LES ÉDITOS

Exposition Larry Clark

7 octobre 2010



Communiqué de Bertrand Delanoë



Dans un dossier publié ce jour, le quotidien « Libération » dénonce l’attitude de la Mairie de Paris relative à l’exposition du photographe Larry Clark, n’hésitant pas à parler de «censure», «d’hypocrisie», « d’ordre moral » et même de «tartufferie».


Dans les faits, parler de censure de l’oeuvre de Larry Clark relève d’un renversement stupéfiant de la vérité. Car, en réalité, l’exposition que la Ville de Paris présentera au Musée d’Art Moderne, à compter de demain, constitue la première rétrospective intégrale de l’oeuvre du photographe américain en France sans qu’aucune de ses photos ait précisément subi une quelconque censure.


Faisant le choix de préserver pour la première fois l’entière liberté de Larry Clark, la Ville en assume la conséquence en interdisant l’accès des mineurs à cette exposition, appliquant en cela les termes du code Pénal, notamment son article 227-241*. Cette disposition n’exclue en rien les oeuvres artistiques ni les institutions culturelles de son champ d’application qui recouvre les images à caractère violent ou pornographique ou donnant à voir des scènes de toxicomanie. Il est de notre devoir de responsables publics d’éviter à la fois un risque d’interdiction judiciaire de l’exposition (sur tout ou partie des oeuvres) ou un risque pénal pour le conservateur du Musée ainsi que pour les commissaires. Il n’y a là nulle attitude « prude » – ne confondons pas la morale et le droit – mais la volonté responsable de permettre précisément l’expression de la liberté artistique dans le respect des textes applicables.


Car en effet, certains des clichés de cette exposition ne sauraient être montrés à un public mineur sans tomber sous le coup de la loi. C’est précisément ce que Libération n’a pas
permis à ses lecteurs de mesurer en faisant le choix de publier des photos de Larry Clark qui ne font pas partie des plus sensibles. Face à un tel procédé, on peut se demander où sont les Tartuffe ?


Il en est de même quand Libération trompe ses lecteurs en indiquant que les mêmes photos auraient été déjà présentées par la Maison Européenne de la photographie (MEP) en 2007.
C’est tout simplement faux. La série Teenage Lust, qui comporte les photos en question n’a
jamais été montrée dans son intégralité en France dans un lieu public. A l’exception de la
Norvège, elle n’a d’ailleurs pas été montrée en Europe depuis qu’elle existe. Les musées de
New York qui la possèdent ne la montrent pas. L’exposition de 2007 à la Maison Européenne de la photographie était consacrée à la série Tulsa, qui figure également dans l’exposition du MAM. La MEP a bien présenté quelques photos de la série Teenage Lust, mais en aucun cas celles qui, figurant pourtant dans ses collections, ont été jugées trop violentes ou choquantes.


Pour finir, il est également gravement inexact d’indiquer que cette interdiction d’accès des
mineurs à tout ou partie d’une exposition d’art contemporain serait sans précédent. Car tel
fut déjà le choix de la Bibliothèque Nationale de France pour son exposition « L’enfer » en janvier 2008, ou La Biennale de Lyon en 2007 pour l’accès à une salle où étaient exposées certaines photos de David Hamilton.


La Ville de Paris revendique son choix de présenter cette exposition de Larry Clark dans des conditions de liberté absolument inédite. Nous assumons de privilégier ainsi la liberté
artistique – celle des artistes et de leurs oeuvres – quitte à l’accompagner des mesures de
précaution indispensable. Nous invitons d’ailleurs tous ceux qui commentent cet événement
à commencer par prendre connaissance de la totalité des oeuvres exposées et particulièrement de celles qui ont justifié notre décision.


Si nous pouvons chacun avoir nos convictions personnelles et citoyennes sur l’évolution du regard de la société sur la sexualité, la Mairie de Paris n’est pas au-dessus des lois. Les
procès démagogiques instruits sur la base d’arguments fallacieux ne doivent donc pas minorer l’ampleur et la portée de ce rendez-vous auquel, et c’est l’essentiel à nos yeux, le public saura sans aucun doute répondre massivement.


* L’article L. 227-24 du code pénal définit comme un délit « le fait, soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur »

6 commentaires à “Exposition Larry Clark”

  1. Patrick dit :

    J’apprécie totalement la décision de Mr. DELANOE d’interdire l’exposition de Lary Clarck au moins des 18 ans.
    Cet “artiste” (si l’on peut encore appeler cela ainsi) doit franchement se faire soigner !
    La France devrait consacrer son énergie pour exposer de véritables artistes!
    Cordialement.

