Delanoe Paris 2008
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VIDÉO-BLOG
UN TEMPS D'AVANCE
PARIS

Marie Desplechin, Ecrivaine

Bonsoir,

En fait, il n’y a pas spécialement de raison pour que je me trouve à la tribune plutôt que dans la salle. Ou alors si, il y en a une : c’est ma banalité, là je suis exemplaire.

J’habite le dixième arrondissement depuis quinze ans, et la région depuis trente. J’ai travaillé ici, vécu ici, élevé mes gosses ici, et voté ici.

Pendant plus de vingt ans, j’ai râlé contre la pollution, les bagnoles, le manque d’espaces verts, d’équipements culturels et sportifs, leur vétusté, le prix des apparts, et l’équipe municipale qui faisait on ne sait pas trop quoi à l’Hôtel de Ville et qui se composait essentiellement de vieux types qui faisaient des carrières.

Eux, c’était clair qu’ils n’avaient pas de problème de crèches, d’appart, de gosses, de vélos, de squares, de bibliothèques, ni de voisins fauchés ou sans papiers. Comme si on n’habitait pas la même ville. Comme si on n’habitait même pas le même monde. D’ailleurs, je crois qu’on n’habitait pas le même monde.

Franchement, pour moi, la mandature Delanoé, ça a été par bien des côtés une stupéfaction. À force de s’entendre dire que tout ce qu’on veut (de la place, de l’air, de la mixité) est un caprice de bonne femme, et complètement farfelu, on finit par se faire une raison. Et d’un coup, c’est possible. Des conseils de quartier, moins de bagnoles, des trottoirs plus larges, des couloirs pour les vélos, des vélib, des squares plus grands, des bibliothèques plus belles, et plus nombreuses, des fêtes la nuit, et même le jour, des lieux d’accueil pour ceux qui traversent une mauvaise passe, et des parrainages en mairie pour les familles avec boulot, avec gosses mais sans papiers…

Je vous jure qu’on m’aurait fait le programme il y a dix ans, j’aurais eu du mal à le croire. Ce qui a été fait est une raison suffisante pour reconduire l’équipe. Ce qui reste à faire est une raison encore plus suffisante.

Le Paris que j’habite est celui du dixième, une ville de gares et de passages, encore mélangée, pas encore stérilisée par l’entre soi. Une vraie ville, qui travaille et qui brasse. Si on laisse faire l’économie de marché, dans six ans, ce sera une réserve. Des blancs, des riches, en bonne santé, financière, physique et mentale. C’est pas que je sois contre, mais enfin, il n’y aura plus qu’eux. La fin de la ville, quoi.

L’avantage de la gauche, c’est qu’elle croit dans la politique. Dans les choix politiques. Elle ne prétend pas que gouverner, c’est simplement une affaire technique, un truc qui se fait juste avec des braves gars de bonne volonté. Les logements sociaux, les équipements collectifs, les lieux de soin et d’accueil, le vivre ensemble, ça n’arrivera pas tout seul. Il faut le vouloir, et le vouloir vraiment. Il faut avoir le sens de la cause, et l’esprit militant.

Voilà, c’est pour ça que je vais voter, chez moi, pour la liste de Rémi Féraud. Parce que je crois que les gens que je vais élire sont des militants, parce que je les ai vus faire, à l’échelle de mon arrondissement. Ce que je partage avec eux, c’est une certaine idée de la ville, une certaine idée de la vie.

Je suis presque sûre qu’ils vont l’emporter, mais je voudrais qu’ils l’emportent très largement. Qu’ils aient les coudées franches pour les six ans qui viennent.

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