LES ÉDITOS

Lula, ou l’utopie du possible

1 octobre 2010


Ce dimanche, les Brésiliens votent. C’est donc la fin des « huit années Lula »- et d’une singulière histoire.


L’histoire d’un homme, d’abord : celle de ce huitième enfant d’une famille très modeste, ayant quitté l’école à 12 ans pour devenir cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes, puis tourneur dans une firme automobile, avant de diriger le syndicat de la métallurgie, puis le Parti des travailleurs, puis le Brésil.
L’histoire d’un pays, surtout, entré dans la modernité sans drame, sans secousse, dans une unité apaisée, comme réconcilié avec lui-même… Lula l’avait annoncé, à la veille de sa première élection : « Le Brésil ne restera pas à l’écart du XXIème siècle, comme ce fut le cas au XXème ». Il a tenu parole.


Et si, dans cette aventure, nous cherchions des leçons, pour nous, les gauches européennes ? Malgré les erreurs et les imperfections, le Brésil, dans la crise mondiale, a ramené son inflation et son taux de chômage à des taux historiquement bas ; il a fait reculer, partout, lentement mais inexorablement, la misère, l’exclusion, et la précarité. Le salaire minimum a été augmenté, des bourses ont été versées aux familles les plus pauvres- et dans le même temps, le Brésil a trouvé pleinement sa place dans la compétition des grandes puissances. Et il a affirmé son identité de façon fière et ouverte, avec l’orgueil d’un pays chargé d’histoire et d’avenir, mais sans arrogance et sans dogmatisme : pour l’équilibre du monde et pour la paix, mieux vaut des Lula que des Chavez…


Ce que prouvent ces huit années ? Au moins trois choses. D’abord, que toute politique n’est pas suspecte, que toute action publique n’est pas vaine. Ensuite, que la justice sociale est pleinement compatible avec le progrès économique, avec une ambition gestionnaire assumée, avec des engagements réalistes confrontés à une société en mouvement. Enfin, que les opinions publiques savent reconnaître les vérités autant que les impostures, et que la popularité peut naître de la lucidité plutôt que de la démagogie (Lula s’en va, au bout de huit ans, avec 80% d’opinions favorables..).


Au moment de lui dire au revoir, je me souviens de ma dernière rencontre avec Lula, il y a tout juste un an. Je m’étais demandé, alors, quel était son secret. Eh bien, je crois, en l’observant, avoir trouvé un début de réponse : il est resté militant. Il a échappé à tous les pièges de la notabilisation. Arrivé au sommet de l’Etat, il n’a perdu ni la spontanéité de ses intuitions, ni l’ardeur de son engagement, ni son contact immédiat avec le peuple. Et il y a toujours eu, vivante chez lui, la source de sa passion pour la politique : la capacité à souffrir de ses indignations. C’est la confiance des plus démunis et des plus fragiles qui l’a placé où il est. Cette confiance, il n’a pas voulu la décevoir et il ne l’aura pas déçue.


Je me souviens aussi qu’à ce déjeuner complice et amical, participait Dilma Roussef, alors ministre de la Casa civil, aujourd’hui candidate à l’élection présidentielle. Chez elle, j’avais retrouvé les mêmes vertus, la même fougue, les mêmes promesses. Et je m’étais dit que si Lula savait, dans le calme, passer le témoin à une femme, et à cette femme-là, il aura décidément bien mérité de son pays, et de l’humanité. Il arrive que l’Histoire, qui se déroule sous nos yeux, offre quelques exemples. Celui-là est particulièrement stimulant.

2 commentaires à “Lula, ou l’utopie du possible”

  1. Jean-Pierre Guis dit :

    Tu écris : “Et si, dans cette aventure, nous cherchions des leçons, pour nous, les gauches européennes”. Je lis dans cette phrase non pas une interrogation mais une déclaration de guerre à tout ce qui, parfois, nous sclérose, ici, dans notre vieille Europe. Aux soirs de découragement, Lula et l’oeuvre de réforme qu’il a accomplie avec ses concitoyens nous redonnent l’espoir. C’est au Brésil que la gauche innove, c’est dans ce pays que se créent les laboratoires sociaux, culturels et politiques les plus innovants et les plus stimulants. Lula a passé le témoin à Dilma Rousseff : dans quelques jours, je l’espère avec toi, le Brésil continuera à ouvrir, avec Dilma, et pour nous également, des pistes nouvelles. A nous tous de nous y engager plus avant, comme nous avons déjà commencé à le faire. Il s’agit de montrer, comme nous le faisons à Paris depuis 9 ans, qu’une bonne gestion ne saurait être indifférente au sort de ceux qui souffrent. Et que l’avenir ça se fabrique, ça se sculpte. Souplesse, créativité, volonté et innovation, avec, comme exigence, plus de justice sociale : en France, comme au Brésil avec Lula, la gauche doit se montrer décomplexée et audacieuse, sortir de sa névrose d’échec, et regarder en souriant les défis qu’elle s’apprête à affronter. Entre Sarkozy et la samba, choisissons la samba, c’est à dire une manière d’être articulés et heureux, ensemble. Et ici, à Paris, montrons à nos amis brésiliens, par des coopérations renforcées, que nous marchons vers l’avenir avec eux. Oui, avec le coeur, résolument, je vote pour Dilma.

    Jean-Pierre Guis
    Conseiller délégué du 12è arrondissement, délégué aux manifestations culturelles en lien avec le Brésil.

  2. DAVID dit :

    Quelle honte sur vous!
    Vous avez déjà oublié votre complicité avec Jacques Chirac?
    Je ne crois pas un seul mot de ce que vous dites

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens