RESPIRATIONS

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“Je l’aimais”, au théâtre de l’Atelier

29 avril 2010


Au théâtre de l’Atelier, Je l’aimais, le roman d’Anna Gavalda, mis en scène par Patrice Leconte.


L’histoire est simple, et tragiquement banale. Pierre (magnifiquement incarné par Gérard Darmon) s’abandonne, une nuit, dans un chalet de campagne, à des confidences avec Chloé, sa belle-fille. Et, en écho aux souffrances de Chloé, il évoque le secret de sa propre vie : une femme, Mathilde, qu’il a passionnément et désespérément aimée. Avec elle, il dit avoir redécouvert, ou plutôt découvert, la sensation de vivre réellement. Ce fut l’irruption de la liberté vraie et du goût du bonheur dans une existence jusqu’alors scrupuleuse et contrainte.


Mais pour Mathilde, Pierre n’a jamais osé quitter sa femme, ses enfants, sa maison, ses habitudes, sa vie. Etait-ce le choix du devoir ? Une façon de préférer le confort au bonheur ? Le désir de ne pas faire de peine ? La pièce ne tranche pas. Elle se garde bien de juger, c’est là toute sa force. Elle donne à voir des destins brisés, ne dit pas comment ils auraient pu ne pas l’être. Et plus que le malheur, c’est finalement une vague tristesse qui l’emporte, un sentiment de vide, la certitude d’avoir manqué sa vie comme on rate un rendez-vous. Mais les apparences sont sauves, et c’est, n’est-ce pas, l’essentiel…


Je l’aimais se situe au-delà de la nostalgie : au cœur de cette immense fatigue que l’on éprouve quand l’on doit se résigner à se survivre, et parler de soi à l’imparfait.

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