LES ÉDITOS

« Un problème grave »

22 juin 2011

Depuis plusieurs jours, le gouvernement de la France et le parti majoritaire ont résolu de se fixer un nouvel objectif, un horizon mobilisateur, un but collectif : faire échouer le processus des primaires socialistes. Celles-ci, à en croire le ministre de l’Intérieur, posent en effet « un problème grave », à résoudre de toute urgence.


Tant d’étroitesse et de mesquinerie ne mériteraient pas de réponse s’il ne fallait dissiper les confusions et réfuter les contrevérités. Je constate d’abord que la droite entreprend de dévier le débat national, qui met en jeu l’avenir de notre pays, vers des logiques procédurières, et que l’obstruction lui tient désormais lieu de politique.


Sur quels arguments se fonde l’UMP pour appuyer la violence de son offensive ? Sur deux mensonges. Premièrement, l’organisation des primaires coûterait de l’argent aux contribuables. C’est faux : tout sera pris en charge par les fédérations socialistes, à l’euro près. Deuxièmement, l’opération pourrait conduire à un « fichage » des citoyens en fonction de leurs opinions politiques. C’est encore faux : les listes d’émargement seront placées sous scellés, et détruites dès le lendemain du vote, sous contrôle d’huissier. L’ensemble de la procédure a du reste été validée par la CNIL et le Conseil constitutionnel. La tentative d’empêchement de l’UMP est donc, en toute hypothèse, vouée à l’échec.


Alors, pourquoi cette agitation? La réalité est assez claire : la droite a peur. Elle voit venir ce grand moment démocratique avec une angoisse qu’elle n’arrive pas à dissimuler. Car les primaires seront un révélateur. Les Français verront d’un côté, une gauche qui débat, ouvertement, sans tabou, sans crainte, devant les citoyens, autour d’un projet connu et assumé. De l’autre côté, une droite repliée sur elle-même, sans projet, avec un candidat imposé sans débat. D’un côté le dialogue, de l’autre le monologue. D’un côté, des citoyens considérés comme des adultes responsables, de l’autre des électeurs réduits à une clientèle infantilisée. Ne doutons pas que les Français sauront faire la différence.


Je lance un défi à l’UMP : qu’elle organise, elle aussi, des primaires, qu’elle assume le débat devant les citoyens, qu’elle s’ouvre, enfin, à la vitalité démocratique. Les collectivités locales de gauche ne chercheront pas, elles, à l’en empêcher.


Et si ce défi reste sans réponse, c’est que la gauche et la droite incarnent deux façons opposées de faire de la politique, qui, n’en doutons pas, annoncent deux modes de gouvernement radicalement différents. Si les citoyens accordent à la gauche leur confiance, la parole et le pouvoir leur seront rendus. Les corps intermédiaires reconquerront leur rôle, les syndicats retrouveront leur place, et le Parlement, surtout, assumera pleinement ses responsabilités. La France ne sera plus gouvernée par le secret, elle ne sera plus conduite dans l’opacité. Car ce que révèle avant tout cette triste polémique sur les primaires, c’est que le gouvernement de notre pays a peur de la démocratie. Et cela constitue sans conteste « un problème grave ».


Bertrand Delanoë

7 commentaires à “« Un problème grave »”

  1. Jean-Paul LEVY dit :

    Excellent !
    voilà la réponse qui cloue le bec à la propaganda staffel de l’UMP .
    Il faut la diffuser le plus largement possible .

  2. Alain Estival dit :

    Je serai président de bureau de vote dans l Eure.Étonnant de constater que les représentants de la droite prennent comme exemple les communes dirigées par la gauche. Mais dans les villes de droite, les agents municipaux et les présidents de gauche d’association seraient -ils fichés par la droite.Finalement ils redoutent leurs propres turpitudes.
    ALAIN

