LES ÉDITOS

Moraliser ?

25 janvier 2010

Un an déjà que Lehman Brothers a fait faillite, entraînant le monde dans un séisme financier d’une intensité exceptionnelle. Bien entendu, notre pays n’a pas échappé au marasme général ni aux terribles effets sociaux de ce choc. A l’époque, Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité à évoquer une nécessaire « moralisation du capitalisme mondial », la France ayant vocation – comme d’habitude – à jouer un rôle pionnier en la matière. Un an plus tard, donc, qu’en est-il vraiment ? Dans les prochaines semaines, nos banques distribueront près d’un milliard d’euros de bonus aux traders, au titre de 2009. Parallèlement, l’Association française des Sociétés Financières (ASF) soulignait récemment la baisse spectaculaire des crédits accordés aux ménages et aux PME au premier semestre de cette même année. Peu à peu, il est vrai, les institutions financières renouent avec des activités à risques, beaucoup plus lucratives que le prêt aux particuliers ou aux entreprises.

Comme le dit Elie Cohen « tout se passe comme si à la grande peur avait succédé le lâche soulagement ». Dans ce contexte, les Français constatent que le divorce entre économie réelle et bulle spéculative semble plus profond que jamais. D’un côté, la logique du profit immédiat et ses méthodes « trash » qui reprennent de plus belle ; de l’autre un chômage galopant, frappant de façon implacable, des plus fragiles aux classes moyennes. Dans un pays où 3,5 millions de personnes sont identifiées comme « très mal logées », les grands discours sur la « réforme indispensable du libéralisme financier » ou sur le « plus rien ne sera comme avant », ont fait long feu : la crise a choisi ses victimes.

Ce constat suscite au sein de l’opinion un sentiment d’injustice, souvent mêlé d’écoeurement. S’y ajoute l’angoisse liée à des perspectives sombres. En effet, un million de chômeurs verront cette année leur indemnité arriver à terme. Prenant en compte cette réalité sociale très préoccupante, j’ai écrit au premier ministre le 6 janvier dernier. Pas de réponse à ce stade. J’ai bien l’intention d’insister.

Deux propositions : d’une part, prolonger exceptionnellement de six mois l’indemnisation des chômeurs en fin de droit. D’autre part, consacrer une part significative du grand emprunt à la réalisation de logements sociaux ainsi qu’à l’isolation thermique du parc social. Moraliser le capitalisme ? Pour de nombreuses familles, ces deux mesures contribueraient au moins à rendre moins douloureuse la crise qu’il a provoquée.

Bertrand Delanoë

Un commentaire à “Moraliser ?”

  1. Harry Haller dit :

    La moralisation du capitalisme mondial. Quelle foutaise! La morale ne s’impose pas. Le capitalisme a besoin de règles, de cadre, de lois.
    Comme le dit Edgar Morin, les idéologies sont constitués d’un noyau dur et d’une ceinture. Pour les idéologues, s ‘attaquer à la ceinture, au périphérique ne pose pas de problème tant que le coeur de l’idéologie reste intact. En parlant de contrôle du système financier, Sarkozy faisait mine de s’attaque au noyau dur de l’ultralibéralisme mais dans les actes il ne s’en est pris qu’à la périphérie: les bonus, les paradis fiscaux. On est en train de passer à côté du coeur du problème: la régulation.
    Les communistes Krouchtchéviens en publiant le rapport K avaient lâché du lest uniquement sur la ceinture idéologique devenue trop lourde qui plombait l’idéologie : les atrocités staliniennes. Ca leur a permis de sauver l’idéologie et de la faire perdurer.
    On assiste un peu au même phénomène, au même processus de protection aujourd’hui. Ces bolcheviques du marché (comme les a appellé Stiglitz) lâchent un peu de lest sur quelques points, reconnaissent du bout des lèvres leurs errements et les conséquences désastreuses sur le monde, font un timide méa culpa(en réalité bien hypocrite). Les chefs d’état du G20 qui sont ceux qui ont bati où appelé de tous leurs voeux ce monde qui chancelle font de la com’ à coup de déclarations grandiloquentes comme cette “moralisation du capitalisme mondial”. Cette débauche d’énergie devant les caméras et ces mesures qui restent beaucoup trop superficielles sont destinées à conserver le monde d’hier.
    Stiglitz a fait remarquer qu’Obama parce qu’il avait été élu avec les subsides financiers des grands lobbies de Wall Street était pieds et poings liés. Il ne faudra pas compter sur lui pour bâtir ce “fameux” monde d’après. Et évidemment encore moins sur Sarkozy.

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