LES ÉDITOS

Tension

8 mars 2010

Il fut un temps – Lamartine en 1847, Viansson-Ponté en 1967- où le verdict était annonciateur de secousses qui allaient, un an après, bouleverser tout l’édifice politique et social : « la France s’ennuie ». Aujourd’hui, le constat est d’une autre nature, assez bien résumé par le médiateur de la République : la France est « fatiguée psychiquement », « dans un état de grande tension nerveuse ». Et sans doute même trop fatiguée pour se révolter… Dans le récent livre de Florence Aubenas, auquel j’ai fait écho sur ce site, il y a un passage terrible : des travailleurs précaires écoutent, au petit matin, à la radio, un ténor de la politique spectacle annoncer les prémices d’une « révolution ». Et l’un d’eux, alors, de s’écrier : « La révolution ? Mais non, on n’en est pas capables, on a bien trop peur ! »


Le pouvoir a-t-il conscience de cette crise profonde, sourde et intense, souvent silencieuse ? La question n’est pas polémique, elle est simplement légitime. Le chef de l’Etat qui prétendait incarner la puissance du politique et le contact assumé avec les Français livre chaque jour un peu plus l’image d’un chef de parti aux abois, confondant action et tactique, prompt désormais à éviter les maires réunis en congrès ou à retarder au maximum l’échange avec les agriculteurs lors de leur salon annuel. Et pendant ce temps, le chômage explose et l’exclusion s’installe.


C’est dans ce contexte que la France est invitée à renouveler les exécutifs de ses régions. Celles-ci ne sont pas des « contre pouvoirs » comme l’affirmait récemment le premier ministre. Elles peuvent en revanche jouer le rôle essentiel de contrepoids, face à la brutalité sociale de l’Etat UMP. Devant ces enjeux, la gauche a une immense responsabilité, pour aujourd’hui et pour demain. Quels que soient les résultats des 14 et 21 mars, ils dessineront pour les socialistes une exigence évidente qu’ils devront s’imposer à eux-mêmes. Redonner un sens à l’espoir, en proposant une alternative crédible, fondée sur l’imagination, l’authenticité et l’ambition de solutions opérationnelles. Avec de surcroît les deux vertus qui manquent le plus, en 2010, à l’action et à la parole publiques : l’humilité et le courage.

3 commentaires à “Tension”

  1. Eric Bacher dit :

    En tous cas ce n’est pas “Martine à Montpellier” avec son panier provocateur de bobo parisien qui peut donner de l’espérance aux Français. Une première secrétaire d’un grand parti politique n’a pas à agir de telle manière. Elle discrédite la politique. Vivement le 14 et le 21 mars au soir : elle rigolera moins en voyant les résultats du camarade Frêche. Et après, préparons le “3ème tour” à la mairie de Montpellier…

  2. ISIS2010 dit :

    La France souffre d’amnésie et donc de culpabilité exacerbée,
    à chaque campagne électorale, depuis des décennies, par les divers courants d’extrême droite et de droite. Par exemple, en France, le discours sur l’immigration date de “l’ère postcoloniale”, alors que le monde se « nomadise » de plus en plus.
    D’un côté, il y a les “nababs” de France, d’Afrique, d’Asie, d’Inde, d’Amérique, etc. qui s’engraissent et polluent la planète en toute impunité, tout en détournant le vrai débat sur l’immigration, c’est-à-dire, le partage le plus juste des richesses de la planète dans le respect de celle-ci et des droits fondamentaux de tous ses habitants. Et de l’autre côté, il y a les Narcisses prisonniers de leur discours sur l’« identité Nationale». Entre les deux, il y a les fuyards, à tort ou à raison ?

    Oui les Français ont peur, et ils savent qu’ils ont raison d’avoir peur. Ils savent que le danger est imminent, qu’il est déjà là en Grèce, en Espagne, etc. Ils savent ce qu’est l’éclat de la peur, quant elle est exacerbée par la haine. Par expérience, ils savent aussi que la droite ultralibérale ne renoncera pas à «sa vérité», quitte à persister dans l’erreur et le mensonge et à user de mesures d’intimidation et de répression.

    Oui, la peur au ventre, dans l’attente de l’annonce des prochaines mesures de récessions, les Français planent tous capteurs dehors, à l’affut du moindre signe. La vérité ils l’a vivent. Assoiffés de vrais débats, intransigeants, exigeants ils sont à la recherche de celles et ceux qui auront le courage de dire et de proposer les mesures réalistes, aussi difficiles soient-elles, pour traverser la période de crise.

    Oui, le Parti Socialiste n’a pas le droit à l’erreur et sans s’attarder sur celles du passé, il devra faire preuve de beaucoup de ferveur et d’affirmation face aux désillusions et au désengagement générés par les choix politiques de la droite depuis bientôt quinze années !

    La Révolution du XXIe siècle c’est : réapprendre à vivre et à aimer.

  3. Garofi dit :

    la brutalité sociale de l’UMP ?
    ben voyons…
    parce que durant les gouvernements socialistes la vie était en “rose” peut être ?
    un peu de sérieux Monsieur le Maire, et de modestie.
    Les Français ne votent plus depuis longtemps par adhésion mais par dépit.
    l’arrivée au pouvoir de la gauche en 81 devait tout changer… jusqu’à “changer la vie”…quelle prétention !
    effectivement tout à changé… en pire.
    l’alternance de la droite par manque d’ambition politique a laissé cette situation perdurée…
    la responsabilité de la situation économique et sociale de la France de 2010 n’est ni du fait de la droite ou de la gauche… mais des deux.. Ces deux acteurs que sont le PS et l’UMP qui ont cogéré ce pays depuis 30 ans;

    méfions nous du peuple que vous connaissez si mal du fond de votre mairie de Paris… il pourrait se réveiller subitement, et pas forcement en faveur de ceux à qui il a confié la boutique depuis 20 ans…
    les Français sont surprenant, l’histoire l’a démontré plus d’une fois.

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