LES ÉDITOS

Débat sur l’euthanasie :
mourir dans la dignité

31 janvier 2011

« Si les conclusions des médecins attestent que l’état de santé de la personne malade est incurable, que sa souffrance physique ou psychique ne peut être apaisée ou qu’elle la juge insupportable, que sa demande est libre, éclairée et réfléchie et s’ils constatent alors qu’elle persiste dans sa demande, l’assistance médicalisée pour mourir doit lui être apportée ».

Ainsi était rédigée la proposition de loi, présentée par des parlementaires de tous bords, et que le gouvernement n’a pas souhaité faire aboutir. Sur un sujet si grave, si douloureux, et qui touche de façon si absolue à l’intimité des personnes, il n’est pas question d’être polémique. Simplement, il faut voir ce qui est, et y répondre.

De quoi s’agit-il ? Depuis 2005 et la loi Leonetti, la France autorise l’euthanasie passive, c’est-à-dire qu’elle n’oblige plus à prolonger la vie artificiellement, et qu’elle ne fait plus de l’acharnement un impératif légal.
La question qui est posée aujourd’hui est celle du passage à l’euthanasie active. Peut-on, oui ou non, dans des circonstances bien définies et avec des règles évidemment strictes, aider quelqu’un à mourir ? Ma réponse, sans ambiguïté, est oui.

Bien entendu, il faut des conditions très contraignantes : que le malade soit déclaré incurable, qu’il soit parfaitement éclairé de son état, et qu’il soit informé de la possibilité des soins palliatifs. Mais dès lors que ces conditions sont posées, la société doit être humaine, c’est-à-dire qu’elle doit renoncer à régenter jusqu’aux décisions qui relèvent, au plus profond, de la confrontation d’une conscience avec elle-même. Et ce n’est pas l’existence d’une loi qui entraînerait les abus, c’est au contraire le refus de légiférer qui encourage aujourd’hui les pratiques incontrôlables et clandestines.

Quand plus rien, sauf une douleur intolérable, ne sépare de la mort, cesser de vivre doit être un droit. J’entends, et je comprends, ceux qui, notamment parmi les autorités spirituelles, disent que toute vie vaut la peine d’être vécue. Mais, hélas, quiconque a vu un proche mourir au terme de souffrances atroces et irréversibles, le sait : il arrive parfois un moment où la vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Et personne ne peut en juger, sauf le malade lui-même. La loi n’a pas à entrer partout : elle ne doit pas le priver de cette ultime volonté, ni lui interdire cette dernière liberté.

Mourir dans la dignité est un droit de l’Homme. C’est le devoir de la société que de garantir ce droit. Face à l’indicible épreuve physique et morale de l’agonie, la collectivité ne peut pas avoir d’autre rôle que d’accompagner, et de cesser d’interdire. Avec conviction, et dans le respect de toutes les opinions, je serai de ceux qui continueront de lutter pour que la loi, face à la mort, ait sa part d’humanité.

Bertrand Delanoë

12 commentaires à “Débat sur l’euthanasie :
mourir dans la dignité”

  1. Koz dit :

    Je suis plus que dubitatif sur la façon dont vous présentez la loi Leonnetti.

    “Depuis 2005 et la loi Leonetti, la France autorise l’euthanasie passive, c’est-à-dire qu’elle n’oblige plus à prolonger la vie artificiellement, et qu’elle ne fait plus de l’acharnement un impératif légal.”

    Où avez-vous vu qu’auparavant l’”acharnement” ait été un “impératif légal” ? Que la loi ait pu auparavant “obliger à prolonger la vie artificiellement” ? N’avez-vous donc pas connaissance de l’histoire des soins palliatifs ? N’avez-vous pas lu “la mort intime”, de Marie de Hennezel, préfacée par François Mitterrand, elle qui, au début des années 90 état aux côtés des malades du SIDA jusqu’à la mort ? Où donc avez-vous vu que le fait de ne pas pratiquer d’”acharnement thérapeutique” ou, comme le dit la loi, d’”obstination déraisonnable”, l’ait placée dans l’illégalité ?

    Il est un peu facile de présenter une situation inhumaine pour se montrer humain par contraste.

    Quant à la loi Leonnetti, elle ne s’est pas contentée de cela, et vous ne pouvez pas l’ignorer. Outre l’interdiction de pratiquer l”obstination déraisonnable”, elle permet à un patient d’exiger l’arrêt des traitements et impose au médecin de respecter son choix et de lui administrer alors des soins palliatifs, ce qui peut aller jusqu’à l’administration d’une sédation qui place le patient dans le coma jusqu’à son décès. Cela dure au maximum quelques jours, quelques jours pendant lesquels il est inconscient. D’où vient cette idée qu’il y aurait une urgence à ce que cela se termine dans la minute ?

