VU, LU AILLEURS

L’Opéra de quat’sous, de Bertold Brecht

21 septembre 2009

Emmanuel Demarcy-Mota, Directeur du Théâtre de la Ville, raconte comment il a réussi à convaincre le Berliner Ensemble de se produire à Paris, pour ce qui constitue l’une des plus belles oeuvres de Brecht.

Nous avions rêvé d’un Théâtre de la Ville qui serait le Théâtre des Villes.
Nous avions rêvé de faire entendre la part poétique des langues de l’Europe et du monde, de retrouver dans ces murs une des plus grandes troupes d’Europe, et probablement du monde. Que le Théâtre de la Ville et le Festival d’automne s’associent pour ouvrir, le même soir, leur nouvelle saison.
Il y a un an, quasiment jour pour jour, je faisais ma première rencontre, à Berlin, avec Claus Peymann, metteur en scène et directeur du Berliner Ensemble, dont je gardais le souvenir marquant de spectacles vus dans l’enfance. Pris par des répétitions harassantes, il me fait attendre et attendre encore, en compagnie de son équipe de direction que j’essaie de convaincre de la nécessité de présenter le Berliner ensemble -après presque 50 ans d’absence à Paris- avec cette œuvre de Brecht qui fait oublié toutes les autres. Il fallait tenter d’inventer une nouvelle relation avec eux. Je venais de mettre en scène Homme pour homme de Brecht pièce de 1925- l’Opéra de quat’sous date de 1928 – et je préparais la création de Casimir et Caroline d’Horvath écrite en 1932, j’étais donc plongé dans cette période qui parfois, nous aide fortement à repenser la nôtre.
Il y a 26 ans, quasiment jour pour jour puisque c’était le 16 septembre 1983, Bob Wilson venait pour la dernière fois au Théâtre de la Ville avec Civil Wars. Ces derniers temps, il avait parfois été chahuté par la presse et le public parisien, mais nous étions convaincus d’avoir affaire avec cet Opéra de Quat sous, à une œuvre majeure, incontournable, indiscutable, une œuvre phare de cet immense artiste d’origine texane.
15 septembre 2009 soir de la première. La troupe est là, Peymann a quitté ses répétitions à Berlin pour accompagner ses acteurs, Bob Wilson a quitté les siennes à la Scala de Milan pour être présent. La curiosité et le désir semblent être à son comble de tous les côtés. C’est pour nous le moment de revoir sur le grand plateau du théâtre de la Ville -et de partager cet instant avec mille autres personnes- ce grand spectacle, ambassadeur de l’art théâtral total et cette troupe, emblème des grands ensembles. Partager cet instant, de manière vivante et profonde en rêvant toujours à la transformation du monde par les œuvres et les artistes.

Emmanuel Demarcy-Mota
Directeur du Théâtre de la Ville – Paris

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