur bien, leur unique bien, jamais le vôtre.

    Il n’y a pas de droit à l’enfant, il n’y a que l’intérêt supérieur de l’enfant qui compte. Et croyez vous vraiment que priver délibérément un enfant de la moitié de ses origines, ce soit un acte d’amour envers lui ? Pour moi non. Ce peut certainement être un vrai désir et non pas un “caprice”, comme dit M. le Maire (personne ne nie la réalité du désir d’enfants), mais que ce soit un vrai désir n’en fait pas pour autant ni un acte altruiste ni un désir légitime.

    Vous dites que vous respectez vos opposants, juste après les avoir traités de racistes et d’intolérants: beau respect en effet ! Et qu’ont-ils fait pour mériter d’être injuriés ? Le scandale: ils ne sont pas d’accord avec vous et l’ont fait savoir en manifestant pacifiquement ! Votre mail est violent, Michael, vous en rendez-vous compte, vous qui appelez à stopper cette violence ?

    “Le meilleur aboutissement de l’éducation est la tolérance”: mais alors la votre est-elle vraiment aboutie…?

    Ulysse

  16. Sophie dit :

    Merci, M.Delanoë.
    Et merci à Nathalie, pour son si beau commentaire dont je partage l’opinion.

    Monsieur Ulysse, vous propagez de fausses informations. En effet, la Gendarmerie ne donne pas les chiffres sur les manifestations à Paris intra-muros. C’est la Préfecture de Police qui le fait, et elle a dit 340000.

    De toutes façons, tous autant que vous êtes, on a juste quelque chose à vous dire: Des enfants, on en a déjà, on n’a pas attendu votre aval pour construire nos familles. Et elles vont très bien, merci pour elles.

    Vous feriez mieux d’utiliser votre temps et votre argent pour venir en aide aux miséreux, au lieu de vouloir priver de droits une catégorie de la population, pour quelque chose qui concrétement, ne va rien changer à votre vie.

  17. Ulysse Platon dit :

    Madame Sophie,

    Est-ce moi ou la Préfecture qui donne de fausses informations ? Franchement, 340.000, c’est une grosse blague. Plus d’infos ici
    http://paritedanslemariage.com/post/40518679806/340-000-ou-1-3-million-de-personnes-a-la-manif-pour

    Ô quel beau sermon “vous feriez mieux d’utiliser votre temps et votre argent pour venir en aide aux miséreux, au lieu de vouloir priver de droits…”! Amen ! Et vous, que faites-vous de votre temps et de votre argent pour me juger ainsi ?

    Je ressens votre message comme étant assez désagréable gratuitement, écrit dans un style donneur de leçons et méprisant. Alors je m’interroge: mais pourquoi tant de haine ? Votre opinion est au pouvoir, vous avez toute chance de pouvoir prochainement bâillonner toute opposition selon votre souhait, alors je le répète: mais pourquoi tant de haine ? En toute logique, c’est moi qui suis dans l’opposition, pas vous, l’agressivité serait presque plus excusable de ma part… Vraiment, je ressens votre message comme agressif et cela me blesse.

    Ah et puis aussi, cet amalgame est désagréable: “tous autant que vous êtes”… et me voilà ficelé dans un beau petit paquet, et hop hop hop, vous n’écoutez plus personne, vous évitez ainsi de débattre un par un. Par ce procédé, je me sens nié dans mon existence propre, dans ma capacité à avoir un avis personnel. C’est en fait très violent.

    Je le répète: je ne veux certainement priver personne de “droits” (de droits à quoi ? à l’enfant ? cf. mon message ci-dessus), je veux au contraire ne pas transformer l’enfant en objet et le désir d’enfant, fût-t-il très fort, en droit.

    Concernant “vos familles” (je n’ai jamais aimé cette expression: “dans NOS familles”… c’est cocasse de retrouver cette expression normative ici), tant mieux si elles vont bien.
    Je suis personnellement très favorable à étudier en détail les solutions pour leur donner un bon cadre juridique, un cadre qui soit le plus protecteur possible pour l’enfant – une fois définie une union civile forte, seul l’enfant mérite toute notre attention. Et je pense que des repères clairs de filiation sont un droit fondamental de l’enfant.

    Car vous le savez aussi bien que moi: le projet de loi ne résoudra pas tous les cas des familles homoparentales actuelles (ce n’est pas moi qui le dit: c’est une homosexuelle auditionnée par l’Assemblée).