    Certains le disent : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/28/pour-une-certaine-forme-d-euthanasie-dans-les-unites-de-soins-palliatifs_1471619_3232.html

    La solution actuelle a l’inconvénient de durer quelques jours, ce qui est trop long… pour qui ? Le patient dans le coma ou l’entourage ? Les médecins ?

    C’est trop long, et c’est aussi trop cher, ce que dit très clairement ce professeur.

    Dans un monde pressé, on comprend que l’euthanasie active s’impose.

    • valerio dit :

      Une douleur intolérable n’est pas forcément mortelle à court terme, loin de là. «l’administration d’une sédation qui place le patient dans le coma jusqu’à son décès», pour un cancer du visage, 2 à 5 ans plus tard?

      Vous oubliez le point fondamental, évident, ou plutôt vous ne voulez pas le voir: la liberté de disposer de son corps. Mais là, on va contre 2 millénaires de totalitarisme religieux.

      Vous critiquez le «monde pressé». Je veux encore moins de votre monde nunuche, hypocrite ou sadique.

      • Koz dit :

        On retiendra votre respect de l’autre, valerio. Vous devriez vous surveiller.

        La “liberté de disposer de son corps” : amusant comme ceux qui s’en prévalent oublient systématiquement que, dans le cas de l’euthanasie comme dans d’autres, ils n’impliquent pas qu’eux-mêmes.

        Quant au cas que vous citez, on peut tous imaginer des cas, sans qu’ils ne correspondent à aucune réalité.

  2. PETIT dit :

    Bonjour
    je partage à cent pour cent !
    et je crois vraiment que ce combat est digne des droits de l’homme ou femme
    Cordialement
    Mpetit

  3. do dit :

    “qu’il soit informé de la possibilité des soins palliatifs” : non, il faut qu’il soit entré en soins palliatifs! que la douleur ait déjà été traitée. pour tous les patients.
    Qui pourrait, sous la torture d’une douleur encore présente alors qu’on peut la traiter, avoir une autre envie que de mourir !?
    Mais les cas que l’ADMD présente, notamment ce cancer du visage, étaient des personnes qui refusaient les traitements contre la douleur pour des raisons idéologiques (se soigner par les plantes, en l’occurence!!!) ou pour militer pour le droit à mourir. on ne peut pas dire d’un côté à la télé qu’il n’existe pas d’autre solution, et de l’autre refuser sciemment les solutions qui existent.
    ce cancer en phase terminale n’a pas mis 5 ans pour faire mourir la personne, puisqu’elle est morte dans la semaine, même dans le coma!

    alors il n’est pas juste de faire une loi qui va être responsable très rapidement, comme dans d’autres pays, de la mort de milliers de personnes non consentantes, en se basant en plus sur des faux cas, inventés, construits de toutes pièces par l’ADMD (qui est, expliquez moi pourquoi, toujours présente depuis des mois au chevet de ces patients hyper médiatiques qui ont des affections spectaculaires très faciles à exploiter émotionnellement).

    Les medecins en soins palliatifs disent tous que personne ne réclame l’euthanasie, l’accompagnement, qui les laisse mourir A LEUR RYTHME, est la seule chose qu’ils veulent. Et vous voulez, pour éviter ce coût, en temps, en argent, pour gagner une semaine, en gros, car c’est de ça qu’il s’agit, faire peser sur TOUS les patients en fin de vie une menace, une peur du personnel, les faire vivre dans un climat de méfiance au moment de leur vie qui est déjà le plus dur à vivre? C’est la pire des inhumanité! La loi Léonetti est humaine, elle tient compte de ce que vivent les personnes malades. Vous, vous vous basez sur vos fantasmes au sujet de la mort, sur vos peurs de personne bien portante et égoïste qui en est encore à jouir de la vie et n’a jamais croisé la véritable souffrance. vous ne tenez pas compte des malades, vous n’êtes pas allé les interroger. Et si l’un de vos proches, comme vous avez l’air de le dire, a trop souffert, c’est que vous ne lui avez pas permis de vivre les soins palliatifs, ou que la loi Léonetti n’était pas encore en vigueur ou appliquée, vous ne pouvez pas vous baser sur ce qui se passait avant cette loi pour critiquer cette loi, c’est malhonnête.

    @valerio: quant à dire que c’est religieux, alors qu’il s’agit de notre vie à chacun! c’est aussi de la dernière intolérance que de dire que les personnes croyantes n’ont pas le droit de donner leur avis, ou d’invalider leur avis par le seul fait qu’elles ne donnent pas le même sens que vous à leur vie. Que vous ne compreniez pas ce que pense une personne croyante, est normal, mais que vous pensiez qu’elles sont des sous-hommes parce que vous ne les comprenez pas, c’est un mépris tout à fait nauséabond. Les personnes qui pensent qu’il y a quelque chose après la mort en ont le droit, et elle pensent que leurs derniers instants doivent être protégés, et elles lutteront pour que les hôpitaux de demain ne deviennent pas juste des terminaux qui administrent une injection létale parce que c’est trop cher de soigner au delà de 65-70 ans. Parce que c’est ça, qui nous attend, regardez les autres pays, ne soyez pas naïf!

