LES ÉDITOS

Hommage à Philippe Séguin

9 février 2010



Conseil de Paris, séance du lundi 8 février 2010



Mes chers collègues,


Philippe Séguin nous a quittés le 7 janvier dernier. Avec lui, disparaît un passionné de l’idée républicaine, et une conscience rebelle aux compromissions.


Philippe Séguin, était, au sens le plus noble du terme, un caractère. Sa vaste culture, son exigence intellectuelle, son sens de l’honneur, faisaient de lui un grand serviteur de l’Etat.


Toute sa vie, il aura porté le deuil de son père – un héros de la guerre, tombé pour la liberté. Comment être digne de cet exemple et de cette absence ? Philippe Séguin a décliné sa réponse à travers un parcours dédié à la République, à ses missions et à ses institutions.


En lui il portait une vertu essentielle : l’indignation. Et si son tempérament le conduisait parfois à des emportements, c’était au service d’une conviction plus que d’une ambition.


Cet engagement l’a amené à défendre, et même parfois à incarner, une idée à laquelle il était fondamentalement attaché, celle des contre-pouvoirs. Il le savait : il n’y a pas de démocratie véritable si tous les pouvoirs se retrouvent entre les mêmes mains. C’est dans cet esprit, et au nom de ce principe, qu’il a contribué à redonner de l’éclat au Parlement. Il fut un grand Président de l’Assemblée nationale, attentif au débat, respectueux de l’opposition, et surtout jaloux de la souveraineté des élus du peuple. Notre démocratie lui doit d’avoir porté cette exigence.


C’est avec la même rigueur, avec le même sens du devoir, que Philippe Séguin, à la tête de la Cour des comptes, a ensuite analysé pendant cinq ans sans concession les comptes publics de notre pays. Pour lui, la gestion de l’argent public, c’est-à-dire du bien commun, interdisait la moindre légèreté. La présence attentive de cet observateur si peu accommodant, c’était, pour un Etat qui en a tant besoin, la meilleure école du scrupule.


Et il laissera une trace très particulière dans le cœur des Parisiens Car Philippe Séguin avait noué une relation sincère et intense avec notre ville. Jeune, il était, selon la formule consacrée, « monté à Paris » comme on part à l’assaut de la vie et de ses promesses. Et, dans la trame de son existence, notre ville a toujours eu une place privilégiée.


L’histoire de Philippe Séguin et de Paris, c’est aussi la campagne municipale de mars 2001. Je conserve de cette bataille démocratique le souvenir d’une confrontation loyale et respectueuse. Philippe Séguin n’a jamais laissé la controverse se déplacer jusqu’au point où elle blesse les consciences, où elle atteint l’honneur, où elle offense les personnes. Comme président du groupe RPR après mars 2001, il a été, sur ces bancs, le chef d’une opposition qui savait s’inscrire dans un registre toujours exigeant, mais digne, tolérant et constructif.


Mais la grande aventure municipale de Philippe Séguin, c’est Epinal, dont il fut le maire pendant quatorze ans, et avec laquelle il avait noué une relation unique, comme il s’en tisse rarement entre un homme et une cité. Et c’est aujourd’hui toute cette ville qui porte le deuil d’un maire qui sut si bien la comprendre, la servir, et l’aimer.


Avec Philippe Séguin, nous avons assumé des différences légitimes sur des sujets au cœur du débat public. Mais je regretterai cette voix inimitable au service d’une idée et d’une passion de la France. Je regretterai nos échanges, simples et cordiaux, quand nous nous croisions au Parc des Princes : il vivait là aussi, avec l’ardeur d’un véritable expert, les prestations de son sport favori.


Et comment, dans ce moment, pourrais-je ne pas évoquer ce que nous avions d’essentiel en partage, ce fil d’or de l’enfance retrouvée qu’est notre Tunisie natale, dont je salue l’ambassadeur, qui nous fait ce matin l’honneur de sa présence ? La Tunisie, ce n’était pas seulement pour nous le parfum et les couleurs d’un pays que nous aimons ; c’était, pour lui comme pour moi, l’une des formes de la simple fidélité à soi-même. C’est sans doute quand nous évoquions ce sujet que nous nous comprenions le mieux.


Mes chers collègues, au nom de Paris, en notre nom à tous et en mon nom personnel, je veux dire à l’épouse de Philippe Séguin, à ses enfants, à tous ses amis, notre respect et la fidélité de notre souvenir.


Bertrand Delanoë

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