    En effet, cela ne va “rien changer à ma vie” – en apparence et à court terme tout du moins. Et c’est ce que je trouve beau, voyez-vous: je ne me bats pas pour mes propres droits en effet (encore qu’un petit peu quand même: je me bats pour mes enfants), je me bats pour la société que nous construisons ensemble, parce que la loi ne peut, à mon avis, que donner un peu plus de confusion et de mensonge à tous, et donc un peu plus de malheur à chacun.

    D’ailleurs, je préfère expliquer votre agressivité et votre intolérance par une souffrance, un mal-être plutôt que par de la méchanceté gratuite – mais je peux me tromper bien sûr ? Sinon, quelle explication avez-vous de cette violence (peut-être inconsciente) envers moi ? Je ne vous ai pas agressée: si vous le ressentez comme tel, montrez-moi où et en quoi je vous ai agressée.

    Ulysse

  18. Pink Alice dit :

    Vous êtes infâme, avec votre facture de 100 000 euros sur le champs de mars.
    La population s’exprime et vous, vous présentez des factures mesquine ?
    Allez vous parler des rues, où il n’y avait rien à ramasser,
    simplement parce que ces manifestants là sont aussi bien élevés.
    Vous êtes infâme.

  19. Nathalie dit :

    Je ne suis absolument pas sourde aux arguments concernant les droits de l’enfant. Cela étant, j’avoue ne pas comprendre ce que cela ôterait à ceux-ci d’avoir des parents, fussent-ils de même sexe.

    Je suis assez consternée lorsque j’entends la plupart des commentaires concernant les déséquilibres que cela va engendrer, le cataclysme que cela va provoquer en matière de filiation et plus globalement, par l’ensemble des arguments moraux avancés.

    Les arguments moraux qui nous sont opposés seraient recevables si la société dans laquelle nous vivons offrait à nos regards éperdus d’amour et de fraternité, une sorte de resucée permanente de la petite maison dans la prairie. Ce n’est pas le cas, et chacun-e de celles/ceux qui lira ceci le sait pertinemment ou se ment avec aplomb.
    Les faits divers regorgent de dérapages, d’abominations et d’assassinats d’enfants de gentils couples hétérosexuels. Entendre donc dire que l’ouverture du mariage aux homosexuels amènera l’inceste, la pédophilie, la polyandrie (il semble que ce soit une très grosse inquiétude d’une certaine frange des musulmans d’après ce que j’ai pu lire), la polygamie (laquelle n’inquiète pas les mêmes, je ne sais pour quelle raison), et bien évidemment la zoophilie (saluons l’intelligence du cardinal Barbarin – dont toute la subtilité est contenue dans le nom – à cette occasion, lequel devrait se retrouver devant les tribunaux pour injure à caractère homophobe), ainsi qu’une explosion de la société et des valeurs, me paraît un tantinet outrancier.
    Avant qu’Ulysse ne me réponde, j’anticipe donc : les homosexuels ne sauveront pas la situation, certes, parce qu’ils seront des parents normaux, avec tous les risques que cela peut parfois comporter, mais voilà… l’argument des hétérosexuels visant à leur opposer des catastrophes familiales en cascade est fallacieux. Il faut cesser de rejeter ses propres turpitudes sur les autres. Ce n’est jamais bon et en l’occurrence, c’est inutilement injurieux. Moralement, c’est irrecevable et cela ne justifie pas que le mariage et la possibilité d’élever des enfants dans un cadre protecteur leur soit refusé au nom d’un principe de protection par anticipation.
    Si l’on veut pousser à l’extrême l’anticipation, il faut impérativement légiférer sur un permis à la procréation et ne seront sélectionnés que les parents reconnus aptes à pouvoir élever décemment et sans risque, des enfants. Ce n’est pas plus compliqué. Ca va sérieusement faire baisser le nombre des naissances. Et puis, il est insupportable qu’on puisse le dire et plus encore l’écrire. Il n’y a pas de permis d’engendrer. Et n’importe quel couple hétérosexuel, marié ou non, peut avoir des enfants ou en adopter, sans que la question existentielle du potentiel devenir de l’enfant au sein de certaines cellules familiales se pose le moins du monde. On fait quoi maintenant ? On stérilise ? Je sais, c’est insupportable. Imaginez que cela peut être tout aussi insupportable à entendre et à lire pour des homosexuel-le-s. Même si à titre personnel je n’éprouve aucun désir d’enfant, pour des raisons tout autres que le fait que je sois homosexuelle, je n’éprouve pas non plus le désir particulier d’en priver d’autres personnes.