  2. klein roger dit :

    si la mairie de paris, ou plus exactement bertrand delanoe n’est pas au-dessus des lois comme il l’affirme, pourquoi n’a-t-il pas laisser faire la justice à propos des emplois fictifs de la mairie de paris.
    si tous les politiques de tous bords, impliqués directement ou indirectement étaient sanctionnés comme il se doit, une prison nouvelle serait nécessaire. quelle rigolade !!!!!!

  3. Pierre-Henri REYMOND dit :

    Cher Bertrand,
    Dans votre position vous devez faire référence à la loi pour interdire ou limiter. Ainsi, au dela de cette référence (à la loi) j’entends votre intelligence, votre coeur d’homme.
    Par ailleurs quand je lis “l’oeuvre” de Clark, je m’insurge! Car ses images traduisent un regard impudique! Je ne le dis pas dans un sens moral, veuillez le croire! Ce n’est pas une oeuvre, mais un regard intrusif, voyeur et violeur! Enfin je ne me prononce que sur ce que je viens de voir.
    Ce sera tout. Mais sachez que je prendrai plaisir a échanger avec vous mes vues.
    Elles sont étonnantes! Ebourifantes!
    Avec un cordial et joyeux sourire, je vous salue,
    cher Monsieur Delanoé.

    Pierre-Henri Reymond

  4. Nolwenn dit :

    Monsieur le Maire,

    J’ai passé ma vie à défendre la liberté en art et en littérature, à démontrer que la dimension artistique d’une oeuvre est bien souvent à l’exact opposé du conformisme des bien-pensants et de l’académisme bourgeois. Les oeuvres d’art souvent interrogent, dérangent, posent question, remettent en cause la morale. Baudelaire et Flaubert ont subi un procès pour outrage aux moeurs, Courbet était considéré comme un artiste scandaleux… Pourquoi, d’ailleurs, ne pas interdire aux mineurs la visite du Musée d’Orsay, tant que vous y êtes? Une oeuvre comme “L’origine du Monde” est-elle moins pornographique que les photos de Larry Clark?
    Vous me répondrez qu’au niveau purement juridique, la différence est certaine. Moi, je vous parle de courage politique. Il faut parfois risquer un procès pour démontrer le caractère absurde ou injuste d’une loi. Nos sociétés sont en butte aux intégrismes, au discours sécuritaire, au politiquement correct, à la peur du procès. Si même les hommes de gauche refusent de s’insurger contre le nouvel ordre moral, c’en est fini de la liberté artistique, voire de la liberté d’expression.
    Dans le passé, des hommes et des femmes ont combattu et payé le prix fort pour qu’aujourd’hui, on puisse exprimer une vision du monde qui choque, rebute dérange ou pose question. Je m’interdis de vous juger, mais, à plus de cinquante ans, je constate avec amertume que mes enfants (et mes petits-enfants) jouiront de moins de libertés que moi.

  5. Bertrand Delanoé a eu raison, je le dis après avoir vu l’exposition
    voir mon article récent sur mon blog
    Je suis effarée de voir toutes ces personnes qui en parlent et qui ne l’ont pas vu

    A bientôt
    JA

  6. babeil dit :

    Le problème n’est pas seulement le caractère pornographique d’expositions artistiques mettant en scène des mineurs, c’est aussi celui du support des oeuvres. La pornographie n’a pas sa place dans un musée. Les oeuvres contenant pornographie et mineurs auraient dû être bannies. La décision du maire de Paris est illogique et incohérente. Si légalement les adultes peuvent voir de la pornographie, un musée n’est certainement pas le lieu. C’est un peu comme si virginmegastore vendait dans ses magasins des films X avec rayon réservé aux adultes.

    Il est évident que Monsieur Delanoë a tenté de masquer derrière cette mesure d’interdiction aux moins de 18 ans son laxisme envers les oeuvres à caractère sexuel. Il a probablement voulu se faire bien voir d’un grand cinéaste reconnu, mais en a surtout profité dans le même temps pour élargir le champ de la pornographie au plus grand espace public possible. Il suffit de voir les personnalités qu’il a soutenues, Mitterrand, Polanski, pour se faire une idée du profil du maire de notre capitale.
    Et qu’il ne vienne pas dire que la législation française ne lui autorisait pas une censure totale. Si un prétendu artiste affiche des photos pédophiles, nazies, de torture dans un musée, je doute que Monsieur Delanoe ose proclamer qu’il est impuissant au regard de la loi et n’a pas le pouvoir de les interdire.

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