RESPIRATIONS

Le Concert, de Radu Mihaileanu

7 avril 2010

Radu Mihaileanu m’avait déjà énormément touché par son film Va, vis et deviens qui décrit de façon juste et émouvante le périple des « Falashas » ces Juifs éthiopiens et leurs difficultés d’insertion dans la société israélienne. Son film Le Concert projeté hier soir en ouverture de la rétrospective consacrée à Paris à la cinémathèque de Tel Aviv est une toute autre histoire mais révèle le même talent : au temps de Brejnev, un des plus grand chefs d’orchestre de l’URSS , qui dirige le célèbre orchestre du Bolchoï, voit sa carrière brisée en plein milieu du concerto pour violon de Tchaïkovski, pour avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs. Pour survivre, il devient agent d’entretien au Bolchoï ; un fax conviant l’orchestre à venir se produire à Paris, au théâtre du Châtelet va changer son destin. Il monte un faux orchestre composé de la plupart de ses anciens musiciens tous relégués et les emmène à Paris. Il demande la présence d’une jeune violoniste française (Mélanie Laurent) en pleine gloire. Après bien des péripéties, parfois tragiques, toujours drôles, le Concert aura lieu et l’harmonie tant attendue sera au rendez-vous.


Cet attelage, remarquablement interprété, de femmes et d’hommes que le communisme a condamnés à la « débrouille » pour survivre est aussi un concentré d’humanité et de vies brisées. Par la magie du cinéma, il les élève grâce à la musique. Les uns et les autres se retrouveront et des pages de vie seront dévoilées. Ce film n’est pas un film politique, même s’il rappelle ce que fût la vie des artistes au temps du communisme finissant. Mais il est une ode à la liberté. Et il montre que Paris reste aujourd’hui encore pour tous ceux qui ont connu le totalitarisme la ville de la liberté et de la culture. En faisant du Châtelet le cœur de son film, Radu Mihaileanu rend un bel hommage à ce lieu qui devient l’espace du film la place mythique où se concentre l’espoir dont la musique est porteuse. Je me réjouis d’un tel hommage à notre ville et à son plus grand théâtre qui rappelle, avec le rire et avec l’émotion, qu’il n’est pas de valeur plus grande que celles que porte aujourd’hui comme hier Paris, celle d’une ville libre.

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