    Le problème réel des enfants, à part ceux qui consistent à être aimés, éduqués, épanouis, c’est surtout le rejet qu’il peut ressentir soit parce qu’il est différent, soit parce que ses parents le sont ou son parent l’est. Ce n’est donc pas la différence qu’il faut interroger et mettre en accusation, mais l’intolérance face à la différence. Et je reviens sur mon propos précédent : ces enfants qui ont crié avec leurs parents qu’il faut un papa et une maman : comment vont-ils se comporter face à des camarades qui évoluent dans des familles mono ou homoparentales ? qui sont homosexuels ?A moment donné il faut quand même bien comprendre qu’il y a assez de cruauté chez les jeunes sans que pour autant il faille l’encourager. Et là, la responsabilité des parents dans la communication de leur propre rejet est très lourde. On pourra retourner les choses dans tous les sens : une partie de la population française a été montrée du doigt et désignée comme étant indigne. Car c’est une indignité de ne pouvoir bénéficier des mêmes droits que l’ensemble de nos concitoyens. Une INDIGNITE, en plus d’une iniquité. Les enfants s’en souviendront. On n’oublie pas ce genre de choses.

    La notion de filiation, elle, provoque une crispation qui est celle de l’aléatoire paternité. La civilisation occidentale a cherché par tous les moyens à maîtriser la fécondité de la femme. Le problème de la filiation est un problème extrêmement masculin. Il n’est pas innocent que dans ce débat nous retrouvions les mêmes arguments que ceux qui ont parsemé la longue marche des femmes dans leur émancipation. Les femmes ont été traitées par le code civil comme des êtres mineurs. Et dans la mesure où les homosexuels évoluent encore dans le cadre d’une sous-citoyenneté, il y a là un rapprochement que je ne peux m’empêcher de faire. D’autant plus, et je me répète, qu’il est parfaitement impropre de parler de mariage gay au sujet de l’ouverture du mariage dit aussi pour tous. Les homosexuelles ne sont pas gays. Ce sont des femmes. Pas des hommes. Et là encore, elles sont rejetées en périphérie du débat. Et pour cause : elles peuvent enfanter. Et c’est ce qui est le plus insupportable en définitive. A tel point qu’on préfère littéralement les exclure par ce raccourci de mariage gay. Je suis désolée. Je ne suis pas concernée par un tel mariage. Je suis concernée, en revanche, par un mariage qui s’ouvrirait aussi aux couples de femmes. Le choix des termes n’est jamais neutre sur de tels sujets. Il révèle aussi en partie le fond de l’inquiétude de ce qui demeure la France virile. Si d’aucun doute de cette affirmation, il n’est qu’à se reporter aux différents plateaux de télévision qui voient s’opposer la France du non à l’ouverture du mariage aux homosexuel-le-s représentée le plus souvent par des hommes, laïcs ou religieux, et face à elle, la France du oui, représentée le plus souvent par des femmes, toutes laïques. Sur les trois derniers débats que j’ai pu visionner, ce sont les trois plateaux que j’ai pu apprécier.

    La filiation, en France, est l’une des sources des mensonges les plus lourds dans les familles. C’est pourquoi aujourd’hui il y a tant de problèmes à ce sujet. Personnellement, je serais particulièrement heureuse que l’on puisse retrouver les restes de tout un arbre généalogique sur… ne serait-ce que les 150 dernières années. Et là, juste pour rire, on procède à une étude adn de tous ces restes.
    Un enfant, c’est une gamète mâle, une gamète femelle, la rencontre des deux peut se faire depuis des décennies déjà dans une boîte de pétri. Qu’on le regrette ou pas, c’est un fait. Les géniteurs ne sont pas forcément des parents. Au sens un peu noble auquel ont peut l’entendre. Deux parents du même sexe ne peuvent mentir à un enfant sur ses origines, contrairement à deux parents de sexes différents. Là encore, l’accusation de falsification de la réalité biologique ne tient pas la route. Ou alors il faut supposer que l’enfant auquel on raconte de telles choses est complètement décérébré et dans un tel cas, on ne parle pas d’enfant mais de légume.

    Plus généralement, je maintiens l’accusation de violence, car il est insupportable, quand on vit normalement et que l’on a pu assister à tout ce à quoi j’ai pu assister, de se retrouver sur le banc des accusés, contrainte à une justification permanente, face à ce qui est tout de même, in fine, une accusation d’existence.

