LES ÉDITOS

« Vous avez un pavillon… »

31 janvier 2012

Elu il y a bientôt cinq ans, le Président de la République vient de faire une découverte dont il est concevable qu’elle ait pu le troubler : il y a un problème de logement en France. La pénurie de l’offre, l’exubérance de la spéculation conduisent à une crise d’une ampleur inédite. Décidément, il faut faire quelque chose. Quoi donc ? Eh bien, mais comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ? Il faut construire plus de logements. Voilà pourquoi, onze semaines avant les élections, tombe de l’empyrée présidentiel un oracle désarmant de simplicité : « Tout terrain, toute maison, tout immeuble verra ses possibilités de construction augmenter de 30% ». Pour ceux qui n’auraient pas immédiatement compris, le chef de l’Etat a précisé sa pensée : « Vous avez un pavillon; vous aurez le droit de construire 30% en plus sur ce pavillon ».


L’idée repose sur un postulat qui a bien sûr sa logique : il faut densifier le territoire français et particulièrement les espaces déjà urbanisés. Mais rien, en la matière n’est pire que l’improvisation. Depuis des années, dans leurs plans locaux d’urbanisme, les grandes villes françaises ont tenté de résoudre cette équation : trouver de la place pour le logement dans les agglomérations. Elles l’ont, le plus souvent, fait avec détermination, avec inventivité, et surtout avec sens des réalités. Car il n’est pas possible de construire n’importe quoi n’importe où. Les villes elles-mêmes ont leur histoire, leur patrimoine. Et dans la conception des logements on ne peut sacrifier la qualité à la quantité : à Paris, nous avons ainsi augmenté de 20% le coefficient d’occupation des sols, mais en assortissant cette disposition de contraintes écologiques, sociales et patrimoniales qui la rendent réaliste.


Mais soyons sérieux : qui peut penser une seconde que le Président de la République croit vraiment pouvoir faire surgir des milliers de logements de façon indifférenciée sur tout le territoire, ou imposer à des copropriétés de surélever de plusieurs étages des immeubles de centre-ville ? Nous sommes évidemment dans le plus pur effet d’annonce. La démarche apparaît dans tout son cynisme si l’on se donne la peine de regarder ce que le gouvernement a fait en matière de logement, depuis cinq ans. Je peux en parler d’expérience, comme maire de Paris. Dans la capitale, les aides au logement social ont baissé de 20 % en deux ans ; l’Etat gèle depuis cinq ans des terrains qui auraient dû servir à produire plusieurs milliers de nouveaux logements ; la droite parisienne n’a eu de cesse de chercher à faire obstruction, parfois avec succès, à des projets de construction de logements, comme aux Batignolles, à la Croix-Nivert dans le 15ème ou de manière quasi systématique dans le 16ème arrondissement. L’Etat UMP a beau jeu de découvrir ingénument qu’il n’y a pas assez de logements en France : il porte une responsabilité écrasante dans cet état de fait.


Le vrai changement ne passera pas par la démagogie des mesures bricolées par les pompiers pyromanes, mais plus simplement par le changement de Président de la République. Ce que propose la gauche, avec François Hollande, est clair, accessible et réaliste :
- les terrains de l’Etat qui pourront servir à construire des logements seront mis à la disposition des collectivités locales ;
- le seuil de logements sociaux dans les grandes villes sera porté à 25%, et les pénalités multipliées par cinq pour les communes qui ne respectent pas la loi de solidarité urbaine.
- Toute modification du droit de l’urbanisme sera élaborée avec les collectivités locales
- L’augmentation des loyers sera encadrée à la première location et lors des changements de locataires. Le Président de la République a qualifié cette idée de « soviétique ». Il faut croire que Nicolas Sarkozy a, soit une lecture fort inattentive de notre programme, soit beaucoup de mauvaise foi. Ce que nous proposons existe déjà en … Allemagne ; c’est simplement une limite à la spéculation, pour qu’à la première location le loyer ne soit pas disproportionné avec la réalité du marché existant, et qu’au changement de locataire il n’augmente pas plus que l’inflation. Un tel soviétisme demeure très raisonnable, dans un pays où les loyers ont augmenté de 50% en dix ans.


