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Interview de Bertrand Delanoë dans Le Parisien (19 juin 2013)

19 juin 2013

Interview de Bertrand Delanoë publiée dans Le Parisien le 19 juin 2013.

Le Parisien interview

Alors qu’il inaugure ce matin les voies sur berges, l’un des projets phares de sa seconde mandature, le maire de Paris revient pour nous sur son bilan, sans perdre de vue la bataille serrée qui s’annonce pour sa succession.

La place de la République dimanche, les voies sur berges aujourd’hui… Vous inaugurez les projets à tout bout de champ. Etes-vous satisfait de la ville que vous allez léguer aux Parisiens ?

Je suis devenu maire en 2001 en ayant l’ambition de servir la vitalité de Paris. Douze ans après, je crois que nous sommes parvenus à réinventer cette ville en restant fidèles à son âme et à son histoire, mais également en osant prendre des risques pour la faire entrer de plain-pied dans le XXIe siècle.

A quel projet souhaiteriez-vous que votre nom reste associé ?

Je ne raisonne pas ainsi… J’aimerais me promener dans les rues de Paris dans quelques années et me dire en passant devant un immeuble, un équipement ou un aménagement auquel nous avons donné naissance : « Ça, ça a marché. » Mais je n’ai pas la prétention que mon nom soit lié à un projet particulier. Tous les dossiers m’importent. Je m’émerveille autant à regarder un bâtiment de logements sociaux beau et agréable à vivre qu’une réalisation spectaculaire.

Est-ce que l’évolution du projet des Halles vous inquiète ?

J’ai suivi le chantier pour m’assurer de la cohérence des choix artistiques et technologiques. Aujourd’hui, je suis confiant. Voilà un lieu où j’aimerai me balader lorsque je ne serai plus maire en me disant que nous avons eu raison de ne pas nous résigner au massacre architectural du coeur de Paris dans les années 1970-1980.

Ce sera une satisfaction ?

Ma plus grande satisfaction, c’est l’harmonie avec les Parisiens. Aujourd’hui, je suis heureux de ressentir une forme de confiance, même chez ceux qui n’ont pas voté pour moi.

Il y a quand même eu une crise avec les Parisiens ce printemps sur la réforme des rythmes scolaires. Pensez-vous que la ville sera prête à la rentrée ?

Des crises, il y en a eu beaucoup ! Souvenez-vous du tramway ou des voies sur berge. Concernant la réforme des rythmes scolaires, j’ai considéré très tôt qu’il fallait se donner les moyens de la mettre en place dès 2013. Au moment où je parle, j’ai l’impression que nous allons réussir. Mais le travail n’est pas terminé et se poursuivra jusqu’au 3 septembre, jour de la rentrée scolaire.

Est-ce que cette réforme va mettre le budget de la ville en délicatesse ?

Non. Tous les moyens ont été trouvés et seront votés le mois prochain dans le budget supplémentaire. Et nous pourrons compter dès septembre sur un concours financier substantiel de la part de l’Etat et de la Caisse d’allocations familiales.

C’est peut-être Anne Hidalgo qui en tirera profit en mars 2014. Vous l’avez modelée depuis 2001 : que pensez-vous de la candidate qu’elle est devenue ?

Anne est une femme compétente et intelligente, dotée d’une forte personnalité. Je ne l’ai donc pas modelée. Elle a été, pendant mes mandats, une première adjointe remarquable. Aujourd’hui, elle s’appuie sur cette expérience tout en déployant ses convictions, son potentiel, sa créativité. Elle est en harmonie avec Paris.

C’est important pour les années qui viennent. Et je vous assure que je souhaite très sincèrement que Paris aille bien après moi.

Certains doutent des qualités de candidate d’Anne Hidalgo. Quels conseils lui donnez-vous ?

Ce qui me rassure, c’est de voir que les doutes exprimés sur elle sont exactement les mêmes que ceux que l’on exprimait sur moi avant 2001. Il m’arrive de lui faire des suggestions, mais je lui fais totalement confiance. Plus elle sera elle-même, plus elle sera irrésistible.

Parlez-vous de la campagne entre vous ?

Pas tant que ça. Je fais attention. J’y vais avec délicatesse dans mes suggestions parce que je sais que j’ai de l’influence sur elle et je ne veux pas en avoir trop.

Le contexte national va-t-il peser ?

Je pense que les Parisiens sont avant tout très attachés à une politique concrète de transformations et de progrès tangibles. C’était très spectaculaire, dimanche, place de la République : ce sont les enfants et les familles les premiers bénéficiaires de cette conception de la ville. Ces changements ne sont pas réservés à une élite, ils appartiennent au peuple de Paris. Et je suis sûr que ce sera pareil avec les berges.

La fermeture des voies complique quand même la vie des automobilistes rive gauche.

Sur la rive gauche, à part devant l’Assemblée nationale, il n’y a quasiment pas de changement. Je reconnais que cette fermeture entraîne un peu de report de circulation rue de Rivoli, mais nous sommes très loin des catastrophes qu’on nous annonçait ! Une fois encore, la droite parisienne s’est opposée à un changement souhaité par les Parisiens. Cela montre bien à quel point ils sont décalés par rapport à la société parisienne. La droite nationale n’est pas en reste : je vous rappelle que François Fillon et N a t h a l i e Kosciusko-Morizet m’avaient interdit d’aménager les voies sur berge. Aujourd’hui, je prends le pari que beaucoup de leurs électeurs seront ravis de ce que nous avons réalisé.

A propos de la droite parisienne, vous la renvoyez souvent aux « affaires » : Tiberi, les emplois fictifs. N’est-ce pas un peu éculé ?

Non, ce n’est pas vrai. Je parle très peu de cela. Je parle surtout de leur vote sur la place de la République, sur les logements sociaux, sur les voies sur berge, sur tous les dossiers où, systématiquement, la droite a voté contre. Voilà ce dont je parle principalement ! Mais quand je vois les dénonciations de fraude exprimées par quelques candidats UMP à la primaire et quand je réalise que tous ceux qui étaient les acteurs d’un système parisien avec lequel j’ai dû rompre sont aujourd’hui les principaux soutiens de la candidate conservatrice, je me dis que la droite parisienne a du mal à changer, et je dis : « Attention, danger ! »

A vous écouter, on a du mal à croire à un simple retour à la vie civile à la fin de votre mandat.

Si vous m’aviez connu entre 1986 et 1993, vous sauriez que j’ai beaucoup de talent pour la vie. Je peux donc très bien vivre sans aucune responsabilité. Sans conviction, non. Sans engagement, non. Mais sans responsabilités, oui.

Alors comment espérez-vous pratiquer votre engagement ?

On verra, je n’en sais rien.

Vous faites partie des personnalités politiques préférées des Français. Cela appelle peut-être à d’autres responsabilités nationales ?

C’est une vision conformiste de la vie. Si les Français semblent apprécier ce que j’ai essayé de faire à Paris, c’est peut-être justement parce qu’ils sentent que, pour moi, le pouvoir n’est pas une fin en soi.

Vous n’avez jamais donné autant d’interviews que ces dernières semaines. Vous avez à coeur d’occuper la scène parisienne ?

Je crois avoir donné encore plus d’interviews l’année dernière ! Mais ce qui est vrai, c’est que j’ai envie de vivre intensément ma relation à la démocratie parisienne jusqu’à la dernière seconde. J’ai envie de partir en pleine dynamique, en laissant les Parisiens parfaitement au clair sur ce qu’ils ont fait eux-mêmes. Car, pour tous les projets lancés depuis 2001, ce sont eux qui m’ont donné l’énergie, le mandat et les moyens pour les réaliser.

MARIE-ANNE GAIRAUD ET CHRISTINE HENRY

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