    Toutes mes excuses pour la longueur…

  20. Ulysse Platon dit :

    Chère Nathalie,

    perso ne vous excusez pas pour la longueur: je trouve ça plutôt sympa de vous lire – et en plus vous ne m’avez pas insulté, donc je suis super heureux.

    Vous ressentez de la violence, cela je ne le nie pas. Je dis juste qu’elle ne vient pas de tous vos opposants, mais seulement d’une très petite partie d’entre eux; et qu’après, excédée par eux à juste titre, vous passez tout sous ce spectre-là, en voyant des “bancs des accusés” là où il y a seulement controverse et désaccord.

    J’ai moi-même un peu la même réaction… en sens inverse: ras-le-bol de me faire insulter, ras-le-bol de la violence des propos de beaucoup de partisans de la loi, ras-le-bol par exemple de l’agressivité de Mme Pascale Clark contre Tugdual Derville sur France Inter, et cela moi aussi je le maintiens que cette violence là je la trouve insupportable, sans vous mettre dans le même sac – mais tout de même un petit peu, car vous déformez un petit peu les arguments et vous voyez de la violence là où il y a de la liberté d’expression, parfois – et ça, c’est vraiment important, la liberté d’expression (respectueuse bien sûr).

    Bon, maintenant, sur le fond.
    Bien sûr qu’il y a des atrocités dans des couples hétéros, et bien sûr qu’il n’y en a sans aucun doute pas plus dans des couples homos ! Ce n’est pas cela la question: la question, c’est celle de la complémentarité père/mère et de la structuration de l’individu. C’es aussi le besoin profond de connaître ses origines – biologiques si possible, symboliques sinon par l’adoption. Il faut comparer ce qui est comparable: un couple “normal” homo et un couple “normal” hétéro, ou un couple “dépravé” hétéro avec un couple “dépravé” homo. Il ne s’agit pas seulement d’être aimé: il s’agit d’identité.
    Et puis je repose la même sempiternelle question: vous dites : “c’est indigne de ne pouvoir bénéficier des mêmes droits que celui de nos concitoyens”: mais de quels droits parlez-vous ? Celui de s’unir ? ok, d’accord, faisons une union civile aussi protectrice que celle du mariage. Celle d’adopter à l’adoption internationale ? Ce n’est PAS un droit, ni pour des hétéros, ni pour des homos, ni pour des célibataires. Celle de procréer avec la PMA avec donneur anonyme ? Comme vous le dites: ce droit a été forcé, il est largement pratiqué en France. Celle de dire que l’enfant ainsi procréé a 2 mères – l’une biologique et l’autre symbolique ? Là je dis: non, cela, ce n’est en rien un “droit”, c’est juste un mensonge. Il peut avoir une mère, une belle-mère avec qui il aura une relation très forte, un père, voire un beau-père idem, mais il a toujours quelque part un père et une mère (plus ou moins bons parents par ailleurs, cela c’est autre chose).
    Car c’est l’enfant une fois conçu qui se met à avoir des droits, lui seul et lui d’abord. Et le premier de ses droits, dans la mesure du possible, c’est celui d’avoir accès à ses origines, et l’enfant a un père (que vous réduisez à “une gamette mâle” mais qui lui donne tout de même la moitié de lui-même – et un jour ou l’autre il sera en recherche de cette moitié de lui-même, dont il ressent qu’elle peut l’aider à se comprendre) et une mère (la “gamette femelle”). Une chose est de “faire avec” quand l’histoire l’en a privé; autre chose est de l’en priver de façon délibérée.

    Ce que vous dites sur le machiste du terme “mariage gay”, alors là je suis bien d’accord – et j’ai d’ailleurs été outré par le machisme du livre de Louis-Georges Tin qui ne parle que d’homosexualité masculine. Quant à l’historique du mariage, il est ce qu’il est et pas toujours bien glorieux en effet. Il reste qu’aujourd’hui il a fait des pas de géant, et que c’est très bien. Mais je vous dirais que je suis au moins aussi féministe que vous (on se partage les tâches ménagères et éducatives 50/50 avec ma femme), et qu’il y a tout de même bien des exceptions à votre rapide schéma des deux camps… y compris parmi les têtes de file…

    En fait, vous séparez beaucoup le corps biologique du corps psychique/de l’âme. J’ai un plus grand respect que vous pour mon corps biologique: je ne peux pas séparer les deux.

    Ulysse

    • Nathalie dit :

      Je sépare ce que mon histoire m’a appris à séparer pour ma propre survie. Quand le corps est en péril, il est très utile de savoir en détacher sa psyché. Je pense inutile d’aller plus loin les précisions.

