Réflexions sur les questions urbaines


Initiée par Michel Destot, député-maire de Grenoble, la rencontre du groupe Inventer à gauche, qui a eu lieu le 19 janvier dernier à l’Assemblée nationale a été le cadre d’une réflexion sociologique passionnante sur les métropoles de demain, en lien avec le débat entourant le Grand Paris.


Le regard que Jean Viard porte sur la ville découle de celui qu’il porte sur le temps, le lien entre les deux renvoie à la question de la mobilité. Alors que nous parcourions en moyenne 5 km par jour dans les années 1950, les Français se déplacent en moyenne aujourd’hui de 45 km par jour.


Au XXIe siècle, on vit essentiellement à côté des villes : 50% des Français vivent en dehors des villes telles qu’elles existaient en 1950. Il existe un début de ségrégation générationnelle: 50 000 retraités quittent Paris chaque année. Paris devient de plus en plus une ville de célibataires. Les retraités sont une ressource pour les territoires.


Par ailleurs, 61% des électeurs ne travaillent pas dans la commune où ils votent. Ils votent là où ils dorment, ce qui génère une sorte de « démocratie du sommeil ». Or, paradoxalement, peu de villes ont des politiques sur le silence. Il faudrait pouvoir retoucher la carte électorale à l’échelle de la vie des gens.


En dépit de l’allongement de la vie (+40% en un siècle !), la multiplication des opportunités accroît l’impression de manque de temps. Rapporté en heures, le Français du XXIe siècle vit 700 000h et, sur une base de 35h par semaine, ne travaille que 63 000 h, alors qu’en 1914, un homme vivait 500 000h, dont 200 000h consacrées au travail. Ainsi, seul 12% du temps du temps urbain est travaillé en moyenne, et la politique de la ville doit aussi proposer des activités attractives pour que les citoyens occupent leur temps libre. Le recours à des outils technologiques toujours plus sophistiqués satisfait, en partie, cette soif de mobilité.


Jean Viard voit le capital spatial comme un nouveau capital, dont la démocratisation représente un enjeu du XXIe siècle. Plus on est aisé et plus on peut se déplacer loin pendant son temps libre. A l’inverse, les habitants des quartiers pauvres sont cantonnés à rester dans des zones très faiblement pourvues au niveau de l’offre de loisirs. Il faut donc se demander comment on démocratise la mobilité du temps libre. Il faut savoir qu’il y a environ autant de gens en France qui consomment de la culture que de musulmans, c’est-à-dire grosso modo 8% de la population…


Pour Jean Viard, notre représentation de la ville résulte d’un « mélange entre Haussmann et le Club Med ». Les lieux de polarité se recoupent de plus en plus avec les régions touristiques. La carte des résidences secondaires correspond assez bien à celle des créations d’entreprises. Selon lui, il faudrait suivre l’exemple hollandais et interdire les résidences secondaires dans les grandes villes dans lesquelles le foncier est saturé.


Il faut être conscient que l’essentiel du lien social se passe dans le logement et que chacun aspire à disposer d’espaces extérieurs dans son chez-soi (jardin, terrasse = le côté Club Med). Il serait temps que l’habitat social prenne en compte cette aspiration.


Au sein des villes, il importe de se demander comment on peut créer des espaces de rencontre aléatoires, du type de la place de la Comédie à Montpellier par exemple.


Parallèlement, il nous faut sanctuariser l’espace agricole, indispensable pour la survie de l’humanité.


Selon Jean Viard, au cours de l’histoire française, on n’a jamais donné de pouvoir aux villes. On a fait la décentralisation des hectares. Il se demande si l’on va enfin donner aujourd’hui du pouvoir aux métropoles, aux hubs territoriaux.


Il va falloir mettre en place une politique de la mobilité pour le XXe siècle. Le système français pour le moment est directement hérité du jacobinisme : une ville-monde, au coeur d’un réseau TGV avec une dizaine de métropoles en devenir. Y a-t-il vraiment eu une décentralisation en France ?


De son côté, Olivier Mongin insiste sur l’idée que l’opposition ville centre/périphérie n’a plus grand sens, dans la mesure où il y aurait de l’urbain partout, puisqu’il y a des connexions partout. Il décrit la métropole comme une mutualisation de services et la possibilité de partager les risques dans un même espace.


La question du rapport à l’espace devient décisive, on est passé de la lutte des classes à la lutte des places. Chacun se pose la question de sa place dans un monde de mobilité.


La ville, c’est à la fois du dur et du récit, de l’imaginaire. Les équipes qui ont réfléchi sur le Grand Paris ne se sont pas assez penchées sur la question de l’imaginaire de la capitale et de son historique en France. On ne se pose pas non plus assez la question de l’origine. Par exemple à Grenoble, il n’y a que 20% d’habitants « de souche ». Ces origines multiples devraient être racontées, à travers diverses formes artistiques, notamment des livres destinés aux enfants, de façon à ce qu’une histoire de la ville puisse se constituer et se transmettre.


Il décrit les jeunes de banlieue comme « embarrés », ni dedans, ni dehors.


Notre culture politique ne s’appuie que très peu sur la démocratie urbaine. Le débat sur le Grand Paris, piloté par l’Etat, en est un exemple emblématique. La question du rapport Etat/villes est en train de se jouer. La ville globale tisse des liens avec les autres hubs mais se coupe de son environnement proche. Le pari métropolitain est intéressant car il invite à reconfigurer les espaces mais on demande aux architectes de créer des hubs pour les élites…


Il faut être conscient que les gens, lorsqu’ils sortent de chez eux, ne tombent pas directement dans l’Agora. Il faut constituer des espaces publics, notamment des hôpitaux, des bibliothèques qui soient des lieux d’accueil, auxquels tout le monde puisse avoir accès. La question centrale du hub est en effet: qui va avoir accès et comment ?


