LES ÉDITOS

Après Toulouse

23 mars 2012


Pendant plusieurs jours, devant l’ampleur de la tragédie, devant le deuil immense, sans interrompre la vie démocratique de Paris, j’ai préféré la discrétion. « Il y a un temps pour tout ; un temps pour se taire et un temps pour parler » : ces mots de l’Ecclésiaste, l’un des plus beaux livres que la pensée juive ait offerts au monde, prenaient tout leur sens, dans cette semaine si douloureuse.


Le temps est venu de reprendre le cours de la vie. Mais nous devons le faire avec gravité, avec dignité, et en ayant conscience du fait que nous nous tenons devant des mémoires blessées, et devant des êtres brisés par la mort de leurs proches. C’est vers eux que je me tourne, avec l’espoir que la solidarité nationale qui s’est manifestée auprès d’eux, aura pu leur apporter, à son échelle, un peu de consolation.


– Nous avons d’abord, dans ces circonstances, un devoir d’unité. La France a été outragée, elle a été durement frappée. Je forme le vœu qu’elle se retrouve, qu’elle se redresse, et que le crime ne parvienne pas à la diviser. Je salue, en particulier, l’esprit de responsabilité des représentants du judaïsme et de l’islam dans notre pays. Par leur langage, par leur attitude, par leur cohésion, ils auront contribué au rassemblement de la nation.


– Nous avons aussi un devoir de vérité. Notre gratitude et notre admiration vont bien sûr aux forces de police qui ont fait preuve d’un immense courage. Mais cela ne nous exonère pas du devoir de chercher, et de comprendre, comment un tel drame a été possible. Le temps de l’analyse sincère et sérieuse doit être pris, débarrassé de toute arrière-pensée politique. Il faut tirer les conclusions de ce qui s’est passé, corriger d’éventuelles failles, pour prendre, calmement, sérieusement, sans précipitation ni manœuvre hâtive, les mesures nécessaires.


– Nous avons un devoir de responsabilité. Quiconque exploitera ce drame sera coupable devant le pays tout entier. Personne ne doit prétendre tirer un avantage politique d’une telle tragédie. Les coups de communication sont indignes du moment, de l’enjeu, et de la souffrance des victimes.


– Nous avons un devoir de fermeté. Le terrorisme est l’ennemi le plus résolu, le plus dangereux, le plus insaisissable aussi, de nos démocraties. Nous ne devons lui laisser aucun répit, nous devons le combattre sans faiblesse et sans état d’âme. Ce combat là est vital : ce n’est pas celui d’une civilisation contre une autre, c’est la guerre que la barbarie a déclarée à toutes les civilisations.


– Nous avons enfin, et peut-être surtout, le devoir de ne pas renoncer à être nous-mêmes, c’est-à-dire la République française, attachée à la liberté de ses débats, à la vivacité de ses controverses légitimes. Nous ne ferons pas au crime l’honneur de le laisser maître du rythme de notre démocratie. La campagne présidentielle reprend. Les Français ont le droit qu’elle ne leur soit pas volée. Nous allons, à travers la confrontation des projets, leur reparler de leurs logements, de leurs emplois, de leur santé, de leur école, et bien sûr de leur sécurité. Tout autre choix serait une forme d’abandon devant la terreur. En renouant le fil de la démocratie, nous honorerons l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes. Et nous rendrons aux victimes de la haine l’hommage de notre fidélité et de notre inexpugnable liberté.


Bertrand Delanoë

7 commentaires à “Après Toulouse”

  1. SCHACHTEL Bruno dit :

    Monsieur le Maire, cher Bertrand,
    On ne peut qu’adhérer et rendre hommage à ce texte d’une grande pudeur qui traduit bien l’émotion, mais aussi la raison partagée.
    Bruno SCHACHTEL
    Proviseur honoraire de l’ESAA BOULLE
    Membre de la section PS MEN

  2. Jean Chenal dit :

    Merci, rien à dire de plus. respect aux victimes et soutien à leur famille.