      La filiation est beaucoup plus diverse que ce qui consiste à avoir ce que vous appelez une complémentarité père/mère. Je ne comprends toujours pas ce qui empêchera l’enfant d’être privé de la connaissance de ses origines. Prenons l’exemple des accouchements sous X. Vous savez pertinemment que cela a été un progrès et une sauvegarde pour de nombreuses femmes. Cela étant posé, l’enfant est privé de la totalité de ses origines. Les parents adoptifs, lorsqu’il y en a, font quoi? Ils sortent l’acte de naissance annulé qui porte comme parent la DDASS ? Et après ? Ne croyez-vous pas que l’évolution vers laquelle nous devrions tendre est celle d’une prise en charge suffisamment globale et aimante pour qu’un enfant, dans le pire des cas (et je parle là pour vous comme pour moi), puisse dépasser ce handicap pour atteindre la sérénité en puisant ses racines dans l’ensemble de l’humanité dont il est issu ? Cela se fait dans d’autres pays, dans d’autres civilisations, dans lesquelles père et mère sont des notions d’une souplesse ahurissante pour nous, mais qui ne provoque aucun traumatisme. Autant je ne suis pas favorable à une société sans le moindre repère, autant je suis tout à fait favorable à ce que les repères puissent se déplacer en fonction d’une évolution positive qui, à moins d’une répression clairement affirmée et appliquée, est en train de se produire. Ce qui est le cas ici.

      Vous naviguez dans un idéal qui n’a pas cours. On peut le regretter. Certainement. Mais c’est ainsi pour l’instant.
      Vous partez du principe qu’il y a une obligatoire complémentarité. Je ne suis pas hétérophobe et je comprends bien votre propos. Moi même considère que l’eros sans l’agapê est bien insatisfaisant, aussi joigné-je les deux et je ne cherche pas un miroir mais une différence et une complémentarité, quand bien même cela vous semble impossible. Pour moi les êtres sont tous différents. Cette différence peut être une richesse. On ne peut accéder sans doute à toutes les richesses. Nous en avons, vous et moi, de différentes, mais elles constituent cette société. La seule chose qui nous différencie dans l’essence est effectivement quelque chose qui ne constitue pas l’intégralité de mon existence, mais qui en fait partie.

      Là encore, cette complémentarité est un idéal. Le référent maternel, comme le référent paternel, peut être totalement différent. Une grand’mère peut jouer, pour l’enfant, la figure maternelle, tandis que sa mère incarnera la figure paternelle. Cela s’est vu. Cela se voit encore. Il en va de même sous de multiples formes au sein des familles. Des psychiatres pousseront des cris d’orfraies, et d’autres diront que c’est exact.

      Cela étant, je vous accorde que cela signifie qu’il existe déjà quelque chose qui ressemble à une famille. Faute de quoi, un environnement d’ami-e-s très proches peut également jouer ce rôle et ce, quel que soit le postulat de départ. Cela s’est vu également et cela se voit encore. Les mêmes psychiatres pousseront encore des cris d’orfraies et les autres souscritont une fois encore.

      Vous partez du principe qu’un enfant va se forger entre deux référents, mais une communauté humaine prend l’enfant en charge à sa naissance. La famille est protéiforme depuis des millénaires. Ce qui provoque la réaction à laquelle on assiste c’est la remise en cause d’un système fondamentalement paternaliste et surtout idéalisé.

      L’idéal est bon. Mais le pragmatisme est aussi bien souvent nécessaire. De fait, vous avez pertinemment compris que des enfants naîtront. Par quels moyens ? Par ceux qui existent. Vous savez tout aussi bien, et cela est vrai pour les hétéros comme pour les homos, que rien n’arrêtera un désir d’enfant de trouver son accomplissement. Je veux bien tout ce que vous voulez pour que chacun réfléchisse, mais si vous êtes honnête et là je veux dire vraiment honnête, bien sincère tout au fond de vous, il y a quelque chose de profondément irrépressible dans ce désir de “reproduction”. Désolée, mais il n’y a pas véritablement de terme plus diplomatique. La réflexion n’est pas la base de la procréation. Ca se saurait. C’est irrationnel, c’est aussi instinctif parce que l’espèce, quelle qu’elle soit, cherche à se reproduire. C’est trivial. Mais c’est. Si amour, bonheur et joie il y a, évidemment c’est quand même mieux. Mais bon… Ca n’explique pas tout. Ca aide. Ce qui peut déjà être pas mal évidemment.

