ACTUS

“Pour l’amour de Roland-Garros, du tennis et des plantes des Serres d’Auteuil”

2 février 2011



Tribune d’Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, chargée de l’urbanisme et de l’architecture, parue dans Le Monde, édition du 3 février 2011



Pour que Roland-Garros reste à Roland-Garros, pour que le tournoi ne perde pas son identité ni son âme qui, depuis plus de huit décennies, sont liées à la ville qui l’a vu naître et grandir, la Fédération française de tennis a conçu un projet d’extension et de réaménagement du site. Le Conseil de Paris l’a approuvé par 141 voix contre 12. Il m’est certes difficile de l’évoquer avec une parfaite objectivité. Mais je peux dire avec certitude que ce projet est esthétiquement ambitieux, qu’il est juridiquement et techniquement fiable et qu’il est parfaitement respectueux de l’environnement. Ceux qui l’ont imaginé, Marc Mimram et Michel Corajoud, architecte et paysagiste à la renommée mondiale et au talent reconnu, n’ont jamais eu l’intention de massacrer un patrimoine botanique de toute première importance.


Ce n’est visiblement pas l’avis de Françoise Hardy, qui, dans Le Monde du 26 janvier, attaque notre travail avec une violence que je veux croire de bonne foi. La vérité est bien différente, je crois nécessaire de la rappeler, d’abord au nom du respect que je porte à l’auteur, et surtout pour dissiper les malentendus que sa tribune peut avoir inspirés à des esprits aussi bien disposés que bien intentionnés. Donc, Françoise Hardy nous accuse de massacrer les serres d’Auteuil, de les livrer à la rapacité des promoteurs, à la frénésie des bâtisseurs et au vandalisme des touristes.


Pas de faux procès : comme elle, nous aimons les plantes et la vérité est bien différente, car les serres historiques de Formigé ne sont en aucun cas concernées, ni de près ni de loin, par le projet. Et les serres de travail à la place desquelles il est prévu de construire un court de tennis ne sont pas classées aux Monuments historiques. Et pour cause, elles n’ont pas grand-chose de monumental, et encore moins d’historique : elles ont été construites dans les années 1980 à 2000, elles ne présentent aucun intérêt architectural, et certaines d’entre elles sont même en plastique. Les quelques collections qui devront être déplacées seront abritées au Parc floral de Paris, qui fait partie du jardin botanique de Paris, où, contrairement à ce qu’affirme Françoise Hardy, les structures sont parfaitement adaptées à leur accueil et à leur mise en valeur auprès du public.


Répétons-le une fois encore, non seulement notre projet ne menace pas les serres d’Auteuil, mais il prévoit leur rénovation et leur embellissement. Les serres démontables de la fin du XXe siècle seront remplacées par de nouvelles serres plus grandes, plus élégantes, à l’intérieur desquelles sera construit un court de tennis invisible de l’extérieur.


En somme, il n’y a, dans les serres d’Auteuil, aucune plante – je dis bien : aucune – dont notre projet prévoit la destruction. Il était difficile, à la lecture de l’article de Françoise Hardy, de ne pas s’indigner devant une présentation caricaturale de toutes ces espèces de plantes rares qui seraient poursuivies par notre rage destructrice : que deviendront les pépéromias et les broméliacées, les bégonias asiatiques, les micocouliers de Corée et les pistachiers térébinthes, sans parler des “caladiums avides de soleil” ?


Eh bien, soit ils seront déplacés dans des espaces plus pratiques, plus accessibles et plus vastes que ceux où ils sont actuellement entreposés, soit, pour la plupart, ils resteront où ils sont. Et pour ceux qui resteront à Auteuil, ils seront remplacés dans des serres plus vastes et accueillantes qu’elles ne le sont aujourd’hui rendues à leur histoire et à leur vocation, qui sont d’être l’un des joyaux du patrimoine parisien.


Il faut bien sûr ajouter que les serres, ainsi embellies, seront accessibles à tous les amoureux de Paris, ou plus simplement de la beauté et de la nature, qui voudront en profiter librement. Il semble que cela indispose le comité de soutien des serres d’Auteuil qui préfère jouir des trésors à huis clos, s’affole de voir, pendant la durée du tournoi, “une foule semant canettes et papiers” sur les “parterres impeccables”… Cette description des amoureux du tennis sous les traits de hordes barbares a de quoi laisser un peu rêveur… Qu’il me soit simplement permis de rappeler que le jardin est déjà ouvert au public pendant la quinzaine de Roland-Garros, et que cette ouverture n’a jamais mité les parterres impeccables ni déraciné les caladiums avides de soleil…


Voilà la vérité. Et quand la vérité est innocente, pour la salir il faut mentir. C’est ce que fait, malgré elle, Françoise Hardy, quand elle affirme que le jardin sera gâché par la vue du court de tennis, alors que nous ne construisons pas un simple court de tennis mais bien de nouvelles serres entourant un court, belle oeuvre architecturale qui s’insérera sur ce site en parfaite harmonie avec les serres historiques que nous apprécions tant.


Mensonge toujours, de prétendre que notre projet n’a reçu “qu’un blanc-seing pour en poursuivre les études, jugées trop vagues”. Le principe même d’installer un court dans le jardin a, en réalité, été approuvé par la Commission départementale de la nature, par la direction régionale des affaires culturelles, par les Bâtiments de France. En somme, si la Fédération française de tennis le choisit, il ira donc à son terme.


S’il faut chercher des atteintes au patrimoine et des incertitudes sur la faisabilité technique, financière et juridique, c’est plutôt chez les projets concurrents qu’il faudrait regarder… Notre dossier est solide et nous voulons nous donner le droit et la liberté d’enrichir le patrimoine que nous avons reçu dans un site où sport et nature ne s’affrontent pas mais se conjuguent. Car parmi tous les projets présentés à la Fédération, celui de Paris a quelques avantages dont je conçois, chère Françoise Hardy, qu’ils puissent vous alarmer.


Premièrement, être à Paris, ce qui contribuera, demain comme hier, à la notoriété et au rayonnement international du tournoi. Deuxièmement, être opérationnel rapidement. Troisièmement, offrir les meilleures garanties sur son caractère réalisable, à tous points de vue. Et dans une compétition il n’est jamais impossible que le meilleur gagne…


Si c’est cela que vous redoutez, je ne vais certes pas vous rassurer. Mais – avouons-le – j’ai pour vous trop d’admiration pour n’avoir pas conçu l’illusion, sinon de vous convaincre, du moins de vous amener à juger notre projet tel qu’il est, et non pas selon la caricature que certains lui prêtent.

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