LES ÉDITOS

Un sommet pour sauver l’Europe

26 juin 2012

Cette semaine, lors du sommet organisé à Bruxelles, les chefs d’Etat de l’Union Européenne ont rendez-vous avec l’histoire de l’Europe. Face à la crise et la concurrence des ambitions nationales, ils doivent faire bien davantage que préserver la prospérité et l’union économique dans la zone euro : ils doivent garantir la concorde en Europe.

Parce que depuis plus de 60 ans ils vivent dans une Europe pacifiée, les Européens semblent perdre progressivement conscience de la valeur de cette concorde. Ils ont tendance à voir dans l’édifice commun que leurs pères ont bâti après-guerre une prison où les libertés des peuples sont bridées et les destins nationaux aliénés. Ils ont tendance à ne voir dans la paix dont ils jouissent que ce qu’elle comporte d’empêchements et d’impuissance. Ils ont tendance à ne voir dans la solidarité qui les lie entre eux que ce qu’elle leur coûte d’efforts. Ceux qui ont bâti l’Europe avaient connu la crise, la montée des nationalismes jusqu’à la guerre inéluctable, avant d’oser la réconciliation et l’union pour que jamais plus des pays frères n’en viennent à se replier sur eux-mêmes, à se détester en paroles et à se déchirer en actes.

Aujourd’hui l’Union Européenne est clairement menacée : par la crise qui freine la croissance et creuse la dette ; par les nationalismes qui imputent à l’Europe ce dont justement l’Europe protège les nations ; par les marchés qui spéculent d’une façon irresponsable sur l’éclatement progressif de la zone euro sans voir qu’il ouvrirait la voie à un effondrement global. Face à ces menaces notre responsabilité historique est de préserver l’Union Européenne pour préserver l’union des Européens.

C’est tout l’enjeu du sommet des chefs d’Etat européens qui s’ouvre jeudi à Bruxelles.

Pour sortir l’Europe de la crise et de l’austérité qui la dégradent et la divisent, il est aujourd’hui nécessaire de remettre la croissance au cœur de la construction européenne. Après plusieurs semaines de concertation avec nos partenaires, la France y est en grande partie parvenue. Il faut maintenant que les Etats membres valident le pacte de croissance que la France a porté pour permettre une relance concertée de l’économie européenne. En choisissant d’investir plus de 100 milliards d’euros pour financer des grands projets d’avenir, dans les domaines des infrastructures et des nouvelles technologies, ils poseraient les fondements d’un « new deal » économique et politique en Europe.

Comme dans toute démocratie, nous devrons faire des compromis. Mais il faudra poursuivre les débats que la crise nous a permis d’ouvrir : sur l’union bancaire autour de la banque centrale européenne, en laquelle la France a raison de voir un vrai facteur de stabilité financière ; sur l’union monétaire pour laquelle plaide la France au travers de la mise en place des euro-obligations. Il faut en effet pouvoir traduire enfin dans l’ordre monétaire une justice et une solidarité qui ont toujours été partie prenante de la construction européenne. Il est urgent d’offrir aux Etats de la zone euro la possibilité d’emprunter au même taux pour réduire l’influence délétère des spéculations sur la cohésion et l’équilibre de l’Europe.

L’avenir politique de l’Union Européenne dépend aujourd’hui de la capacité des dirigeants européens à résister ensemble à la crise, à relancer ensemble la croissance, à restaurer ensemble la confiance. C’est en se remettant en mouvement que l’Europe retrouvera son équilibre – dans la pleine fidélité aux idéaux pacifiques et progressistes de ses Pères fondateurs.

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