      De ce fait, à moins d’abattre les gens pour les empêcher de désirer un enfant et les femmes en particulier, pour les empêcher de se débrouiller pour en avoir un, il faut quand même prendre en considération l’existant. Et les enfants qui existent dans les couples, à l’heure actuelle, ne sont pas aussi protégés que les vôtres. Elevés de fait avec des parents de même sexe, il suffit que le parent biologique meure pour que tout s’emballe et que la vie de l’enfant devienne un parcours du combattant. Sans parler du drame pour le parent non reconnu restant. Parce que c’est un parent. Et on ne peut pas lui enlever cela.
      On fait quoi ? On récupère l’enfant et on le redistribue à un couple hétéro. Et je dis bien redistribuer parce que le terme employé en cas d’adoption est quand même celui d’attribution. Un peu comme un lot ou comme un prix. On a vu ce que ça a donné en Espagne sous Franco. Ceux que l’on appelle les bébés volés.
      Il ne s’agit pas de faire un concours à l’adoption. Il s’agit de faciliter des situations dont personne ne pourra empêcher l’existence. Personne ne l’a pu de toute façon et la réalité le démontre tous les jours.

      J’ai vu trop de cas d’enfants déchirés autour de moi, pour m’inquiéter par trop pour les enfants des homosexuels. Si l’on veut donner toutes les informations nécessaires à un enfant sur ses origines, sur l’origine de l’une de ses gamètes, pour reprendre ce terme que vous n’aimez pas, on a tout loisir de le faire. Vous savez comme moi que les origines tues des enfants ne sont pas consubstantielles à l’homosexualité de leurs parents.

      Par ailleurs, au risque d’être franchement brutale, je connais aussi beaucoup d’enfants qui auraient préféré ignorer l’identité de l’une de leurs gamètes. Et ceci de façon indifférenciée. Qu’il s’agisse de géniteur ou de génitrice. Sans doute est-ce plus facile dans ce sens effectivement. Encore que… Y a-t-il une douleur supérieure à l’autre ?

      Pour moi, l’origine d’un enfant est tout simplement humaine. C’est avec l’humanité qu’il faut lui apprendre à vivre.

      Il se peut, que contrairement à ce que vous craignez, ce qui est un progrès pour moi, une crainte pour vous, permette un rééquilibrage de beaucoup de choses, à commencer par une réforme bien plus favorable que ce que la loi permet actuellement aux enfants en quête de leurs origines biologiques.

      Pensez aussi à nos parents. Certains nous renient, d’autres nous soutiennent. Parce qu’ils nous aiment. Comme nous sommes. Nous sommes leurs enfants. Beaucoup de ces parents souffrent de ce qu’ils entendent, d’avoir des enfants traités différemment par la République. Si ma mère avait été de ce monde encore, elle aurait été capable d’affronter à mains nues des extrémistes de tous poils casqués et armés. Nous aussi, nous avons des familles. Des enfants pour les un-e-s, des parents pour tous, en vie pour la plupart. Ils voient, ils entendent, et il voient et entendent leurs enfants également.

      L’humanité est ce qu’elle est. Vous êtes un croyant et toute votre culture et votre foi vous pousse à considérer que le monde peut et doit être différent de ce qui aujourd’hui vous rebute. Ceci parce que votre culture et votre foi vous font considérer l’humain sous un certain angle.
      Je dispose de la même culture, ce dont vous vous doutez. Vous avez une foi, j’ai une équivalence laïque en morale et en éthique. Mais je n’ai pas la même lecture que vous de l’humanité. Ce qui revient à enfoncer une porte ouverte évidemment à cette étape de nos échanges. Cette différence de lecture m’amène à envisager évidemment, les choses d’une autre manière. Quand je me retourne sur mon histoire (j’entends par là l’histoire de l’humanité car ma généalogie m’indifère totalement)je mesure le chemin parcouru par ma caégorie d’individus, à savoir une femme et, cerise sur le gâteau, homosexuelle qui plus est. Je dispose de tous les référentiels nécessaires à la compréhension de la société qui m’entoure, j’entends vos arguments, je les replace dans leur contexte et je pense avoir fait un maximum pour y demeurer avec vous le temps de ces échanges.

