LES ÉDITOS

Visite d’Etat du président Dmitri Medvedev

2 mars 2010

Monsieur le Président,
Madame et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les élus,



C’est pour Paris un grand honneur de recevoir le président de la Russie.


Car entre l’âme russe et notre capitale, se sont tissés, depuis des siècles, des liens d’une profondeur exceptionnelle. Ce sont ces liens que je souhaite célébrer ce matin, en y associant les Parisiens d’origine russe, symboles d’un dialogue toujours fécond. Tous ont leur part dans ce moment particulier, toutes les générations de l’immigration russe à Paris, dont certaines ont vécu une histoire si douloureuse. Oui, notre cité sait ce qu’elle doit à la Russie, et à ses infinies ressources de créativité et de volonté. Paris ne serait pas Paris sans l’influence de Kandinsky, de Diaghilev, de Poliakoff… Et bien sûr de Chagall, dont l’exposition du photographe Izis donne, en ce moment même dans cet Hôtel de Ville, une image poignante et singulière. Sur les bords de la Seine, la Russie et la France ont su mêler leurs littératures, leurs inspirations, leurs musiques, et parfois jusqu’à leurs langues : un terme entré dans le vocabulaire le plus quotidien et le plus familier des Parisiens, « bistrot », ne passe-t-il pas pour être, à l’origine, un mot russe ?


Et le plus beau langage de l’amitié demeure bien sûr la culture. C’est dans cet esprit que Paris participe avec conviction aux années France-Russie, nouveau temps fort des échanges entre nos peuples, nos artistes, nos universitaires et nos acteurs économiques. Ainsi, le théâtre de la Ville accueille plusieurs troupes très innovantes de la scène russe. La Maison européenne de la photographie présente, en lien avec la Biennale de Moscou, une vaste exposition consacrée à la photographie russe contemporaine. Quant au Forum des images, il offre à un large public une galerie originale de portraits de Moscou et de Saint-Pétersbourg, posant sur votre pays un regard ouvert et passionné.


Mais en vous accueillant ici, Monsieur le Président, dans la maison des Parisiens, je ne souhaite pas seulement la bienvenue au dépositaire d’une culture millénaire. Je m’adresse bien entendu au chef d’une très grande puissance politique, économique et militaire. Une puissance dont l’horizon, aujourd’hui, tient toujours en trois mots : développement, paix, liberté.


Le développement, d’abord. Il faut en effet saluer les progrès de la Russie dans les domaines de l’énergie, de l’innovation, et de l’économie de l’intelligence. Oui, la Russie est entrée de plain-pied dans ce siècle. Et je suis heureux que des partenariats prometteurs aient pu se nouer entre nos deux pays.


La paix, ensuite. C’est le plus beau et le plus exigeant de tous les défis, et la Russie y prend sa part. Je retiens notamment vos déclarations sur le désarmement nucléaire, ou la reprise de votre coopération militaire avec les États-Unis d’Amérique, symbole éloquent de l’Histoire qui avance. Mais comment parler de paix sans évoquer l’Europe ? Et, pourquoi ne pas le dire, j’ai aujourd’hui le sentiment, Monsieur le Président, de m’adresser à un Européen. D’abord parce que nous n’oublions pas la dette immense que l’Europe conserve envers votre peuple. Nous gardons tous, au fond de notre cœur, la mémoire des millions de Russes morts dans la lutte contre l’oppression nazie. De la fin de la seconde guerre mondiale est née l’Union européenne. Puis de la fin de la guerre froide est née l’Europe réunifiée. Et qu’est-ce que la Russie, sinon, aussi, un pays fondamentalement européen ? Qui sont Tolstoï, Dostoïevski, et Tchaïkovski, sinon de grands, de vrais Européens ? Je souhaite que cette réalité historique, culturelle, puisse inspirer davantage nos relations politiques.


Mais ce trait d’union ne peut se concevoir qu’autour d’une valeur essentielle, sans laquelle toutes les autres perdent leur sens : la liberté. Je pense à tous les droits de l’Homme, et notamment à la liberté de la presse. Car c’est la grandeur d’une nation, de permettre à tous les journalistes de penser, de parler et d’écrire sans crainte. Je pense aussi à l’affirmation de l’Etat de droit. Et sur ce sujet, je tiens à saluer les efforts courageux que vous avez engagés.



Monsieur le Président, au moment de conclure, permettez-moi d’évoquer à nouveau l’âme russe, ses infinies ressources d’énergie, de mélancolie, de joie, et, toujours, de vie. Au nom de Paris, je salue la puissance et l’universalité du génie russe. Je vous souhaite à nouveau la plus chaleureuse des bienvenues dans cette maison et dans cette ville. Et je forme, pour vous, pour les vôtres, pour votre peuple, les vœux les plus amicaux de prospérité, de liberté et de paix.


Bertrand Delanoë

Un commentaire à “Visite d’Etat du président Dmitri Medvedev”

  1. NEPOMIASTCHY dit :

    Monsieur le Maire,

    Invitée à l’Hôtel de ville le 2 mars en tant que Française d’origine russe, j’ai trouvé votre discours émouvant et convainquant. Vous avez parlé avec votre coeur, contrairement au président russe qui n’a manifesté aucune émotion.
    Malgré les contraintes du protocole, vous avez évoqué les réussites mais aussi les grands problèmes de la Russie, en particulier celui de la liberté.
    J’ai beaucoup apprécié votre mention du parcours souvent si douloureux des émigrés russes, ce qui n’est que rarement souligné dans les discours officiels. Mes parents sont morts depuis longtemps, mais j’ai été heureuse de vous entendre rendre hommage à cette génération.

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