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Interview de Bertrand Delanoë dans le JDD (16 juin 2013)

16 juin 2013

Interview de Bertrand Delanoë publiée dans le Journal du Dimanche le 16 juin 2013.

JDD

Vous inaugurez aujourd’hui la nouvelle place de la République. Quels avantages en tireront les Parisiens ?

Je défends pour Paris un urbanisme du XXIe siècle, où la beauté et le vivre ensemble tiennent un rôle essentiel. La place de la République porte une charge historique extrêmement importante. Elle était devenue un carrefour à voitures. Nous avons voulu la rendre aux Parisiens et aux amoureux de Paris, tout en maintenant sa vocation de lieu de rassemblement populaire. Nous l’avons donc totalement redessinée, avec une vraie ambition architecturale. L’endroit est beau, agréable, dédié à la vie, aux enfants, avec une ludothèque et des jeux d’eau. Il y a aussi un café dédié à l’intelligence et à la convivialité [ qui arrive le 21 juin, NDLR], où chacun pourra consulter la presse du monde entier et consommer des produits de qualité, à la fois bio et bon marché. Les Parisiens pourront donc tout simplement en profiter et retrouver de la convivialité.

Comment rassurez- vous les automobilistes ?

Il n’y aura aucune gêne supplémentaire pour eux, puisque le plan de circulation est en place depuis le début des travaux, en 2011. Il y a eu quelques reports de circulation, mais nous avions beaucoup travaillé avec les trois maires d’arrondissement concernés ( 3e, 10e et 11e) pour que tout se passe bien. À chaque fois que nous réalisons un aménagement à Paris pour donner plus de place aux piétons, aux vélos, aux enfants, aux personnes à mobilité réduite, on nous annonce des catastrophes. Heureusement, elles n’arrivent pas.

Pourquoi êtes- vous si fier du réaménagement des berges rive gauche que vous inaugurez mercredi 19 juin ?

Les quais de Seine sont un des endroits les plus beaux du monde, classés au patrimoine mondial de l’humanité. La droite n’a rien trouvé de mieux à faire que de les transformer en une autoroute urbaine et elle persiste aujourd’hui dans cette position en refusant tout nouvel aménagement. Nous, nous devons corriger les fautes commises contre la beauté de Paris. François Fillon et sa ministre de l’Environnement, Mme Kosciusko- Morizet, sont allés jusqu’à m’interdire formellement de le faire. Heureusement, le gouvernement de Jean- Marc Ayrault nous a permis de transformer 2,5 km de voirie réservés à la voiture en 4 hectares d’espaces dédiés à la vie, à la détente, au plaisir, à la culture, aux sports. Ce sera magnifique ! Il y aura des pistes d’athlétisme, des tipis que les enfants pourront réserver gratuitement pour fêter leur anniversaire. Il y aura aussi beaucoup d’innovations, comme ces jardins, potagers et vergers, sur des îles artificielles. Et même des activités économiques qui créeront des emplois : sous le pont Alexandre- III, loin de tout voisinage, on a aménagé un restaurant- bar pour faire la fête, ouvert jusqu’à 2 heures du matin.

Où sont passés les 30.000 véhicules qui empruntaient chaque jour cet axe ?

J’emprunte moi- même souvent les quais rive gauche en voiture, notamment le matin. Leur fermeture à la circulation, en janvier, n’a pas engendré de problème majeur. On constate quelques reports au niveau du pont de la Concorde, en face de l’Assemblée nationale, et, dans une moindre mesure, sur la rue de Rivoli. Voilà la vérité, bien loin des cataclysmes annoncés par la droite. Quant aux quais de la rive droite, on y roule mieux après nos aménagements grâce aux quatre nouveaux feux qui ont permis de fluidifier le trafic.

Êtes- vous condamné à ne plus émettre d’idées dans la dernière année de votre mandat ?

Je continue jusqu’à la dernière minute à créer et à innover pour Paris. Je vous annonce, par exemple, que, dans le cadre du budget supplémentaire de juillet, je vais proposer de consacrer 3,5 millions d’euros pour couvrir 10 % du périphérique avec un nouveau revêtement qui permet d’atténuer sensiblement le bruit des voitures pour les riverains. Je ne m’arrêterai de travailler pour les Parisiens que le dernier jour de mon mandat.

Lequel de vos grands travaux vous inspire le plus de fierté ?

