ACTUS

Les voies sur berges

6 février 2012

Intervention de Bertrand Delanoë au Conseil de Paris, séance du 6 février 2012


Mes chers collègues,



Dans le contrat qu’elle a présenté aux Parisiens en 2008, notre équipe municipale leur avait soumis clairement l’idée de réaménager les voies sur berges. Nous partions d’un constat : il n’est pas possible que l’un des sites les plus beaux du monde, classé par l’Unesco au patrimoine de l’humanité, demeure une voie rapide sans âme, livrée aux voitures, au bruit et à la pollution.


Nous avons donc engagé une démarche rigoureuse, qui a amené le Conseil de Paris à voter à quatre reprises, aux différents stades de la procédure, un projet de rénovation des bords de la Seine. Cette initiative, conduite en concertation avec les Parisiens, devait entrer en vigueur, sur les deux rives de la Seine, dès cet été.


Mais voici que le 12 janvier dernier, par une intrusion stupéfiante, le Premier ministre me signifiait par courrier sa décision de bloquer le projet, sur la rive gauche, entre le Pont Royal et le Pont de l’Alma.


De ce geste arbitraire je dirai d’abord qu’il est singulièrement autocratique. M. Fillon méprise les élus du peuple de Paris, leur légitimité, et le mandat qu’ils ont reçu. Il ignore ses propres services, je veux dire ceux de l’Etat avec qui nous avons travaillé en bonne intelligence sur ce dossier toutes ces dernières années. Port de Paris, propriétaire du site, dont le conseil d’administration avait confirmé la compatibilité de notre projet avec son propre schéma de développement et qui trouverait dans cet aménagement une source de recettes très significative ; mais aussi l’Architecte des Bâtiments de France, la Préfecture de Police, et jusqu’au Préfet de Région, en tant qu’autorité environnementale. Tous ont été associés étroitement à ce projet, tous ont validé la méthode et les conclusions des études approfondies que nous leur avons transmises. Nous avons travaillé très loyalement avec la Préfecture de police tant sur l’analyse des simulations de trafic que pour déterminer les aménagements de voirie nécessaire. Et nous avons enfin accepté de prendre en compte les deux réserves posées par la commission d’enquête.


De tout cela, le Premier ministre ne se soucie guère. Mêlant avec un cynisme déconcertant ses ambitions personnelles et sa charge d’Etat, il a pris l’initiative de bloquer, sans motif véritable, un grand projet de notre collectivité au lendemain même de l’annonce de sa propre candidature aux élections législatives à Paris. Les Parisiens jugeront. Ils porteront aussi appréciation sur une vision de la ville qui a cinquante ans de retard. Ce que le Premier ministre nous propose, appuyé sur la droite parisienne, ou plutôt sur une partie d’entre elle, c’est une façon archaïque de faire de la politique, mise au service d’une conception anachronique de la métropole.


Quant à nous, élus responsables, qu’allons-nous faire devant cette nouvelle donne ? Je réaffirme ici notre intention d’honorer notre parole, et de rendre les bords de la Seine aux Parisiens et aux amoureux de Paris. Mais nous nous situons bien sûr dans la légalité, et nous prenons acte, avec regret mais aussi avec détermination, de la situation ainsi créée. Cela signifie, dans l’immédiat, concrètement, deux choses :


-rive droite, dès la fin de la prochaine édition de Paris Plages, au sortir de l’été 2012, la voie autoroutière sera transformée en boulevard urbain digne de ce nom, comme il s’en trouve tant dans notre ville dont ils contribuent à former l’identité. Ce boulevard comprendra six traversées piétonnes protégées par des feux, deux au niveau des passerelles piétonnes Debilly et Léopold Sédar Senghor; et quatre sur les quais bas. Une promenade sera aménagée de l’Hôtel de Ville au bassin de l’Arsenal. Le long de cette promenade, seront installés des lieux de vie : le jardin de l’Hôtel de Ville revitalisé et replanté, le Pavillon des Célestins transformé en café culturel, quatre barges d’activité installées entre les ponts Marie et Louis Philippe.


– rive gauche, nous sommes bien décidés à faire aboutir notre projet, dans les conditions prévues, en nous mettant en situation de livrer les 2,5 kilomètres de berges réaménagées, hélas en les différant au printemps 2013. Pour cela, nous saisirons Ports de Paris, avant l’été prochain, d’un projet de convention. Et nous travaillerons pour cette année à des expérimentations d’animations culturelles, sportives ou destinées aux enfants. Nous ne pourrons pas le faire, à ce stade, aux endroits prévus, et notamment pas dans le 7ème, mais nous réfléchirons à des façons de remettre, dès cet été, malgré l’obstruction, de la vie sur les berges de la rive gauche.


Vous le voyez, mes chers collègues, nous sommes non seulement déterminés mais constructifs. Je remercie très chaleureusement Anne Hidalgo pour la créativité, la constance et la patience dont elle fait preuve dans la conduite de ce projet majeur pour l’avenir de notre cité. Et n’en doutez pas, nous sommes résolus à nous donner tous les moyens de rendre, avant la fin de ce mandat, les voies sur berges à leur histoire, à leur avenir, et à leur vie.

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