  4. do dit :

    je voulais écrire “sans le coma”, désolée.

  5. valerio dit :

    @do, koz
    c tout de même un comble! je revendique, comme d’autres, la liberté de disposer de MON corps. Je veux bien laisser la société tenter de me convaincre de ne pas en faire qqch, y compris par des drogues «palliatives». Et c vous qui m’accusez d’intolérance etc.

    Je ne sais pas si vous êtes des «sous-hommes», comme vous dites, mais contre un tel dogmatisme égocentrique, je me sens impuissant. Je vous laisse donc avec vos épithètes d’Inquisiteur et vos interprétations délirantes.

  6. Lhamb dit :

    @valerio

    Si je suis bien koz, je crois que ce qui fait précisément problème avec cette revendication à «disposer de MON corps», c’est que cette liberté fait finalement intervenir un tiers pour être mise à exécution. L’euthanasie dite ‘active’ fait intervenir un acteur, ou un agent : celui qui fait la piqure mortelle. Là est le problème : au nom de quoi votre liberté devrait-elle s’imposer à ce tiers ? En théorie, OK pour disposer de son corps jusqu’au bout, mais en pratique, ça ne peut pas marcher ! Sauf à escamoter ce fameux agent… ce qui est malhonnête intellectuellement.

  7. Jean-Pierre Darmon dit :

    Permettez-moi d’exprimer sur ce point mon désaccord absolu (alors que vous êtes l’homme politique avec qui je me sens le plus profondément et le plus souvent en accord). Je suis stupéfait qu’un tel projet de loi ait pu trouver un écho dans le camp des socialistes, encore plus stupéfait de vous voir lui être favorable, vous dont la clairvoyance m’a toujours paru sans faute.
    Outre que toute loi autorisant l’euthanasie active provoquerait une hécatombe de vieillards, chez les familles pressées de disposer de leur héritage, c’est le principe même de ne pas attenter à la vie sans encourir de graves punitions qui doit être pour tout homme civilisé la ligne rouge à ne jamais franchir. L’euthanasie était le grand instrument de purification des nazis. Gardons nous de réintroduire dans nos lois ce contre quoi notre civilisation s’est battue au prix de millions de morts.
    Comment ne pas voir que les conditions censées régir l’application de cette loi seraient impossibles à réunir : 1) aucun médecin ne peut dire avec certitude qu’une mort est imminente, ni qu’une rémission est absolument impossible, – et s’il s’agit d’un échéance plus ou moins prévisible, nous sommes tous dans ce cas - ; 2) il n’y a plus de souffrances intolérables depuis que les soins palliatifs, notamment analgésiques, peuvent être dispensés librement ; 3) un malade peut vouloir mourir un soir, et vouloir vivre le lendemain matin et de toutes façons il est impossible de s’assurer sans ambiguïté de la pleine liberté de son choix. La seule preuve de la volonté d’en finir est le suicide réussi. Le suicide assisté doit rester un meurtre, parce que c’en est un.

  8. valerio dit :

    @Lhamb

    Il n’a jamais été question que sa «liberté devrait s’imposer à un tiers». Le pb se pose déjà avec l’avortement, que des médecins refusent plus ou moins ouvertement d’assister. D’ailleurs, on connaît au moins un médecin assassiné par des intégristes contre l’avortement mais aucun médecin inquiété pour sa “clause de conscience”, quand bien même il ne s’est pas contenté de refuser mais a fait traîner les choses délibérément.

    Le pb va même plus loin: on interdit au malade l’acès aux substances euthanasiantes si bien que celui-ci doit recourir à des moyens parfois sordides. Ou bien, comme la bonne bourgeoisie calotine d’ya 50 ans, aller en Suisse…

  9. Yogi dit :

    @Jean-Pierre Darmon : “Le suicide assisté doit rester un meurtre, parce que c’en est un” : disons tout de même que bien fine est la frontière entre “suicide assisté” et “arrêt de tous traitements y compris alimentation et hydratation, et attente d’une mort “naturelle”" lequel est prévu par la loi Leonetti.

  10. Eric Bacher dit :

    Assez de l’éternelle rhétorique victimaire utilisée par toutes les militances catégorielle et sociétale.
    Faut-il satisfaire toujours plus de revendications aberrantes au nom d’un prétendu “progrès” ou refuser rationnellement l’institutionnalisation de ce qui n’est tout simplement pas vraisemblable ?
    Assez de la tyrannie des minorités…

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