LES ÉDITOS

Quelques leçons de la tragédie new-yorkaise

5 juillet 2011


Voir Dominique Strauss-Kahn libre, c’est d’abord une joie et un soulagement. Je pense à lui, à Anne, à leur famille. A la lumière des derniers rebondissements, l’épreuve qui leur a été infligée s’apparente à une tragédie. Souhaitons maintenant que la vérité soit dite, que la justice soit rendue, et que l’honneur d’un homme, sali avec tant de légèreté sur la base d’un récit apparemment « erroné », soit ainsi définitivement rétabli.

Mais, au-delà même de l’amitié et de l’émotion, cette triste affaire soulève, dès aujourd’hui, quelques questions graves.

Comment un tel emballement a-t-il été possible ? Sans la moindre preuve, dans l’ignorance totale des faits, sur la base de rumeurs, de soupçons, une machine s’est mise en marche. Et le tribunal des commentateurs a siégé, des semaines entières, disant le bien et le mal, le vrai et le faux. Si cette expérience pouvait, collectivement, nous apprendre l’humilité, elle aura au moins eu une vertu.

Humilité devant les faits, d’abord, c’est-à-dire souci de la vérité. Mais aussi humilité devant ce que peuvent éprouver les personnes. D’un homme, on a prétendu faire un symbole, en lui ôtant sa singularité, son identité, et en somme son humanité. Nous ne connaissons pas la réalité des faits. Mais nous savons dès à présent que la façon dont Dominique Strauss-Kahn a été humilié sur la scène du monde révèle une incroyable défaillance de la conscience, de la dignité et du respect.

Autre chose a manqué : l’humilité devant le temps. Savoir avant même la police, juger avant même la justice, c’est le travers de nos sociétés pressées. Toujours il faut aller plus vite, et nous le voyons encore aujourd’hui, quand tant de commentateurs et d’acteurs réagissent avec hâte, et veulent forcer le rythme de la vie. Le sens du temps : voilà encore une vertu dont il faudra retrouver la valeur.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Je crains que la réponse ne soit guère à l’honneur de nos démocraties d’opinion : par fascination. La violence des images s’est substituée à la réflexion. Le choc a tenu lieu de raisonnement. L’émotion s’est prise pour un discours. Nous avons été quelques-uns à tenter de rappeler quelques principes et de ralentir cette spirale qui nous entraînait: dès les premiers jours de l’affaire, j’avais ainsi appelé à la « sobriété », à la « pudeur », j’avais souhaité que l’on sache « résister à la pression des images et des emballements »… Mais c’était demander à un torrent de remonter à sa source.

Et maintenant ? C’est le temps de l’examen de conscience. Car nous ne pouvons pas continuer ainsi. Une société fondée sur la rumeur et sur la précipitation n’échappe pas à la décadence. A nous tous de retrouver le sens du respect, de l’humilité, du temps. Ce qui est en cause, c’est une certaine idée de la civilisation.


Bertrand Delanoë

21 commentaires à “Quelques leçons de la tragédie new-yorkaise”

  1. André Guidi dit :

    M. le Maire de Paris,

    vous êtes l’incarnation de la sagesse et de la juste mesure en politique.

    Salutations dévouées.

    André Guidi

    • Pasdaccord dit :

      En ce qui me concerne, c’est secondaire de savoir si SK est coupable ou innocent. C’est une question juridique, pas politique.

      La question politique est différente. Il y en a deux d’ailleurs :

      1/ Comment ce monsieur, qu’on nous présentait comme le “sauveur de la France”…ai pu se laisser piéger par une femme, pratiquement analphabète de surcroit…

      Il faut être vraiment stupide pour se faire avoir de la sorte…

      2/ Quelle serait l’image de notre pays à l’étranger si on écrivait que notre président de la république sollicitait les faveurs des prostituées et employées d’hôtel… et qu’en outre il se mettait dans la merde pour avoir refusé de les payer… ?