      Mais une chose vous manque véritablement pour comprendre la position quasi viscérale qui est la mienne aujourd’hui, c’est cette inscription au fer rouge dans chacune des fibres de mon corps, dans chacun des méandres de mon psychisme (ou de mon âme si vous préférez), de la longue, pénible, douloureuse marche, de toutes celles, prioritairement, mais aussi de tous ceux, pour cette partie de moi qui est mon identité sexuelle, dont je suis une descendante. Et ce n’est pas rien, une telle filiation. Essayez d’imaginer, à partir de là, ce que représente pour moi et bien d’autres encore, ce que vous combattez aujourd’hui.

      Ravie d’avoir pu discuter.
      Nous resterons opposés sur ce sujet, mais nous trouverons certainement des points d’accord sur plusieurs autres.
      Un jour, ailleurs, quelque part. La vie est inattendue.

      Nathalie

  21. Ulysse Platon dit :

    Bonsoir Nathalie,

    je vais essayer de répondre pas trop longuement, après avoir laissé un peu de temps de réflexion, et même si ce sera sûrement partiel.

    Concernant le fait que je naviguerais dans un idéal qui n’a pas court: ben tout de même, si, cet idéal a court. Bien sûr qu’il y a des cas familiaux terribles avec des couples hétéros complètement dysfonctionnant – au passage, pour lesquels c’est le devoir de la société d’essayer d’intervenir pour “sauver” les enfants, et il y a beaucoup à faire. Mais heureusement, il y a aussi de très nombreuses familles stables, diverses, équilibrées malgré leurs inévitables défauts et imperfections humaines – et ces familles-là ont très souvent des enfants qu’elles rendent heureux et qui eux-mêmes, après, font des couples stables (homos ou hétéros).

    J’ai eu sans doute une chance immense de naître dans l’une d’elle, et ma femme a eu la même chance. Notre propre couple est fidèle (enfin… je le crois!) et heureux depuis 9 ans (bon ce n’est pas encore beaucoup vous me direz !! On se reverra dans 40 ans!!). Alors quand je dis heureux, hein, ce n’est pas le grand ciel sans nuage, ça discute pas mal, il y a des périodes plus douces et d’autres plus musclées, mais nous n’avons jamais cessé de nous aimer, à aucun moment.
    Alors non, je n’idéalise pas: ce n’est pas un bonheur qui nous est tombé du ciel tout fait, c’est un bonheur que nous construisons pas à pas, avec une forte volonté mutuelle de réussir notre amour, qui grandit d’année en année, au fur et à mesure que nous sommes plus soudés, plus respecteux aussi de chacun, aimant avec de plus en plus de vérité, arrivant mieux à surmonter nos différents aussi.

    Bien sûr qu’il y a des tensions, bien sûr qu’il y a des difficultés: un couple, cela se construit pas à pas. Mon premier idéal est donc un idéal bien concret, assez terre à terre même. C’est d’ailleurs tout ce que je vous souhaite du fond du coeur; et quand vous aurez rencontré l’âme soeur (féminine), complémentaire comme vous le dites si bien et non semblable (je crois sans peine comme vous que cet aspect complémentaire peut aussi se trouver dans un couple homo), je serai ravi d’échanger nos expériences – car il y a un vrai “savoir-faire” à développer dans un couple quand on veut qu’il tienne pour la vie et qu’on croit en la nécessité de la fidélité pour cela.

    Vous parlez des naissances sous X – ce qui pour moi était un droit des femmes fondamental d’ailleurs. Mais c’est très différent de “faire avec” un enfant né dans une situation difficile, dont la mère ne peut pas le garder mais a quand même eu assez d’amour pour le faire naître, et de “fabriquer” un enfant dont on sait déjà que sa situation sera difficile.
    Vous dites encore : “rien n’arrêtera un désir d’enfant de trouver son accomplissement.”
    Là encore, je ne suis pas d’accord: c’est considérer les adultes comme des enfants gâtés auxquels on n’aurait aucun moyen de dire non. Avec ce genre de raisonnement, on légalise aussi la gestation pour autrui – ce qui est une façon inédite de s’approprier le corps des femmes (et là je parle comme féministe bien bien avant de parler de l’intérêt de l’enfant), ce qui est le retour à la barbarie la plus ancestrale – et cela se prouve très concrètement en regardant ce qui se passe dans les pays qui ont légalisé la gestation pour autrui, où c’est un véritable marché (très lucratif) des gestatrices, femmes pauvres qui risquent leur vie et leur psychisme pour un peu (très peu) d’argent.

    Hé bien si, moi je crois qu’on peut arrêter un désir d’enfant. Je connais d’ailleurs de nombreux couples (hétéros) qui, la mort dans l’âme, ont considéré qu’il était plus sage pour eux d’arrêter ce désir: ou bien un homme se considérant comme trop âgé, ou bien une famille recomposée déjà compliquée, ou bien des moyens financiers vraiment trop faibles, ou encore un couple stérile qui n’a pas voulu faire appel à une PMA avec donneur anonyme.

    Tout désir est bon en soi, mais ce n’est pas pour autant que tout désir doit être satisfait – encore plus un désir d’enfant, puisqu’il s’agit du désir de quelqu’un et non d’une chose. La frustration est d’ailleurs la base d’une éducation réussie – et savoir l’accepter est d’ailleurs indispensable à la construction d’un couple aimant de façon réaliste (parce que l’autre n’est pas idéal, justement !!).

    Je termine sur la lecture de l’histoire: oui c’est vrai, nous en avons des lectures très différentes. C’est vrai, je suis croyant, mais je partage à peu près ma lecture de l’histoire avec ma femme, qui se dit agnostique.
    le système “fondamentalement paternaliste” aboutit aujourd’hui, pour moi, à quelque chose d’assez inédit qui est le couple homme/femme avec réelle égalité des droits (encore que, hein, même si c’est le cas dans mon couple, c’est pas encore parfait – mais enfin, cela progresse je crois). Je ne parle pas du couple homo, parce qu’évidemment l’égalité des droits ne se pose pas de la même façon quand les deux sont du même sexe; en revanche c’est sûr qu’il y a encore beaucoup à faire pour le faire accepter par la société, mais je trouve que cela a quand même, lui aussi, bien progressé ?

    Je comprends aussi (mais bien sûr de l’extérieur) ce que vous dites sur la longue marche de la reconnaissance. Mais là encore, faire un enfant, c’est autre chose que de se battre pour une juste et nécessaire reconnaissance. Faire un enfant ne peut pas être un moyen d’obtenir une reconnaissance.

    Oui, peut-être à bientôt sur un autre sujet, ce serait avec joie. Merci en tout cas du grand respect de vos réponses: cela m’a fait chaud au coeur. J’espère n’avoir pas dit de mon côté de phrase blessante.

    Ulysse

  22. late dit :

    Et si vous étiez à notre place?

    Bonjour,

    Le premier ministre a annoncé le 24 janvier au Sénat le rétablissement partiel de l’allocation équivalent retraite pour les chômeurs âgés

    Nous sommes 32.000 personnes en France de plus de 55 ans au chômage, ne touchant plus d’indemnités, ayant acquis tous nos trimestres pour la retraite mais n’ayant pas atteint l’âge légal de celle-ci.
    Mais cette mesure ne concernera que moins de 10.000 personnes, car elle sera soumise à conditions, et nous n’en faisons pas parti.

    Alors, on va devoir continuer à vivre avec moins de 480 euros et en dessous du seuil de pauvreté.

    En tant que député de la nation, qu’en pensez-vos ?

    Nous n’avons pas voulu du chômage, on aurait préféré continuer à travailler.
    Nous n’avons pas voulu être exclus du travail à cause de notre âge.
    Nous n’avons pas voulu que nos employeurs nous licencient.
    Nous n’avons pas voulu de cette crise qui nous a balayé.

    Et vous ?
    Vous ne serez jamais dans notre situation, avec moins de 480 euros pour vivre.
    Mais imaginez, juste un instant, comment vous feriez ?

    Il serait juste ne pas faire de distinction et de rétablir l’Allocation équivalent retraite, pour les chômeurs de plus de 55 ans qui n’ont pas atteint l’âge légal de la retraite mais ont le nombre de trimestres nécessaires pour celle-ci.
    Signé la pétition sur le site ci dessous!

    Nous vous prions de bien vouloir agréer l’expression de notre plus profond respect.

    Le collectif AER2012.
    Notre site : https://sites.google.com/site/lettrecitoyen/
    si l’adresse fonctionne pas en cliquant faite un copier coller et la mettre sur votre moteur de recherche!

  23. Un afectuoso saludo y felicitaciones por el Acuerdo de Amistad y Cooperacion entre Paris y Santiago de Chile. Somos un Gremio de Pequenos Empresarios por el tema de Responsabilidad Social Empresarial. Estamos intresesados en este tema unido al desarrollo local.hos gustaria ver algun intercambio de experiencias en este sentido. Agradecido y felicitaciones. Juan Lopez Baldoma. Director Ejecutivo. PYRESO

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