LES ÉDITOS

Pour 365 journées mondiales de lutte contre le sida

30 novembre 2009

1er décembre : journée mondiale de lutte contre le sida. L’occasion, chaque année, d’une prise de conscience : loin de s’effacer la maladie s’installe. 33,4 millions d’enfants, de femmes et d’hommes vivent aujourd’hui avec le virus du sida. Et malgré les progrès spectaculaires de la médecine depuis quinze ans, malgré les trithérapies, malgré les formidables bonds en avant de la recherche, le sida tue toujours : 2 millions de personnes en sont mortes en 2008.


Il faut aujourd’hui, avec gravité, tirer la sonnette d’alarme. Car tout se passe comme si, en Europe, on regardait depuis quelque temps le sida comme le souvenir d’une époque révolue. Celle de ces années 80 et 90, que vient ressusciter aujourd’hui, dans leur éclat le plus sombre, la réédition du film d’Hervé Guibert, la Pudeur ou l’Impudeur, dans lequel un homme regarde la mort en face, comme pour la toiser jusqu’à ce qu’elle le submerge.


Mais ce n’est pas du passé. C’est encore, hélas, le présent. On parlait du sida comme de « la peste du 20ème siècle ». C’est aussi celle du 21ème. Quatre devoirs s’imposent, maintenant, à la communauté nationale et internationale :



- Un devoir d’information. La vigilance se relâche, et les comportements à risque se multiplient- comme l’a révélé la très inquiétante étude publiée la semaine dernière sur les homosexuels parisiens. Une forme d’inconscience, ou d’insouciance, semble l’emporter. A moins que ce ne soit de la lassitude, et le désir, après vingt-cinq ans de peur et d’entrave, de vivre plus intensément. Mais la maladie guette toujours, et chacun sait comment l’éviter. Les campagnes de sensibilisation, de prévention, et de dépistage, doivent retrouver l’ardeur qu’elles ont perdue.



- Un devoir de solidarité pour les malades. Etre séropositif ou malade du sida, demeure, dans nos sociétés, une charge extrêmement lourde à porter. A la douleur de la maladie s’ajoute le poids des regards à soutenir, des obstacles à surmonter, et même des jugements à affronter. Une maladie que l’on juge : c’est atroce, et cela demeure une réalité. Une exigence d’humanité s’impose à tous : les malades du sida doivent disposer de toute leur dignité d’hommes et de femmes. A cet égard, la décision annoncée par Barack Obama, de lever l’interdiction d’entrée des séropositifs sur le territoire américain, est un signe encourageant. Mais tant de pays sur la Terre excluent encore les malades, les réduisant à des menaces et ajoutent l’humiliation sociale à la détresse.


- Un devoir de justice. Comment se résigner à ce que tout un continent, l’Afrique, et en particulier l’Afrique subsaharienne, soit largement exclu des soins ? A ce que tant de pauvres parce qu’ils sont pauvres, soient condamnés à mourir ? L’inégalité devant la maladie est la plus insupportable des offenses faites à l’idée même d’humanité. La régulation, si le mot a un sens, doit commencer par là : créer les conditions d’un accès plus équitable aux soins.



- Un devoir d’obstination. Chercher, chercher encore, chercher toujours. Les traitements sont chaque année plus prometteurs. La recherche a besoin de soutien, de moyens, d’argent. Ce 1er décembre est un appel à la solidarité, à l’humanité, mais aussi, directement, à la générosité de chacun. Pour que demain, le vaccin ne soit plus seulement un horizon, mais une réalité.


Une journée par an ne peut suffire. Pour combattre cette pandémie, pour la vaincre, pour sauver les malades, et pour permettre aux générations à venir de redécouvrir la vie amoureuse sans menace et sans peur, le monde a besoin, chaque année, de 365 journées de lutte contre le sida.


Bertrand DELANOË

4 commentaires à “Pour 365 journées mondiales de lutte contre le sida”

  1. André Guidi dit :

    M. le Maire de Paris,

    vous dégagez quatre vecteurs de combat contre la maladie dont la prévention, la tolérance et l’espoir d’un vaccin. En ce 2 décembre, lendemain du sidaction j’ai une pensée pour les malades et soutiens en tant que citoyen votre appel à la mobilisation.

    Veuillez agréer, Monsieur le Maire de Paris, l’expression de mon profond respect.

    André Guidi

  2. JP dit :

    Monsieur Le Maire de Paris,

    Je tombe sur votre blog et ne peux m’empêcher de réagir à certains de vos propos, puisque vous y parlez de Sida, de précarité, de rejet social et que je suis concerné.

    “Un devoir de solidarité pour les malades. Etre séropositif ou malade du sida, demeure, dans nos sociétés, une charge extrêmement lourde à porter”.
    J’imagine que ceci est bien plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre, et je ne vous en fais pas le reproche.
    De nombreuses fois, j’ai tenté de vous joindre pour vous faire part de mes réels soucis. En retour, je n’ai eu droit qu’à des réponses “types” .

