LES ÉDITOS

Défendre la culture à Paris

19 avril 2010

Les inquiétudes suscitées par le projet de loi en discussion sur la réforme territoriale sont multiples. La presse s’est fait tout particulièrement l’écho de la menace que ce texte fait peser sur le financement de la culture. En prétendant limiter le champ d’intervention de chaque collectivité à des compétences expressément spécifiées par la loi, le projet gouvernemental fait craindre que les départements ne puissent plus intervenir en matière culturelle. Ceux-ci dépensent aujourd’hui près d’un milliard trois cents millions d’euros pour la culture, loin derrière les communes mais devant – on l’ignore souvent- les régions. Claude Bartolone a eu raison, comme président du conseil Général de Seine Saint Denis, de tirer la sonnette d’alarme sur ce point et c’est bien volontiers que je me suis associé à son appel.


Le Président de la République a affirmé publiquement que la compétence culturelle resterait partagée entre tous les niveaux territoriaux. Tels qu’ils sont aujourd’hui rédigés, les textes disent pourtant le contraire. La question est plus générale : l’incertitude née de la suppression de la taxe professionnelle, liée à la crise économique, a fait entrer les communes et les départements dans un temps d’incertitudes sur leurs ressources qui a d’ores et déjà entrainé une baisse importante de certaines dotations au secteur culturel. Cette politique est dangereuse et brouillonne. Dangereuse parce qu’en période de crise, la culture est aussi pour nos concitoyens une valeur refuge : la lecture publique, les équipements de proximité, la familiarité avec la création et l’élévation de l’esprit doivent au contraire être soutenus. Brouillonne parce qu’une fois de plus les décisions sont prises sans que les conséquences en soient évaluées, mettant aussi en cause l’emploi et la vitalité économique du secteur culturel. Nous avons tenu à Paris, malgré la dureté des temps, à préserver le plus possible la culture : maintien des projets existants, stabilisation des budgets pour les petites structures, diminution strictement limitée pour les grosses structures et dynamisation de l’action municipale en faveur du théâtre. Car c’est dans la crise, précisément, que la culture devient plus que jamais centrale : elle est une respiration indispensable quand les contraintes matérielles sont de plus en plus dures.


Aussi n’est ce pas sans une réelle inquiétude que je lis la lettre du Premier ministre sur la nouvelle phase de la réforme des politiques publiques en matière culturelle. Paris y est expressément mentionnée avec une référence au « décroisement des subventions » entre l’Etat et la ville. Si le Premier ministre souhaite nous inviter à une réflexion collective sur l’offre culturelle à Paris, j’y suis prêt. Mais si derrière ces termes technocratiques apparaît l’idée sous-jacente d’un désengagement de l’Etat vis-à-vis de structures que celui-ci qualifierait abusivement de « municipales », le gouvernement trouvera sur son chemin la majorité municipale et les Parisiens : nous sommes prêts à faire plus et mieux, pas à nous substituer aux carences de l’Etat. L’exception culturelle et le combat pour la beauté et le sens méritent mieux que des manœuvres de second ordre.



Bertand Delanoë

2 commentaires à “Défendre la culture à Paris”

  1. Jean Yves Jannic dit :

    Monsieur le Maire,

    11000 prisonniers en Israel, efficace, n’est-ce pas, Monsieur le Maire, pour utiliser un mot que vous avez utilisé à propos de Ben Gourion.

  2. Monsieur le Maire,

    Nous vous invitons le 19 juin au tables rondes autour de la démocratie culturelle et la situation actuelle de la culture en France. Nous organisons la ContrExposition, un projet fortement inscrit dans un contexte politique, social et culturel. En effet, nous voulons, sans opposer démocratisation et démocratie culturelles, susciter une réflexion pour comprendre comment et pourquoi des politiques culturelles se voulant démocratiques peuvent parfois renforcer les inégalités en cantonnant le citoyen au rôle de simple spectateur passif, de consommateur de biens culturels savants.

    La ContrExposition est un projet soutenu par la région Ile de France et en partenariat avec Espoir Goutte d’Or, les Amis du Bus de Femmes, les oeuvres de la Mie de Pain, la Maison pour un Développement Solidaire, le Musée du Louvre et les relais culturels d’Ile de France.

    Il serait un honneur pour nous de pouvoir compter sur votre présence.

    Exposition et tables rondes à La Petite Rockette
    Dates : du 15 au 26 juin 2010
    Horaires : de 10h à 20h
    Samedi 19 juin : Vernissage à 14h et Tables rondes à partir de 17h
    Entrée gratuite
    6 rue Saint Maur
    75011, Paris
    M. Voltaire

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