Nous vivons dans un monde liquide, comme l’a décrit le sociologue Zygmunt Bauman, marqué par les flux de tous ordres. Seuls ceux qui savent nager peuvent y évoluer en sécurité. Pour les autres, il y a un besoin de sécurité. La question métropolitaine est liée aux flux et ressemble très peu à l’Etat pyramidal. Les flux sont devenus plus forts que les lieux et la ville ne les contrôle pas. Les tendances à l’illimitation et à la séparation se bousculent.


Il importe de reprendre en compte la question du site: où est-ce que l’on habite ?


Les villes sont très en avance en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique car elles sont en première ligne et disposent de la plupart des leviers utilisables. La place de la forêt est d’ailleurs essentielle. Il faut que les grands parcs redeviennent des espaces publics, ouverts.


Il faut insister enfin sur la question du rapport à l’emploi. La ville est aussi l’endroit où l’on travaille et c’est dans les espaces urbains que se produisent innovations et expérimentations.


A l’issue de cette rencontre, un aspect important semble rester en suspend. En ce qui concerne l’accès aux services publics et aux services en général (médicaux notamment), les problématiques que l’on rencontre dans les banlieues et les zones périurbaines s’apparentent de plus en plus à celles des territoires ruraux. Comment une vision en termes « d’urbain généralisé » peut-elle prendre en compte cette réalité ?


Article publié initialement dans la Rose au poing, journal des socialistes de Sciences Po

3 commentaires à “Réflexions sur les questions urbaines”

  1. Louie Bernardi dit :

    Dear Mr. Bertrand Delanoe,

    First off I would like to introduce my self. My name is Louie Bernardi and I am a college student in New York. I am a Criminal Justice major who enjoys reading and researching many topic that may pertain to this field such as crime, law, war, and my personal favorite politics.
    I am currently working on a project in one of my classes gathering information on many different current and former politicians and leaders from around the world with an emphasis on Mayors. I am only reaching out to certain individuals with the hope and open mind frame of getting a response. I have selected a few who I believe have had the biggest impact on there people during their specific term, and as the current Mayor of Paris since 2001, as well as an active member in politics prior serving as a former Senator and member of the French National Assembly, you defiantly have had a major impact on your people, and will continue to do so. I was wondering Mr. Delanoe, if it is any way possible of obtaining an autograph business card of yourself or any other additional information to go along with some of my work. I would greatly appreciate it. I understand and I am aware of the work load that awaits you on a daily basis, but if you could grant this request I would greatly appreciate it. If this request is possible my address is,

    Louie Bernardi
    46 Yorkshire Road
    New Hyde Park, NY
    11040
    USA
    I thank you for your time Mr. Delanoe and wish you continued success, and the best of luck

  2. R. Nathalie dit :

    Non, nous aspirons, du moins dans le logement social, de pouvoir permuter les logements plus facilement, de pouvoir choisir entre attendre 25 ans pour un F3, F4 et plus ou moins de temps pour un F2…le problème c’est que les logements ne sont plus adaptés aux familles, déjà, il faut voir que dans notre immeuble nous n’avons pas de salle de bains, mais nous avons des chambres de dimension démesurée ! Et ainsi de suite…bon, effectivement ce serait plus joli d’avoir de beaux espaces verts, mais nous avons déjà des dealers en bas de notre immeuble, ils vont bientôt pouvoir obtenir l’autorisation de planter de la marijuana, ça va devenir plus verdoyant ! Vous voyez qu’il y a des solutions à tout ! Durant des années des familles attendent pour pouvoir quitter un logement insalubre, trop petit ou trop éloigné de leur travail, ou de l’école de leur enfant (comme c’est mon cas)…le fait qu’ils soient dans un logement qui ne correspond pas aux critères ou aux normes en vigueur, ça ne dérange personne, en revanche, on ne peut pas leur proposer un logement de type F2, sous prétexte qu’avec un enfant on ne peut avoir qu’un F3, mais on vous répond que pour obtenir un F3, il faut attendre en moyenne 15 à 20 ans ! Voire plus ! Vous n’avez pas l’impression que qque chose cloche dans vos priorités ? Il faudrait mettre en place une liste de gens qui souhaitent permuter les logements selon les priorités de chacun, si on préfère un F2, à l’autre bout de Paris, pour se rapprocher d’un travail ou d’une école pour un enfant handicapé…et qu’une autre famille qui s’est agrandie préfère même un petit F3 et habiter dans un autre quartier, pourquoi ne pas permettre les permutations aussi entre bailleurs sociaux différents aussi, de toute façon, ça passe par une commission, alors je ne vois pas où est le problème de réunir tous les bailleurs sociaux sur une même liste et mettre les logements vacants d’une part sur une liste, et d’y mettre sur une liste à coté, consultable par internet, les personnes qui veulent permuter et leurs souhaits ! Ce ne serait certainement pas plus compliqué à gérer (d’autant que le temps que prennent les “diagnostics logements” pour n’avoir rien fait, vu que rien n’est aux normes, permettre aux familles de refaire leur logement en entrant dans les lieux, plutôt que de gaspiller pour des entrepreneurs peu scrupuleux qui ne font pas leur travail et économisent sur les matériaux)…Bref, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais il faut un peu arrêter avec ses idées de BoBo délirants, oui, on aimerait plus d’espaces verts, oui on aimerait beaucoup avoir des choix de loisirs plus nombreux dans certains quartiers, ça éviterait à certains jeunes désœuvrés de nous causer de la nuisance…mais ce sont les conditions de logement qui sont inhumaines !

  3. Your site doesn’t show up properly on my android – you might want to try and repair that

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