Sur ce sujet, à tant d’égards vital, du logement, François Hollande et Nicolas Sarkozy proposent bien deux modèles. Non seulement deux façons de faire de la politique : la clarté contre le cynisme, l’anticipation contre l’improvisation. Mais surtout, deux visions de la société. La force de François Hollande, c’est qu’il s’adresse à tous les Français, y compris à ceux qui ont peur du déclassement, ceux qui n’arrivent pas à payer leur loyer, ceux qui sont victimes de la folie du marché, ceux qui n’espèrent même pas devenir un jour propriétaires- tous ceux, en un mot, à qui le Président de la République ne parlait pas lorsqu’il énonçait nonchalamment : « Vous avez un pavillon… »

Bertrand Delanoë

5 commentaires à “« Vous avez un pavillon… »”

  1. foucault dit :

    j’admir du fond de ma cellule de prison votre esprit. et pourtant croyer moi cette politique de sarkozy nous en subissont la primeure depuis 2007. qui s’exprime par la multiplications des penes et devenant un profond lieu de miseres.
    LA GRANDEUR D’UN HOMME POLITIQUE RESTERA
    SA BONTE D’ESPRIT!..
    MERCI.

  2. Ginette Magnin dit :

    Il faut marteler cet état de fait sur toutes les radios et télés, porter haut et fort la contradiction, expliquer, expliquer afin de convaincre, se faire entendre de TOUS les français. Je trouve que l’on n’entend pas assez la gauche. Pourtant elle s’exprime avec talent et respect, contrairement à ses adversaires.

  3. Diallo Bakary dit :

    J’accuse reception du message.
    quant à moi on a injustement saisie mon pavillon, jeté dans la rue pendant + de 2ans, j’ai connu des moment de grande humiliation de froid jamais connu depuis ma naissance, j’ai toujours gagné ma vie honnettement et mérité dans la dignité et le respect des autres.
    Eu égard à mon investissement dans la vie sociétale, cela ne m’a pas épargné, mon combat continu.

    Mon prochain mail sera consacré à l’analyse des propositions avancées par monsieur le président Sarkosy comme il a dit “l’Allemagne est une référence pour lui parceque ca marche chez eux et paradoxalement il traite de soviétisme la politique du logement”.

  4. opak dit :

    paris est deja surdensifié ca deivnrt invivable, il faut donc regarder en dehors du périph, le problème est que par egoisme des élus causant la multiplication des echelons le grand paris n existe pas, il ne peut donc y avoir aucune politique de logement a l echelle metropolitaine , politique qui ferait dailleurs baisser la pression immobliere sur le centre de cette nouvelle entité metropolitaine

  5. Julien dit :

    Mr Delanoë,

    Je conçois qu’il y ait un problème de logement à Paris. Mais est-ce une raison pour faire la chasse au logement saisonnier comme il en est question sans trouver de compromis ?

    Il est légitime de s’intéresser au problème du logement qui passe aussi par des abus de certains propriétaires. Mais ce secteur représente aussi près de 3000 emplois : employés de bureau, sociétés de services, agents d’entretien…

    Des personnes qui risquent de perdre leur emploi si vous interdisez purement et simplement la location à court terme qui est une alternative intéressante pour le tourisme.

    En cette période de crise, ce sont de nombreux emplois que vous menacez et de nombreuses inquiétudes que vous suscitez.

    Il est possible d’encadrer la profession avec des règles et quotas pour trouver une issue qui puisse satisfaire tout le monde. Et j’espère que votre conscience de gauche vous fera prendre des décisions justes afin de protéger nos emplois.

    Bien cordialement.

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