RESPIRATIONS

Mystère bouffe

17 juin 2010

A la Comédie-française, Mystère bouffe de Dario Fo, mis en scène par Muriel Mayette. Ou l’irruption du Moyen-Age au cœur de la modernité. Les « mystères » médiévaux, avec leurs rites, leurs secrets, leur exubérance, leur saveur, se succèdent sur la scène à un rythme – le mot prend ici son sens le plus fort- endiablé. Et, parmi les danses, les cris, les courses, les rires et les larmes, ce qui me frappe, c’est de voir avec quelle facilité s’effondrent les frontières artificielles. Et d’abord, celle qui sépare le « sacré » du « profane », le « corps » de « l’esprit ». Le Moyen-Age est, bien sûr, le moment le plus chrétien dans la vie de l’humanité, et, revisité par Dario Fo, il se livre avec des allusions innombrables à la résurrection de Lazare, à la Passion du Christ, au massacre des Innocents, à la Cène…. Mais jamais il n’aura été plus évident que le christianisme, c’est le « verbe fait chair », et la spiritualité côtoie la gastronomie, la mystique la scatologie, et Saint-Paul Rabelais, avec allégresse et gravité.


Les acteurs – seuls sur scène pour chaque tableau – sont tous remarquables, la mise en scène particulièrement intelligente, et lorsque l’art est à ce point profond et engagé à la fois, il permet de mesurer le sens exact de l’expression spectacle vivant. Grâce notamment aux jeunes élèves-comédiens que Muriel Mayette a eu la bonne idée de solliciter, je mesure toute la magie du théâtre – cet art où des êtres vivants s’adressent à des êtres vivants pour leur parler de la vie.

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