      La France l’a échappé belle. Elle a évité d’être traînée dans la boue par un inconscient dans une porche tranquille….

      Je ne suis pas croyant, mais je commence à me dire qu’il y a une justice divine.

  2. CHEBBAH HEDI dit :

    cher camarade
    ce qui s’est passé et ce qui se passera encore n’est que la résulte de 3 éléments :
    1 – la malhonnêteté (déclarée ou non)des gens qui veulent faire du mal aux autres.
    2 – la rapidité avec laquelle le Monde entier peut âtre au courant instantanément de ce qui passe ailleurs.
    3 – le non respect des règles élémentaires du droit des personnes sur le respect de leur vie privée.

  3. renault dit :

    je pense que l’examen de conscience doit d’abord être fait par DSK car comme le confirme le livre de Taubmann son attitude vis à vis des femmes est plus que limite et ne se cantonne pas àl’épisode de new York
    de plus dans le même livre on nous annonce que DSK s’est marié avec Anne Sinclair devant un rabbin il doit donc être en harmonie avec la religion juive qui impose fidèlité à son épouseet interdir les dérives sexuelles
    en conclusion que DSK fasse son examen de conscience et ne fasse plus parler de lui

  4. Roger JEDIKIAN dit :

    Cher Bertrand,

    Plutôt que de s’interroger sur l’excès des médias, peut-être conviendrait-il de comprendre pourquoi l’accusation a-elle paru aussi crédible dans l’opinion publique. De la double famille de François Mitterrand aux faux couples – de droite et de gauche – de la présidentielle de 2007, les Français ont fini par perdre leurs illusions quant à la morale des politiques. A force de s’attendre à tout, on ne s’étonne plus de rien. Tromper son conjoint reste, pour la plupart des couples, un manquement grave à un pacte de confiance. Tu évoques le respect, la vertu, la pudeur, la civilisation… Ne crois-tu pas que ceux qui banalisent la pratique du mensonge public, fût-il même d’ordre de la vie privée, n’ont pas de responsabilité dans ce que tu appelles la décadence ? C’est la fidélité, dans ses idées, dans ses engagements, en amitié comme en amour, qui nous confère la respectabilité et qui fait de nous des femmes et des hommes debout. Le reste n’est rien d’autre que du vent, celui qui fait tourner les girouettes.

  5. Jean dit :

    Bonjour,

    On peut toujours vouloir dérouler le tapis rouge au retour de M. Khan, le glorifier en tant qu’ami. Mais vous savez très bien qu’un non-lieu ne valide pas l’innocence, ni la culpabilité.

    Quant aux média français, ils ont voulu se la jouer à l’américaine en profitant du créneau que leur laissaient leurs confrères américains. Vous remarquerez qu’il n’y a aucune caméra devant le domicile de monsieur Tron !

    Pour l’instant, on en est à attendre les articles du New-York Post pour les reprendre (PARTIELLEMENT d’ailleurs) en France en annonçant une bonne nouvelle de libération.

    La Justice française a encore du chemin à faire pour reprendre une véritable indépendance: il est plus facile de se faire condamner quand on habite aux Tarterets que lorsqu’on est impliqué dans une affaire plus grave.Les exemples ne manquent pas.

    Bref, sur le fond, la décision de M.Khan de louer un appartement de 600 m2 et de dépenser 40000 euros par mois pour “prouver son innocence”, laisse un goût amer chez nous, socialistes de base, qui luttons pour avoir 2% d’augmentation par an.

    Tirez-en les conséquances avant tout.

