LES ÉDITOS

Coopération

17 mai 2010

Rendez-vous avec Janet Mikhaïl, maire de Ramallah. Conversation libre, franche, et constructive. Cette femme semble porter en elle des espoirs qui tiennent malgré tout, et des déceptions tant de fois surmontées.


La vie est dure à Ramallah, comme sur tout le territoire dirigé par l’Autorité palestinienne. La paix fait un pas en arrière chaque fois qu’on a le sentiment de l’approcher. La politique de colonisation menée par le gouvernement Netanyahu mine et morcelle le territoire de la Palestine. La pauvreté s’étend et s’installe. La corruption héritée d’autres temps ronge encore une société qui apprend à se construire. Et la souveraineté, la dignité, la liberté, tout cela semble si loin…


Pourtant, la vie est là, dans le regard et les paroles de Janet Mikhaïl. Parce que la réalité est plus complexe et peut-être même un peu moins désespérante que lorsqu’on la voit défiler tristement depuis l’Europe. La société palestinienne, malgré les entraves, avance, évolue, avec l’ardeur de sa jeunesse.
Comment arriver à la paix ? Chacun le sait. Le jour où les colonies et la violence ne saboteront plus l’avenir des Palestiniens, le jour où le terrorisme ne sera plus qu’un souvenir dans la vie quotidienne des Israéliens, alors les esprits seront prêts pour la seule solution, celle que le bon sens commande : deux Etats voisins pour deux peuples souverains. La question est de savoir dans combien de temps, c’est-à-dire « dans combien de morts ».


Mais les peuples ne vont pas indéfiniment attendre leurs dirigeants. Alors des relations se créent, à des échelles plus humbles, plus proches, celle des pouvoirs locaux, notamment. Et là aussi, la société palestinienne est en mouvement, avec une confiance qui impressionne.


Que peut faire une ville comme Paris ? Aider le mouvement. L’appuyer, à sa mesure. Accompagner la création, l’imagination, l’innovation palestiniennes. Et ne pas négliger le vecteur de la Culture, qui est aussi, toujours, au service du dialogue universel. C’est ainsi, par exemple, que nous convenons, avec Janet Mikhaïl, d’un accord entre les théâtres de nos deux villes, pour que les talents s’enrichissent de ce qu’ils ont de meilleur. Le théâtre Al Kasaba de Ramallah et les théâtres municipaux de Paris entameront dès cette année cette coopération prometteuse. Nous lançons également des projets communs pour le traitement des eaux de pluie : c’est là un sujet important, dans une région où l’eau, rare et précieuse, est un enjeu vital.


Je suis heureux de pouvoir redire à Janet Mikhaïl mon admiration pour le peuple palestinien, pour son dynamisme, pour sa jeunesse, pour sa diversité. Cette admiration, j’aurai bientôt l’occasion de l’exprimer à nouveau, en inaugurant, à l’ombre de l’Académie française, une place au nom de Mahmoud Darwich, cette grande voix de la Palestine. Je le ferai quelques semaines après la place David Ben-Gourion. Et, loin d’une contradiction, j’y vois l’expression d’une continuité. D’une cohérence. Israël et la Palestine ne sont pas deux « causes » exclusives l’une de l’autre, mais deux formes en miroir de l’aspiration de l’Homme à la liberté et à la dignité.


L’an prochain, je retournerai à Ramallah pour la quatrième fois pour que notre coopération ne cesse pas de progresser.

3 commentaires à “Coopération”

  1. André Guidi dit :

    Monsieur le Maire de Paris,

    merci pour ce voyage et cette coopération entre la capitale Française et la Palestine tant sur le plan culturel que sur celui encore plus crucial du traitement des eaux de pluie et de la désalanisation qui répondront aux attentes de cette terre aride par le climat mais ô combien fertile en imagination et créativité une fois éradiqués terrorisme et corruption comme vous l’appelez de votre plume.

    Salutations dévouées.

    André Guidi

  2. PAIX dit :

    Quand on regarde les émissions religieuses le dimanche matin (islam ou judaïsme), on voit bien que les liens sont forts sur place entre les deux peuples. Dommage qu’on ne voie ces exemples bien concrets de la vie sur place que le dimanche matin et pas dans les journaux télévisés.

  3. MARCHOIS dit :

    Monsieur Delanoë, c’est fort intéressant de vous voir vous soucier des Palestiniens. Vous vous demandez même comment la ville de Paris peut contribuer à la paix. Pour cela il faudrait déjà que son premier magistrat ne donne pas sans cesse des gages de servilité à la frange la plus extrémiste des juifs de France : portrait du soldat Shalit affiché (alors que vous vous désintéressez du Franco-Palestinien Hamouri), inauguration d’une voie Ben Gourion, dont le mépris des Palestiniens est connu de tous (je vous ai envoyé récemment ses édifiantes citations!). Non, Monsieur Delanoë, tant que vous serez inféodé au CRIF, ignorant tous les autres juifs de France, vous ne pouvez que vous taire. Et vos larmes de crocodile sur les Palestiniens sont une insulte à ce peuple martyr.

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens