Retraites : pour un système plus simple, plus lisible et plus juste


Pourquoi la réforme des retraites est-elle jugée urgente ? Parce que la population vieillit. Mais comment d’ailleurs définit-on ce vieillissement ? Si le vieillissement de la population apparaît inéluctable, son ampleur est largement dépendante des hypothèses retenues pour les projections démographiques : ces dernières concernent la mortalité, mais aussi la fécondité et les flux migratoires.
Et il faut le rappeler, le vieillissement n’est pas un phénomène nouveau. La déformation de la structure par âge de la population a été amorcée il y a plus de deux siècles en France. Les démographes parlent de transition démographique. A ce changement de structure de la population s’ajoute un phénomène plus ponctuel, l’arrivée à l’âge de la retraite des générations du « baby boom ». Le vieillissement de la population, « le papy boom », s’accélère momentanément à partir de 2005 avant de reprendre sa tendance de long terme après 2025.


Réformer le système des retraites n’est donc pas un sujet facile. Le débat s’est focalisé – et il s’est même accéléré avec la crise – sur le sujet du financement à court (et moyen) terme. Et la question des moyens a, comme souvent, pris le pas sur la finalité… mais il importe, avant d’ouvrir à nouveau ce chantier – si nous ne voulons nous contenter de colmater les brèches – , de répondre aux questions fondamentales : quel niveau de vie veut-on assurer aux retraités ? Quel doit être le rôle de la solidarité nationale ? Comment partager les richesses entre actifs (salaires, durée du travail, chômage), retraités (temps de retraite, niveau des pensions)…et profits ?… avant d’envisager les questions de financement : par exemple, quelles parts des cotisations doivent être financées par les entreprises et par les salariés ?


Les pays qui ont réformé leur système en profondeur ont mis du temps (en Suède, souvent citée en exemple, la discussion a duré plus de 10 ans pour arriver à un consensus pour la réforme de 1998). En France, le débat semble se focaliser sur l’âge de départ : 60 ans ou plus ? L’aspiration à la retraite n’est-elle pas une fuite devant le travail dont les conditions se sont dégradées ? Notre pays fait en tout état de cause figure d’exception en Europe : l’âge légal de la retraite est désormais de 65 ans en moyenne dans l’OCDE, et certains pays ont décidé de le repousser : l’Allemagne, le Danemark et le Royaume Uni ont légiférer en vue de relever l’âge de la retraite à 67 ou 68 ans ; les Pays-Bas et l’Espagne ont proposé de le porter à 67 ans.
Mais il est fondamental de jouer sur d’autres paramètres : si nous souhaitons prendre en compte les carrières des individus, ce n’est pas seulement l’âge de départ, mais aussi l’âge d’entrée dans la vie active, et donc bien la durée de cotisation qui est pertinente. Les personnes diplômées commencent et partent plus tard, l’inverse est vrai pour les moins diplômés. Il faut introduire probablement deux éléments de pondération que sont la pénibilité du travail et l’espérance de vie dans les différents secteurs d’activité .
Et pour augmenter le montant des cotisations, il est possible d’agir sur le taux de cotisation, mais il est désormais essentiel de travailler à l’élargissement de l’assiette des cotisations : réduire le chômage et augmenter les taux d’emplois en particulier des jeunes et des seniors est un premier axe ; envisager de prélever sur de nouvelles recettes en est un second que nous ne pouvons plus écarter : le financement des retraites par les salaires mais aussi par les revenus du capital.


Un système de retraite est un mécanisme de partage de la richesse et les déterminants de ce partage fluctuent ; la souplesse dans l’adaptation est importante. Il revient donc au Parlement de fixer les grands principes, et aux partenaires sociaux et à l’Etat de trouver un équilibre entre les différents paramètres (selon les hypothèses économiques et démographiques, elles peuvent être combinées à des degrés variables).


Quelques grands principes doivent nous guider pour aboutir à un système plus juste, plus simple et plus lisible.


• Il faut préserver un régime par répartition : où les cotisations versées une année financent les pensions servies cette même année (et la pension versée est proportionnelle aux cotisations versées pendant la vie active) ; la gestion de ce revenu différé doit nécessairement être confiée à la puissance publique parce que les marchés financiers ne sont pas capables de transférer une épargne garantie sur plusieurs dizaines d’années. Ce choix constitue une sécurité face à l’avenir.


• Il faut définir un minimum de droits garantis pour le plus grand nombre.


• Enfin et surtout il faut aller au-delà du simple exercice habituel de colmatage des déficits du système actuel en plaidant pour une refonte générale de l’ensemble des régimes pour mettre fin, à l’opacité des modes de calcul, au manque de lisibilité et aux inégalités, et en particulier aux nombreux régimes spéciaux. Thomas Piketty et Antoine Bozio ont proposé dans leur rapport d’avril 2008, « Retraites : pour un système de comptes individuels de cotisations », un système unifié, inspiré de la réforme suédoise adaptée en 1994, et fondé sur des concepts individuels de cotisations .


=> Cette refonte doit permettre de tenir compte de la diversité des trajectoires individuelles et de gérer de façon plus juste et plus lisible cette diversité. Le salarié conserve exactement le même capital de cotisations et les mêmes droits à la retraite, quels que soient les aléas de sa carrière ou ses changements de statut : public/privé, salarié/non-salarié, cadre/non-cadre…

=> Contrairement à une idée reçue, le système de comptes individuels tend à avantager les salariés les plus défavorisés. D’une part il avantage les salariés ayant commencé à travailler plus tôt ; d’autre part la prise en compte de toutes les années de cotisations permet également de mettre fin au fait que, dans le système actuel, les travailleurs aux carrières salariales modestes subventionnent les salariés connaissant une forte progression salariale en fin de carrière.

=> Les citoyens perçoivent alors clairement que leurs cotisations retraites ne constituent pas un prélèvement obligatoire comme les autres, mais bien une épargne obligatoire dont le rendement est garanti par l’Etat sur le long terme.



La retraite est un choix de société. Le débat ne doit pas se limiter à la question du financement mais une réflexion plus large doit s’ouvrir, sur la place du travail dans la société d’aujourd’hui et de demain, sur l’organisation des temps sociaux tout au long de la vie, et aussi sur le partage des richesses. La réussite de la réforme est un enjeu démocratique. Et si l’on s’accorde pour refuser une réformette de plus, reposant uniquement sur des ajustements de paramètres, il faut se laisser le temps de la réflexion et du dialogue. Et c’est bien en premier lieu sur des grands principes que le débat doit porter.

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