  3. Alain Fabre dit :

    Pourquoi n’a-t-on pas contrôlé ce personnage qui rentre d’Afghanistan ?
    La DCRI le convoque à Toulouse en novembre 2011, Mohamed raconte qu’il vient d’un voyage d’agrément. Avec quel argent ? Il ne travaille pas, touche le RSA et l’agent de la DCRI avale cette couleuvre, avec les antécédents de cet odieux personnage !!
    Pourquoi cette intervention du READ ? Qui leur a ordonné cette intervention ? Pourquoi le tuer ? Pourquoi viser la tête et non les jambes, une fois au sol, les bras ou épaules ? Pourquoi ne pas avoir envoyé des dizaines de grenades lacrymogènes et ce jusqu’à ce que le rat sorte de sa tanière, il n’y a aucun danger, pas d’otage.
    Toutes ces interrogations m’amènent à une conclusion peut-être hâtive, mais non moins plausible.
    A qui profite le crime ?
    Je ne doute pas de la sincérité du président Sarko, même s’il m’est insupportable de pouvoir imaginez sa réélection, mais dans son entourage, je ne citerai pas de nom, ce serait une grave accusation. Mais je pense des personnes capables d’avoir fait commanditer cet acte de terrorisme pour faire peur aux français et remettre l’insécurité dans la campagne ; quand on a un bilan catastrophique, rien de tel que l’insécurité pour gagner les quelques voix manquantes.
    Rappelez-vous du massacre d’Ouvéa en 2008 ? le pauvre papi tabassé à la veille du 1er tour 2001 ?
    Mais comme dit Jean-Pierre Gauffre, célèbre chroniqueur de France info : « Vous n’êtes pas obligé de me croire »

  4. Joel Cabot dit :

    BIen sur il y a la partie politque de l’affaire et le drame humain. On peut se poser des questions sur les services de polices et la chaine de commande vers le haut. Comment se fait-il que les americains savait qui il etait et qu’il etaits sur la “US no-fly List”. Voir le Washington Post pour plus de detail.

  5. J espère que ces lots ont été écrit par vous et non pas par un collaborateur , auquel cas , merci de ces references dont je ne connaissais même pas l existence . Devant l obscurentisme votre dignité est exemplaire . Bravo . Camelotdeparis. Com

  6. Mauron Didier dit :

    Devoir d’unité, de vérité, de responsabilité et de fermeté….mais aussi besoin de comprendre. Comment peut-on dans ce pays détenir autant d’armes, est-ce cela le résultat d’une politique de sécurité soi-disant réussie. En 2002, la gauche s’était vu frappée d’un procès en incompétence dans le domaine de la sécurité parce qu’un vieux monsieur, Papy Voise avait été “passé à Tabac”. En 2012 il ne se passe plus guère de semaines sans que des armes tuent, a Marseille a Toulouse et dans bien d’autres endroits. Ce drame ne doit pas nous interdire de poser des questions. On ne doit pas accepter que Mr Sarkosy nous fasse encore un tour dont il a le secret. Pourtant il recommence et il semble que la gauche ne croit pas nécessaire de lui poser certaines questions sur la sécurité. Est ce qu’il pourra continuer encore longtemps a détourner l’attention sur ces responsabilités en prétendant notamment que la solution pour régler ce genre de drame serait de pénaliser les consultations de sites WEB. Les armes tuent plus surement que les pages html. Faisons d’abord respecter les lois existantes avant de créer d’autres interdits que nous ne saurons faire appliquer. Merci pour votre texte, mais de grâce ne laissez pas cet individu nous voler notre victoire.

  7. lilou 34 dit :

    Bonjour Bertrand Delanoë et merci de traduire par ces propos tout ce que la plupart d’entres nous souhaitent au plus profond de notre vie. Rendre hommage à cette famille si durement touchée et à tous ceux que la fanatique pensée meurtrie encore. Je ne peux qu’adhérer à tes propos et pense que c’est aussi à chacun d’entres nous de faire que cette vie soit meilleure pour les nôtres. Je ne suis pas imbue d’une pensée utopique mais une citoyenne comme tant d’autres qui pense que par notre sens de la valeur humaine , de la limite de la liberté de chacun , du respect , pouvons prétendre à participer à un monde meilleur.Je suis ravie de pouvoir venir t’écouter à Montpellier à nouveau ce vendredi 3O Mars comme je suis venue t’écouter à Béziers. Tes propos sont remplis d’une vérité si” vraie”, d’une émotion sincère partagée qui nous délectent d’une sérénité dont nous avons tant besoin.

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