  6. SORE dit :

    Monsieur Delanoë
    Je crains que vos dires ne soient pas entendus par beaucoup, la preuve avec une plainte de cette jeune femme 8 ans après.
    Je pense qu’elle est peu crédible de le faire dans ces circonstances, mais dans la conscienece de pas mal de personne elle aura surement un écho.
    La seule manière de réabilité Dominique strauss Khan c’est de le dissuader une fois les charges abandonnées de revenir et de se présenter aux primaires etde gagner 2012.
    Ne pas le faire laisserai trop de place à ses détracteurs et au camps politique de droite.
    Si il n’y a rien, alors pourquoi hésiter? pour la morale? pour la suspission? alors dans ce cas la justice ne sert absolument à rien si le jugement de certain se subsitu au jugement de cette même justice.
    Il faut justement arreter ce processus qui est que “accuser” est “condamné”, puisque même blachit il vous faudra toujours vous battre et vous excuser d’une accusation de faits imaginaires…
    Monsieur Strauss Khann, revenez et ne vous excusez jamais de faits que vous n’aurez pas commis.
    Benoît Sore

  7. Anne de Kermadec dit :

    Vous savez tous qu’il est COUPABLE !!!

  8. Bravo Monsieur Delanoë,
    Je suis tout à fait d’accord avec vos propos.
    La présomption d’innocence n’est absolument pas respectée par les médias et l’opinion publique, malheureusement la calomnie fait recettes! Que compte tirer comme profit, Melle Banon, de toute cette histoire “supposée” d’il y a 8 ans?

  9. Jean dit :

    Mlle Banon n’a aucun profit à tirer. Elle demande simplement que justice lui soit rendue. Les témoins ne manquent pas. Le tout-Paris est au courant depuis 8 ans !

    Avec de tel raisonnement, on ne peut qu’encourager des actes délictueux qui se retournent ensuite contre les victimes. Cela suffit ! Nous ne sommes ni de droite ni d’extrême-droite mais nous sommes en droit de réclamer Justice et d’exiger que les hommes politiques qui nous représentent nous défendent. C’est là aussi une des grandes valeurs de la Gauche, valeur aujourd’hui largement bafouée.

  10. Eric Bacher dit :

    Quelle tragédie new-yorkaise ? Mais où vivez-vous, M. Delanoë pour soutenir un tel individu repu, bourré d’argent, qui se proclame “socialiste” ? Comment pouvez-vous, benoîtement, soutenir un tel homme qui se fiche, comme d’une guigne, du peuple français ? Avec une vision de classe, dites plutôt que DSK est un ennemi du peuple français et le saigneur du peuple grec.

  11. s.dessaigne lepinay dit :

    Quand est-ce que le PS va enfin arrêter d’essayer de défendre un homme au comportement et donc aux valeurs plus que discutables pour s’occuper (un peu) des français qui n’arrivent pas à boucler leur fin de mois ? Si c’est pas trop demander…

  12. SoDem dit :

    Trop tard. Peu importe la décision dans la tête de beaucoup, il est coupable eton peut lire sur le Figaro des commentaires explicites.

    “avec l’argent on fait tout”

    “il fallait la décrédibiliser c’est fait”

    j’en ai plus de cent comme ça.

    La droite a un bilan catastrophique, cette affaire l’arrange bien et je peux parier que d’autres vont sortir.

  13. BARBERO dit :

    Mon cher Bertrand,
    Tu as raison.Quelque soit le résultat juridique restera la négation du respect de l’homme durant toute la procédure .
    Quelque soit la forme du non-lieu …toute une frange (fange ?)politique continuera à laisser traîner la suspicion .
    Mais sans crier au complot, continuer à traquer la vérité sur tous les coins sombres de cette affaire en se rappelant cette formule “cherchez à qui profite le crime …” reste un devoir .
    Antoine Barbero

  14. au pays des cauchemars dit :

    Moi je crois que c’est la classe politique qui doit
    faire son examen de conscience … et c’est pas gagné quand on lit “la culpabilité déplacée sur l’opinion”…l’accusation tombe ,il n’y aura pas procès.Monsieur DELANOE cela ne signifie nullement un jugement sur le fond du dossier.Ne pas nous faire prendre comme d’habitude des vessies pour des lanternes.
    Au PS on “n’aime pas les riches mais on aime DSK” Beau paradoxe sur fond de foutage de gueule et d’exonération fiscale(Pourquoi ne pas supprimer le bouclier fiscal quand les politique ont des salaires non soumis à imposition) qui conduit direction MR Melenchon.Au fait Mr Le maire aimez vous la Justice ?

  15. jyt dit :

    Excellente réflexion à méditer!…

  16. KUNTZ dit :

    Ce qui est effarant c’est aussi l’inattention à ce qui est dit ou écrit, en témoigne des réactions ci-dessus …. défendre des valeurs, ce qui fait humanité, ce qui fonde la société inspirée des Lumières, reçoit en échos de la violence,relance les théories du complot des vessies et des lanternes, répond par l’invective … JE ne lis rien dans le message de BD qui disculpe DSK , mais le manque de discernement des réponses que je lis (pas toutes) pour s’acharner m’éprouve. JE cherche à comprendre l’intention de ses commentaires, le but , la pierre apportée à quelle construction? Comment sans un minimum d’écoute faire lien et comment, sans ce minimum, vouloir construire une société en niant la pensée de l’autre qui diffère de moi pour m’enrichir, comme le prétendait Antoine de Saint-Exupéry?

    Merci Bertrand et continue cette pédagogie de l’humanisme que tu sais si bien exprimer.

  17. almandin dit :

    Madame banon mère a une grande responsabilité dans cette histoire si elle existe , car je ne comprends pas une seule raison pour laquelle la mère ne soit pas monté au créneau pour sauver sa fille il y a de cela huit ans ; elle ne pouvait ignorer que cela laisse des traces psychologiques des fois irréversibles .Dans quels intêrets ? et surtout pourquoi aujourd’hui!!!!!!!!!!

  18. Belista dit :

    Une société fondée sur la précipitation n’échappe pas à la décadence. A nous tous de retrouver le sens du temps. Ce qui est en cause, c’est une certaine idée de la civilisation.

    Vous devriez en toucher un mot au maire de Paris, spécialiste des installations éphémères.

  19. Eric Bacher dit :

    Tout celà est très beau, mon cher Kuntz. Mais ce lyrisme pour soutenir un individu comme DSK me fait froid dans le dos. Ce dernier est un grand bourgeois qui n’a que faire des palabres du petit peuple. DSK est un des piliers du capaitalisme anomique, ce capitalisme transnational qui détruit des pays…et des vies. Voilà ce représente DSK. Cet homme est dangereux.

  20. babeil dit :

    Monsieur Delanoe,

    Vous parlez de précipitation, il n’empêche que vous avez écrit cet article le 5 Juillet 2011 en anticipant la libération de Strauss Kahn. Aujourd’hui, près d’un mois plus tard, aucune charge n’a encore été levée, l’enquête continue et il semble même qu’un procès soit plus que probable avec l’intervention de Banon et peut être d’une ex maîtresse de votre ami présumé violeur, toutes les deux en faveur de l’accusation. Il n’est donc pas encore sorti d’affaire.

    Quand il s’agit de blanchir un camarade socialiste avant que la justice américaine ne se soit prononcée, la précipitation que vous critiquez ne s’applique plus à vous. Quant à parler de rumeurs ou d’ignorance des faits, là encore, vous devriez l’appliquer à vous même. Ce n’est pas parce que les médias français très largement partisans de l’ex directeur du fmi nient l’existence de traces adn et de violences sur les lieux du crime que c’est la vérité. Ils ont été tellement et très justement attaqués par les féministes de votre propre pays pour leur partialité machiste, et les informations véhiculées ici étant souvent en contradiction avec les médias américains qu’il n’y a aucune raison de croire sur parole des gens qui ont couvert le passé sulfureux de SK. En fait, vous n’en savez pas plus que nous, mais vous vous permettez d’affirmer que le dossier était vide. Je vous rappelle juste qu’une inculpation ne se fait pas sur la seule plainte d’une victime mais sur un minimum d’éléments matériels concrets. Le procureur est normalement suffisamment compétent pour ne pas l’oublier avant d’engager une quelconque procédure.

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