Avant que je devienne maire, Paris perdait des habitants et des emplois par centaines de milliers. De 2001 à 2011, la ville a regagné 118.000 habitants, dont 15.000 familles et 35.000 jeunes. Avant 2001, le taux de chômage parisien était supérieur à la moyenne nationale. Il est aujourd’hui largement inférieur. Grâce aux pépinières d’entreprises, au soutien à l’innovation et aux PME, la capitale a renoué avec la vitalité. Les analyses internationales ne disent pas autre chose puisqu’elles classent désormais Paris dans les toutes premières au monde en matière d’innovation, de compétitivité, d’attractivité.

Regrettez- vous de ne pas avoir pu inaugurer un grand geste architectural, comme une tour ?

Mais Paris est maintenant truffé de beaux gestes architecturaux ! Je pense aux crèches, aux immeubles de logements sociaux, aux médiathèques et à tous les nouveaux équipements qui se sont intégrés au tissu urbain depuis 2001. Je pense également au nouveau stade Jean- Bouin, à la canopée des Halles ou encore à la fondation d’art contemporain réalisée par Frank Gehry. J’aurais voulu lancer des projets de plus de 37 m de hauteur pendant mon premier mandat, mais je ne disposais pas alors de la majorité pour le faire. En 2008, dès que les Parisiens m’ont donné mandat pour avancer sur cette question, j’ai initié et conduit les projets qui sont en train d’aboutir aux Batignolles, à Masséna et à la porte de Versailles.

Après tant de combats électoraux, n’est- il pas frustrant de regarder cette campagne se faire sans vous ?

D’abord, je n’ai pas l’impression qu’elle se fasse totalement sans moi, même si je tiens absolument à ce qu’Anne Hidalgo soit libre et autonome. Ensuite, je vous rappelle que j’ai voulu cette transmission et que je l’ai favorisée en annonçant dès 2008 que je ne me représenterai pas. Aujourd’hui, l’heure est venue de préparer l’avenir de Paris. Anne Hidalgo a toutes les qualités pour cela. Je suis donc un maire heureux qui souhaite le meilleur – et la meilleure – pour sa ville.

Comment Anne Hidalgo peut- elle à la fois revendiquer votre « héritage » et s’émanciper de vous ?

Ce qui a été fait à Paris depuis 2001 est l’héritage de tous les Parisiens, y compris ceux qui votent à droite : Vélib’, Autolib’, les 70.000 logements sociaux, les 10.000 places en crèche, le tramway, le CentQuatre, la Nuit blanche… constituent autant d’avancées qui s’offrent en partage à tous même si les élus de l’opposition ont toujours voté contre. Anne Hidalgo a été associée étroitement à toutes les décisions. Aujourd’hui, elle n’a pas besoin de s’émanciper, puisqu’elle est déjà parfaitement libre. Elle n’est pas candidate à ma demande. De mon côté, je ne pense pas être le moins crédible ou le moins légitime pour dire ma conviction. Le seul adoubement qu’elle cherche et que je lui souhaite, c’est celui des Parisiens. Nous sommes donc bien loin de Longjumeau, où la maire décide unilatéralement de ne pas terminer son premier mandat, et désigne sa première adjointe pour prendre sa succession sans passer par les électeurs.

Certains reprochent à Anne Hidalgo de manquer de charisme.

C’est faux ! Elle a de l’autorité mais aussi de la douceur. Son charisme est un charisme de la sincérité. Sa passion et sa compétence sont tournées vers le service exclusif des Parisiens.

Craignez- vous une détérioration des relations avec les écologistes ou les communistes d’ici à mars 2014 ?

Je souhaite que toutes les composantes de la majorité municipale se sentent libres d’exprimer leurs convictions et leur identité. Mais prenons garde de ne pas abîmer ce que nous avons fait ensemble depuis 2001, et veillons à conserver notre capacité à nous rassembler pour que Paris progresse encore de 2014 à 2020.

NKM dit ressentir un « formidable désir d’alternance » chez les Parisiens. Et vous ?

[ Rires.] Les Parisiens sont intelligents, exigeants et clairvoyants. Il est probable qu’après treize ans, ils aient envie de renouvellement. Mais je doute fortement qu’ils aspirent à la rupture. Ce que je sens, moi, c’est qu’ils n’ont aucune envie de renouer avec les pratiques de la droite parisienne. Or, l’équipe de la candidate conservatrice est essentiellement composée de personnalités qui étaient aux commandes avant 2001, quand on parlait de la Mairie de Paris surtout dans la chronique judiciaire, avec notamment les emplois fictifs et les faux électeurs. Les élections de mars doivent être un moment de vérité : la droite a dirigé Paris pendant 24 ans, la gauche pendant 13 ans. Je ne crains pas la comparaison.

Bertrand Gréco

Un commentaire à “Interview de Bertrand Delanoë dans le JDD (16 juin 2013)”

  1. Dalton Bluhm dit :

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