ACTUS

Contre la négation du génocide arménien

3 mai 2011


Communiqué de presse de Bertrand Delanoë



Il est temps de pénaliser la négation du génocide arménien. Dans l’histoire à la fois riche et tourmentée du 20ème siècle, les massacres des Arméniens en 1915 – un génocide au sens juridique du terme – constitue l’un des chapitres le plus noirs. La reconnaissance par la France du génocide arménien a été actée par la loi du 19 janvier 2001, loi que j’ai eu l’honneur de voter en tant que sénateur.



Paris, fidèle à sa vocation de terre d’accueil, est devenue, au fil des ans, l’un des centres culturels et intellectuels de la diaspora arménienne. L’une de mes premières décisions en tant que maire de Paris était de rendre hommage aux victimes du génocide chaque année en déposant une gerbe de la Ville de Paris au pied de la statue de Komitas, lieu traditionnel de rassemblement des Arméniens de Paris. Il est donc naturel que des voix parisiennes se lèvent aujourd’hui pour rejoindre celles de la communauté arménienne dans la lutte sans relâche contre le négationnisme du génocide arménien.



Puisque il s’agit d’une réalité, il est logique de vouloir punir sa négation, comme la loi
Gayssot le fit en 1990 pour la Shoah. A partir du 4 mai, la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien sera débattue au Sénat. Déposée par des sénateurs socialistes en juillet 2010, il faudra comme préalable au débat que les sénateurs repoussent l’exception d’irrecevabilité que la commission des lois a malheureusement opposée au texte.



Depuis que le 12 octobre 2006 l’Assemblée nationale a voté la pénalisation du génocide arménien, le président de la République et le gouvernement ont fait en sorte que ce texte ne soit pas transmis au Sénat, ce qui a obligé les élus socialistes de la Haute Assemblée à déposer une autre proposition afin de déjouer cette politique d’obstruction systématique, de ce veto tacite motivée, nous dit la droite, par les possibles « embarras diplomatiques » avec la Turquie. La vérité est que Nicolas Sarkozy ne tient pas sa parole. Le 24 avril 2007, alors candidat à la présidentielle, il avait dans une lettre ouverte aux associations arméniennes promis de soutenir la ratification par le Sénat de la loi de 2006. Il fustigeait alors le « négationnisme d’État » venu d’Ankara. Puis une fois élu il a fait l’inverse, se taisant aussi lorsqu’au lendemain de la commémoration du génocide arménien, le 24 avril, le gouvernement turc détruit le « monument de l’humanité » érigé à Kars oeuvre du grand sculpteur Mehmet Aksoy qui symbolise, dans la région même où eut lieu le génocide, la réconciliation possible et indispensable entre les deux peuples.



Il n’y a dans mon esprit aucun propos agressif envers le peuple turc, mais l’attitude de leur gouvernement est d’autant plus choquante qu’en Turquie même, des voix s’élèvent pour reconnaître le génocide arménien, à l’image du rassemblement qui s’est tenu le 24 avril devant le musée d’art d’Istanbul afin de proclamer qu’il était temps de mettre un terme à la politique de négation du génocide. Ce sont ces voix-là qui doivent être encouragées, dans l’intérêt même de la Turquie et de ses relations avec l’Europe. Comme les Français et les Allemands ont su se réconcilier après la terrible Seconde Guerre mondiale, il faut se battre pour que les peuples arménien et turc se réconcilient, ce qui nécessite pour commencer que l’Etat turc reconnaisse la réalité du génocide arménien.

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