LES ÉDITOS

Lettre de Rio, 1

28 octobre 2009

RIO 2009

Arrivée ce matin à Rio. La pluie, le vent, le ciel bas et lourd, donnent d’abord l’envie de prendre un peu de hauteur et de voir cette immense ville d’assez loin pour en comprendre le génie, en apprécier la trame, en cerner les mesures et les démesures. A peine descendus de l’avion, nous sommes donc montés au Mirante de Dona Marta, d’où l’on aperçoit Rio dans sa totalité – si le mot a ici encore un sens. Et ce qui fait de cette capitale déchue (et qui ne se console pas de l’être) une métropole unique au monde m’apparaît aussitôt : nulle part, me semble-t-il, la nature et la ville ne se mêlent à ce point. Cette cité-continent est traversée, de part en part, par un parc national, et le vert des arbres, de l’herbe, des jardins – une nature libre et non pas, comme en Europe, domestiquée ou apprivoisée – surgit partout, pour crever l’étendue grise du béton et de la pierre. L’aménagement urbain de Rio est peut-être en train de devenir un exemple de développement durable. Oui, littéralement, cette ville est durable, c’est-à-dire qu’elle durera, parce qu’elle préserve ses poumons, et elle fait la distinction entre l’essentiel et l’accessoire, entre ce qui passe et ce qui reste.

Puis nous sommes allés visiter le quartier de Santa Teresa, que nos hôtes nous présentent comme « le Montmartre de Rio ». Cela peut surprendre : comme l’allée des Brouillards semble loin d’ici ! Et pourtant, je n’ai guère besoin de plus de quelques minutes pour voir ce qu’ils veulent dire. Dans ce quartier extraordinairement vivant, où les générations se croisent, où les initiatives se multiplient, où la rencontre, l’imprévu, semblent toujours être au coin de la rue, je reconnais un peu, c’est vrai, l’âme de Montmartre. Chacun de nos pas nous découvre un horizon nouveau, et l’on sent que ces rues, ces places, sont pleines d’imagination, de vitalité et de créativité. Tel est peut-être le secret de Rio. Comme le Brésil tout entier, elle est confrontée à des problèmes extrêmement graves, à des situations sociales souvent très dures, à une délinquance qui oblige trop souvent les habitants des quartiers les plus populaires à vivre avec la peur. Mais elle relèvera ces défis, j’en suis convaincu – car son dynamisme, son énergie, sa jeunesse auront le dernier mot.

Dynamique, énergique, jeune : ce sont aussi les termes que je choisirais pour décrire Eduardo Paes, le maire de Rio, avec qui nous avons partagé un déjeuner particulièrement chaleureux. A 39 ans, plein d’ardeur et d’enthousiasme, entouré d’une équipe à son image, il avance, et il fait avancer sa ville, loin des mauvais souvenirs du passé, de la tentation du fatalisme ou des gouffres de la résignation. Il construit, il invente, il fourmille de projets- et nous en concevons quelques-uns avec lui. Nous sortons de ce déjeuner résolus à partager les compétences, les énergies, les moyens. Nous allons par exemple mettre en place un programme d’échanges de fonctionnaires entre Rio et Paris, pour que les expériences puissent se mutualiser et que chacun puisse s’inspirer du meilleur de l’autre.

Eduardo Paes revient d’un voyage en Europe, où il a commencé la préparation des Jeux Olympiques 2016. Je lui dis, avec la plus grande sincérité, combien je suis heureux que Rio ait été désignée pour organiser ces Jeux. Que la grande fête du sport ait lieu, pour la première fois, en Amérique latine, c’est un événement immense ; c’est un pas important dans l’histoire de la rencontre des peuples, et du dialogue des cultures. Et c’est un bonheur, aussi, de voir reconnu et salué le mouvement de Rio: sa jeunesse, son appétit de vie, de création, d’innovation. Pour que les Jeux 2016 soient un succès, Paris s’engagera, auprès de nos amis brésiliens, sous toutes les formes qui pourraient leur être utiles. Parce que c’est pour nous tous un enjeu essentiel de développement, et même de civilisation.

Je poursuis cette journée avec un sentiment de joie et de sérénité que la fatigue ne parvient pas à recouvrir : un pays émergent qui, par la force de son travail et de sa volonté, entre hardiment dans la modernité, c’est, pour un progressiste, un tableau qui donne du coeur à l’ouvrage. Et une ville qui a décidé, à ce point, de se donner toutes les chances d’épouser son siècle, c’est, pour un maire, le plus beau des encouragements.

A demain

Bertrand Delanoë

3 commentaires à “Lettre de Rio, 1”

  1. DE ASSIS COTTA, Eduardo Francisco dit :

    Monsieur Delanoë,
    je suis fier de voir à la tête de la mairie de Paris une personne si lucide comme vous. Félicitations! Je suis brésilien et j’ai dejá habité à Paris dans les annnées 90 et j’aime toujours cette ville.
    Je viens de lire l’article qui vous avez écrit sur la ville de Rio de Janeiro. Ce regard que vous avez décrit de Rio de Janeiro, c’est un regard de quelqu’un qui ne voit seulement les points négatives, mais aussi le coté beau (paysage, les gens, etc) et les efforts pour l’améliorer.
    Un salut très chaleureux du Brésil pour vous.

    Eduardo Cotta

  2. Gilda C. Rego Monteiro dit :

    Carioca, ayant déjà habité Paris, j’ avoue que j’ aperçois cette ville beaucoup plus gaie, ouverte et généreuse depuis que vous êtes devenu son “pilote”.
    Il a été un grand plaisir de vous rencontrer ce soir et d’ écouter un discours si sensible, positif, encourageant et visionnaire sur l’ éternelle passion qui unit Paris et Rio.
    Salutations
    Gilda Monteiro

  3. Boissard dit :

    Comme toujours, j’admire cette belle leçon d’optimisme. Si Rio est un exemple de développement durable, alors nous sommes sur la bonne voie et rien n’est perdu. Cette immense cité traversée par un parc national n’est-elle pas un modèle pour l’avenir de la planète toute entière ?

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