ACTUS

Bâtir la métropole sera le grand défi de l’équipe élue en mars

10 mars 2014

Interview publiée dans Le Monde le 8 mars 2014.

Anne Hidalgo a-t-elle gagné la bataille de Paris ?

Anne Hidalgo a incontestablement remporté la bataille de la crédibilité et de l’authenticité pour diriger Paris. Mais l’élection se déroule dans un contexte particulier, donc soyons modestes ! Un scrutin est par essence incertain.

Craignez-vous un vote sanction contre le gouvernement ? Les attaques de la droite sur la pression fiscale ne risquent-elles pas de vous porter préjudice ?

Les Parisiens que je rencontre me parlent très peu de politique nationale. Contrairement à Mme Kosciusko-Morizet, ils savent que leurs impôts locaux sont les plus bas de France, et qu’en treize ans nous ne les avons augmentés qu’à deux reprises et modérément. Cela étant dit, la fiscalité reste un sujet très important. Anne Hidalgo a eu le courage d’annoncer qu’elle n’augmenterait pas les impôts, tout en se montrant offensive pour réformer la dépense publique. Elle n’a fait aucune promesse qu’elle ne pourra tenir. A l’inverse, Mme Kosciusko-Morizet a promis de baisser les impôts tout en faisant des annonces particulièrement dispendieuses comme la couverture complète du périphérique qui coûterait plusieurs milliards d’euros. Ce n’est pas sérieux.

Comment jugez-vous la campagne de NKM ?

C’est une personne que je n’ai jamais sous-estimée. Mais en plusieurs mois de campagne, elle n’a pas réussi à incarner une vision pour Paris. Par ses invectives et ses propos mensongers, elle n’a pas donné la dignité requise à la campagne qu’elle mène. Elle fait preuve de désinvolture sur le fond des dossiers et d’une condescendance que je n’imaginais pas vis-à-vis des siens, de ses concurrents et donc des Parisiens.

Reconnaissez-vous un échec dans la lutte contre l’insécurité ?

En treize ans de mandat, j’ai été maire dix ans sous des gouvernements de droite. Dans ce cadre, j’ai été un partenaire loyal et constructif. J’ai augmenté de 50 % la contribution de la ville au budget de la préfecture de police. J’ai mis en oeuvre un plan de vidéoprotection malgré les critiques de gauche et de droite. J’ai toujours cherché l’efficacité dans l’action.

Sur la prétendue hausse catastrophique de l’insécurité depuis mai 2012, je note que la droite se fonde sur des comparaisons statistiques tronquées, comme l’a souligné un rapport de l’Inspection générale de l’administration sur le maquillage des chiffres sous la présidence de M. Sarkozy. Pour autant, je ne dis pas que tout va bien. Il y a en 2014 des phénomènes de violence qui sont liés notamment à la virulence de la crise que connaît la société. Je reste malgré tout opposé à la création d’une police municipale. Et je suis sur ce point en accord parfait avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy qui m’ont toujours dit : « N’écoutez pas nos amis du Conseil de Paris qui vous demandent de la créer ! »

Paris se vide d’une partie de ses classes moyennes avec enfants. La gauche n’a-t-elle pas « embourgeoisé » la capitale ?

Comment pouvez-vous dire que Paris se vide quand, en onze ans, la capitale a regagné 125 000 habitants, dont 16 000 familles et 31 000 jeunes ? Quelle rupture avec les décennies précédentes ! Il y a plus de gens qui viennent s’installer à Paris que de gens qui en partent. De quel embourgeoisement ou gentrification parle-t-on quand 72 % des Parisiens ont des revenus qui pourraient leur donner droit au logement social ? Grâce au rachat d’immeubles menacés de vente à la découpe, la Ville a maintenu 13 000 familles à Paris. 30 000 logements sociaux ont été attribués aux classes moyennes.

Bien sûr, nous comptons aujourd’hui 130 000 demandeurs de logements sociaux. Mais 30 % d’entre eux ne sont pas parisiens. Et cette hausse de la demande est aussi une conséquence de l’attractivité retrouvée de la capitale, qui est confrontée aux limites géographiques de son territoire, huit fois inférieur à celui de Berlin. La réponse à la crise du logement passe par la création de la métropole. En treize ans, nous avons opéré une rupture avec des siècles pendant lesquels Paris s’est construite en édifiant des barrières avec ses voisins. Bâtir la métropole sera le grand défi de l’équipe élue en mars. Si j’avais poursuivi ma mission à la tête de la ville, j’aurais été ravi de porter ce projet.

Après treize ans comme maire, quel est votre principal regret ?

Etant tourné vers l’avenir, je n’ai pas de regrets. En revanche, ce qui a été très frustrant pour moi, c’est de voir le temps qu’il faut pour réaliser les projets. Je pars alors que certains grands chantiers comme les Halles demeurent inachevés, du fait des multiples recours ou des nécessaires améliorations souhaitées par les habitants dans le cadre des concertations que nous avons menées. Mais je suis sûr que, dans un an, au moment de l’inauguration, les Parisiens se diront que c’est réussi.

M. Hollande mène-t-il la politique que vous défendiez ensemble au congrès du PS en 2008 ?

François Hollande est cohérent. Il y a une parfaite continuité entre ce que nous disions au congrès de Reims et la politique qu’il mène aujourd’hui. Il pense que, sans dynamisme économique, on ne peut ni réduire les inégalités ni faire baisser le chômage ni préserver les services publics. Cet état d’esprit, porteur d’une « efficacité de gauche », j’y souscris totalement.

Sur les réformes de société, souhaitez-vous plus d’audace ?

Je ne doute pas de la volonté du chef de l’Etat d’aller de l’avant sur ces sujets-là. En 2013, il y a eu le mariage pour tous, avec le droit d’adopter pour les couples homosexuels. Le président a pris aussi l’engagement courageux d’avancer sur le dossier de l’accompagnement de la fin de vie. Tout ne peut pas être fait en une semaine. L’important, sur ces sujets, comme sur ceux de la simplification de l’adoption ou la reconnaissance du statut du beau-parent, présents dans le projet de loi famille, c’est qu’ils restent à l’ordre du jour du quinquennat. De la même manière, tout en restant opposé à la gestation pour autrui, je souhaite que soit autorisée la procréation médicalement assistée.

Si l’on vous propose d’être ministre, accepterez-vous ?

Après treize ans d’exercice de responsabilités lourdes et passionnantes, il est sain de prendre du recul durablement pour y voir clair, pour méditer un peu. Après ce temps long de retrait, reviendra peut-être alors un nouveau temps d’engagement. Il peut s’épanouir dans différents domaines : économique, culturel, humanitaire…

Pas politique ?

Je n’envisage pas de prendre d’autres responsabilités classiques. Il y a heureusement tellement d’autres façons de s’engager qu’en étant ministre.

Thomas Wieder et Béatrice Jérôme

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens