LES ÉDITOS

Discours de Bertrand Delanoë lors de la visite du Président de la République à l’Hôtel de Ville

16 mai 2012


Discours de Bertrand Delanoë par mairiedeparis

Monsieur le Président de la République,
Madame,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Préfets,
Chers amis,

Il y a des moments où l’émotion ne peut être contenue. Vous imaginez sans peine les sentiments qui sont les miens, et ceux de tant d’élus ici présents. Paris vous accueille, le jour où vous devenez le Président de la République française. Cette visite d’État gardera toujours, dans notre souvenir, la solennité et la fraîcheur des commencements.

Les traditions ont souvent un sens, et donc une valeur : c’est le cas de ce rite républicain qui veut que le nouveau Chef de l’État se rende, le jour même de son investiture, dans la maison des Parisiens. C’est un hommage réciproque rendu par Paris à la République et par la France à sa capitale.

Aujourd’hui, une telle cérémonie prend une signification plus singulière encore, puisque vous avez su trouver le cœur des Parisiens. A une large majorité, ils ont exprimé leur confiance dans votre personne, dans votre projet, et dans la perspective que vous incarnez.

Votre présence est un symbole ; elle est, pour notre ville, un présage, et même une reconnaissance : celle du lien entre Paris et la nation française. Tout au long d’une histoire tourmentée, le peuple de Paris a été le centre et l’âme des grandes Révolutions qui nous ont faits ce que nous sommes. Je pense à tous les Gavroche de tous les temps, aux gamins de Paris, à la jeunesse que vous avez mise au cœur de votre vision pour la France. Je pense à Stefan Zweig, qui qualifiait Paris de « ville de l’éternelle jeunesse ».
Je pense à ce passé qui nous oblige, qui nous inspire et qui nous guide. Je pense à quelques grands moments. Je pense à la glorieuse Commune de Paris.
Je pense, plus particulièrement, à deux dates auxquelles cette maison, l’Hôtel de Ville de Paris, est si intimement liée. La première, c’est le 23 février 1848, quand Lamartine, ici même, choisit pour la nation tout entière le drapeau tricolore, signe de rassemblement de tous les patriotes, étendard de la liberté reconquise, fierté d’un peuple réuni. La seconde date, c’est bien sûr le 25 août 1944, lorsque le général de Gaulle célébra, avec des mots immortels, Paris, libéré par son peuple, et enfin rendu à son histoire, à ses valeurs, à sa grandeur.

Dans l’identité de la France, Paris est à la fois une mémoire et une espérance. C’est un monde fait de mille mondes. Des hauts de Ménilmontant à la colline de Chaillot, de la butte Montmartre à la porte d’Orléans, c’est une infinité de cultures, d’inspirations, de métiers, de vies, qui se rencontrent, et dont la diversité fonde l’unité.

L’unité : c’est de cette conquête que notre pays a le plus profondément besoin. Et c’est bien d’elle que vous êtes aujourd’hui le gardien. Notre peuple doit faire vivre la fierté de son histoire commune et le désir ardent de la continuer et de la renouveler.

Vous l’avez dit vous-même le soir de votre victoire : il n’y a qu’une seule France. L’essentiel nous rassemble parce que l’essentiel nous dépasse – c’est l’amour de notre pays. Aussi je veux associer, à l’hommage que je vous rends aujourd’hui, tous les habitants de notre ville, sans aucune distinction, sans aucune hiérarchie, sans aucune exclusive. Car je suis le Maire de tous les Parisiens, comme vous êtes désormais le Président de tous les Français.

Reconnaissons-le : entre Paris et l’État, les relations ont souvent été difficiles, tendues, voire conflictuelles. Et je ne parle pas seulement des dernières années. Je parle d’une histoire séculaire d’affrontements et d’incompréhensions.

Votre visite marque, j’en suis convaincu, l’instant où s’ouvre une nouvelle page. Vous avez dit, en des termes simples et vrais, votre affection pour Paris. Je l’affirme : Paris n’a d’autre ambition, aujourd’hui comme hier, que celle d’un partenariat loyal et efficace. C’est ainsi qu’ensemble nous relèverons les grands défis. La crise du logement, qui se pose d’une façon dramatique pour des milliers de familles, dans notre agglomération comme partout en France. La nécessité d’impulser une nouvelle forme de gouvernance démocratique pour la métropole parisienne, dont je salue les élus ici présents. Et bien sûr nous serons des partenaires ambitieux pour la culture, pour l’innovation, pour l’économie de la connaissance, pour tout ce qui apporte à notre société, dynamisme et créativité.

J’en suis sûr, la France et Paris avanceront désormais d’un même pas, avec confiance, avec exigence, avec respect. Je le dis parce que je connais votre attachement à la dignité et à l’intégrité des collectivités locales. Et je sais combien les tentations centralisatrices sont étrangères à votre culture comme à votre itinéraire.

Oui, Monsieur le Président de la République, je vous connais depuis longtemps, et, bien au-delà du protocole, cet instant est empreint d’une réelle affection. Je connais votre volonté, je connais votre constance. Je sais aussi votre grande humanité. Et je suis heureux, comme maire de la capitale de l’État républicain, que la France ait fait le choix de vous confier son destin. C’est ce bonheur que je souhaitais simplement vous exprimer- avec mes vœux de réussite, de courage et de succès dans la très haute charge, la plus haute de toutes, dont vous êtes désormais investi.

Vive Paris !
Vive la République !
Vive la France !

2 commentaires à “Discours de Bertrand Delanoë lors de la visite du Président de la République à l’Hôtel de Ville”

  1. Richou dit :

    “La glorieuse Commune de Paris”, quand même, il faudrait que M. le Maire relise un peu ses livres d’Histoire…
    Il ne faudrait pas mettre dans l’esprit des gens qu’ils s’agissait d’une bande de joyeux drilles injustement réprimée. Il s’agissait d’une bande d’assassins qui a pris le pouvoir par un coup de force totalitaire. Je ne pense pas que ceci doive être un exemple.
    Intéressez-vous par exemple aux actions de Raoul Rigault qui avait pris possession de la préfecture. Et n’oubliez pas que ces braves gens avaient incendié tout les monuments de Paris dont on est fiers, dont M. le Maire est fier aujourd’hui et dans lesquels il prononce ses discours.

  2. Denis Petitpierre dit :

    Monsieur le Maire, Monsieur Bertrand Delanoë,

    Je ne suis qu’un “prétendant” (en tout cas candidat à la naturalisation française et vous ferai grâce ici de tous les pourquoi de cette candidature.
    Je voulais simplement, ici et solennellement, vous exprimer mon admiration pour votre humanité, présente dans votre discours, aussi bien et plus encore perceptible, dans vos réactions aux mots du Président de la République. Pour moi, j’ai vécu là un TRES TRES GRAND MOMENT DE REPUBLIQUE, dont je tenais à vous remercier. Mes larmes – devant le petit écran – accompagnaient les vôtres !
    Vous êtes; chacun le sait et depuis longtemps; un grand homme d’Etat et je forme mes voeux pour vous et ce qui s’annonce demain, espérant que vous ne disparaîtrez pas si vite du petit écran des grands hommes. Pour ma part, je vous aurais bien vu nommé ministre de la culture… ? Mais… nous verrons ce que l’avenir dictera.
    Avec mes très “subordonnés” hommages, veuillez agréer, Monsieur le Maire, mes courtoises et respectueuses salutations.

    Denis Petitpierre, Gaillard(74)

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