    Suite à mon courrier électronique du 26 juillet 2009, puis à votre réponse – “type” – je me permets donc de vous recontacter afin de vous exposer l’évolution de ma situation…

    Six mois ont passés depuis que j’ai perdu simultanément mon appartement et mon emploi.
    Six longs mois durant lesquels, j’ai couru les associations, contacté différents organismes, rencontré quantité d’assistantes sociales et même fait le siège de quelques élus – dont celui de Monsieur Caron-Thibault, adjoint à la mairie du 3ème arrondissement, qui a d’ailleurs accepté très gentiment de me reçevoir.

    J’ai contacté ACT-UP qui m’a permis de constituer un dossier pour intégrer la liste “PILS” (dossier finalisé depuis le 21 octobre 2009).

    Une assistante sociale de l’Hopital Saint Antoine où je suis suivi s’est même permise d’envoyer un courrier à Monsieur Jean-Yves Mano, chargé du logement à Paris. En retour, nous est parvenue une réponse – “type” elle aussi – très évasive.

    Je suis séropositif, sous traitement, malade, sans domicile, sans emploi… mais je ne suis pas une priorité.
    Je suis en train de CREVER dans la rue, Monsieur le Maire! Mais ce n’est pas une priorité….

    Et là, je ne peux que témoigner qu’en matière de “devoir de solidarité” dont vous parlez, il y a encore beaucoup d’effort à fournir, et je ne peux que souscrire à vos propos:
    “[...] tant de pays sur la Terre excluent encore les malades, les réduisant à des menaces et ajoutent l’humiliation sociale à la détresse.”

    C’est vrai, Monsieur Le Maire. Mais à cette longue liste de pays qui excluent encore les malades et ajoutent l’humiliation sociale à la détresse”, ne serait-il pas d’assumer d’y ajouter le nom de la France?… et de citer Paris?

    Aujourd’hui, dimanche 13 décembre 2009, toujours rien.
    Je suis toujours à la rue. Je trouve de temps en temps quelques bonnes âmes pour m’héberger une nuit ou deux. J’ai même loué pendant un mois un garage où je pouvais dormir, mais là, Je n’en peux plus.
    Mon état de santé s’est dégradé. je suis dans une extrême fatigue.
    Je poursuis de façon très assidue mes engagements professionnels en vue d’une “réinsertion” (en liaison avec l’ANPE, j’effectue un bilan de compétence, ayant pour but de me réorienter vers un secteur plus favorable)

    Comme vous le voyez, j’ai une volonté de fer. Je ne lâche pas. Comme je vous l’exposais dans mon premier courrier, j’ai toujours travaillé. Honnêtement. Et encore aujourd’hui, je m’accroche pour m’en sortir. Avec toute l’énergie dont je dispose encore.

    Pour continuer à demeurer indépendant et ne pas tomber dans le rôle de “l’assisté”

    Néanmoins, la réalité est celle-ci: Je m’apprête à passer ces fêtes de fin d’année dehors au sens propre du terme, alors qu’il y a un an, j’avais encore un emploi. J’avais également un très bon logement. Et j’avais encore la possibilité de prendre soin de moi et de ma santé.

    Aujourd’hui, je n’ai plus rien de tout cela. Mais j’imagine que cela vous importe peu. je sais pertinemment que j’écris “dans le vent”, pour rien.
    Que mon courrier ne sera même pas lu…

    Je pensais que les élus se préoccupaient un minimum de leurs concitoyens: J’ai de plus en plus de doutes, pardonnez-moi.
    Les problèmes des citoyens semblent dorénavant n’être plus que des prétextes pour les hommes politiques.
    Prétexte pour s’exprimer, Prétexte pour parler, Prétexte pour prendre une position, Prétexte pour “briller”, Prétexte pour faire campagne…. mais non pour agir!

    Monsieur le Maire de Paris, je vous prie de m’excuser si mon courrier vous semble impoli ou irrespecteux. Il ne souhaite pourtant pas l’être.

    Malgré ma déception et les sentiments de rejet et d’abandon que je ressens, je conserve encore bien trop de respect pour la politique et pour ceux qui osent occuper de telles fonctions.

    Mon courrier n’est pas non plus destiné à faire culpabiliser qui que ce soit.

    Je suis tout à fait conscient que ma pauvre existence n’est pas une priorité pour vous. Je suis également tout à fait conscient du peu d’intérêt que peut représenter ma vie aux yeux de quantité de personnes que j’ai sollicitées… .
    Mais je n’en peux plus…

    Je me permets de vous l’exprimer franchement.
    Lorsqu’on a plus rien à perdre, on peut tout se permettre…

    “le monde a besoin, chaque année, de 365 journées de lutte contre le sida”.
    C’est vrai…Mais personnellement, une seule et unique journée me suffirait amplement.

    Avec mes sentiments distingués.

  3. [...] de l’Hôtel de Ville. A cette occasion, il s’est prononcé pour «365 journées contre le sida» et contre l’interdiction d’entrée des séropositifs dans certains [...]

  4. [...] la façade de l'Hôtel de Ville. A cette occasion, il s'est prononcé pour «365 journées contre le sida» et contre l'interdiction d'entrée des séropositifs dans certains pays. Alors [...]

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