  3. Danièle COUTY dit :

    Bravo !…

    La critique, par la droite française, des primaires que nous organisons porte notamment (elle le répète en boucle) sur les risques de divisions, de déchirements au sein de notre parti entre les candidats eux mêmes et entre les militants ou sympatisants qui soutiendront l’un ou l’autre.
    Or l’UMP est un bloc compact muni d’une seule tête, bloc profondément fissuré, composé en partie de courtisans qui craignent avant tout de perdre leurs diverses mais nombreuses prérogatives et de militants qui ont retiré leur confiance au chef et qui, s’ils souhaitent être candidats n’ont comme seule alternative : s’extraire du parti et tenter leur chance (on les connaît)ou bien ravaler leur amertume, leur dépit, leurs doutes ; en un mot “la fermer” pour éviter toute représaille….
    Bonjour les dégats…. que d’hypocrisie. Face à cette situation sournoise et cet état pestilentiel de la droite actuelle, je suis profondément sereine. Ca ne sera pas facile, certes, mais la démocratie à tout à y gagner et j’ai une grande confiance dans l’intelligence de nos compatriotes.
    DANIELE

  4. KUNTZ dit :

    Bravo Bertrand, ce fût limpide et en famille nous avons constaté et admiré ta capacité à dire ce qu’il faut sans agresser mais sans faiblesse quand les arguments de l’adversaire sont fallacieux, (Guéant, Raoult.Nous avons aimé ton art de préserver l’essentiel, les petits mots qui résonneront (et raisonneront) quand il faudra rassembler au-delà… Hier, sur France Inter, j’ai regretté une fois de plus que tu ne sois pas dans la course des Primaires.
    RAOULT ce matin sur France Inter était ridicule quand on a entendu la hauteur de ton propos la veille! Voilà une droite bien affolée qui n’a déjà plus d’argument et qui tombe dans de mauvaises querelles de procédures… le coup d’Etat n’est pas loin avec de tels zèbres!

  5. Philippe dit :

    M. le Maire,
    J’entends bien votre argumentaire mais votant dans un village, où tout le monde se connait, je devine qu’il sera aisé d’affubler d’une étiquette de gauche les participants aux primaires et de droite les autres…le secret de l’isoloir semble bien éventé avec ces primaires, non?.

  6. de Pradines dit :

    1) Le PS va t-il mandater un huissier pour suivre de bout en bout l’utilisation du fichier dès lors qu’un électeur aura été inscrit et jusqu’à la destruction du fichier ? Ce serait une solution minimale….

    2) Que dirait le PS si, à l’inverse, un parti de droite ou +, voire le FN, décidait de cocher sur une liste électorale ses amis ( et par défaut ses ennemis ) ?

    3 ) A t-on déjà vu, en France, une telle opération dans laquelle un parti politique enregistre sur une liste exhaustive de l’ensemble des électeurs ceux qui sont de ses partisans et s’engagent sur l’honneur à “partager ses valeurs” et à payer 1 euro, et, donc, par soustraction, à pouvoir identifier ceux qui ne sont pas de cet avis ??? N’y a t-il pas là matière à réflexion et à contestation? Personnellement je n’ai pas connaissance d’une telle possibilité de fichage ( positif ou négatif ) dans l’histoire de notre démocratie… Je suis étonné que le PS et la CNil par exemple, si prompts à veiller aux grains et à protester verbalement contre tous les risques de “fichages”, de croisements de fichiers, de captations vidéo etc… s’alarment si peu et se vexent lorsqu’on leur fait part de ces remarques….

  7. Clara Kevin Lehenaff dit :

    Non mais c’est n’importe quoi. C’est même pas ça le problème.

    Elle va ficher quoi la liste ? Les 30% d’électeurs socialistes qui vont aller à la primaire ? Je vais probablement voter socialiste (ou blanc) mais je n’ai pas l’intention d’aller à la primaire, et les quelques millions de je m’en foutiste dans mon genre pensent pareil…

    Tout ce qu’auront les socialistes, c’est une liste étendue de leur sympathisants… Comme une liste d’adhérents en un peu plus grand… Ça va leur servir à quoi, quand bien même ils voudraient s’en servir ?

    Faut arrêter de nager dans le monde de la rhétorique, y en a qui perdent franchement pied là… (hein monsieur Xavier Bertrand ?)

    Bref, my 2 cents. Je suis un écrivain qui ne s’intéresse pas à la politique – je passais par là par hasard et le blog était joli. :)

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