LES ÉDITOS

Sauver l’école

5 septembre 2011

Ce lundi 5 septembre, pour 12 millions d’élèves, pour leurs professeurs, pour leurs parents, c’est la rentrée. Cette année, plus que jamais, ce moment est placé sous le signe du doute, de l’inquiétude, voire d’une véritable exaspération. De cette angoisse qui monte, je veux ici me faire l’écho. Et tenter, alors que notre pays est à la croisée des chemins, d’esquisser quelques pistes de réflexion.


A force d’avoir été affaiblie, désarmée, démantelée, l’école n’a, de fait, plus les moyens d’assurer les plus élémentaires de ses missions : permettre, dans le primaire, l’acquisition des savoirs fondamentaux (le taux d’élèves entrant en 6ème sans savoir déchiffrer un texte s’élève à près de 30%) ; garantir, tout au long de la scolarité dés la maternelle, l’égalité des chances (jamais depuis longtemps la mobilité sociale n’a été à ce point bloquée dans notre pays); éveiller les consciences et ouvrir les esprits des enfants, les préparer à affronter la vie telle qu’elle est.


Face à un tel constat, que faire ? D’abord, pour reprendre la formule consacrée, revaloriser le statut et les carrières des enseignants… Mais je voudrais, précisément, que ce soit plus qu’une formule. « Revaloriser », cela devrait vouloir dire, en premier lieu, les rémunérer à la hauteur de leur travail, de leur mérite, et de l’importance que représente leur charge pour le présent et l’avenir d’une civilisation. Certes les finances publiques sont si exsangues que toute promesse, en la matière, serait, dans l’immédiat, inconséquente ou démagogique, mais dès que des marges auront été dégagées pour le redressement de la France, rendre justice aux professeurs devra être une priorité.


En attendant, « revaloriser le statut des enseignants », cela consistera à les traiter différemment, à moderniser leurs conditions de travail, et, avant tout, à leur parler autrement. Il est temps que cesse l’arrogance des discours satisfaits et désinvoltes, et que la parole publique, quand elle s’adresse aux professeurs, retrouve le respect et la gratitude qui inspiraient, il y a près d’un siècle et demi la lettre de Jules Ferry à « Monsieur l’Instituteur » : « Votre tâche est de toutes la plus délicate ; permettez-moi d’ajouter que c’est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j’avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l’importance qu’y attache le gouvernement de la République…». En 2012, il faudra que les pouvoirs publics réapprennent ce langage de l’élégance et de l’humilité.


Au-delà des discours, l’urgence sera aussi de cesser de considérer le service public de l’éducation comme une variable d’ajustement. 60 000 postes ont été supprimés dans l’éducation nationale depuis 2002. Le résultat, c’est qu’il n’y a, de fait, pas assez d’enseignants dans notre pays, à tel point que des étudiants et des retraités doivent désormais contribuer aux remplacements.


Il faudra, en outre, se redonner les moyens d’assurer aux enseignants une formation, initiale et continue, digne de ce nom. Depuis la disparition des IUFM, brutalement décidée par le pouvoir actuel, de jeunes professeurs se retrouvent, à peine sortis des bancs de l’université, face à des classes souvent très difficiles (en vertu de cette règle absurde, qui veut que les tâches les plus ardues soient confiées aux moins expérimentés). Il sera nécessaire de rompre totalement avec cette logique : les jeunes enseignants doivent être accompagnés, au début de leur carrière, et ils ne peuvent passer sèchement et directement de leurs études à l’exercice d’un métier si exigeant et si dur.


Enfin et surtout, il y a une clef à la réforme de l’école. J’ai eu l’occasion de le dire, je le réaffirme ici avec force : pour assurer l’égalité des chances, il conviendra d’assumer l’inégalité des moyens. Entendons-nous bien : l’éducation nationale est un service public, et à ce titre il doit par définition être universel, sans distinction fondée sur l’origine ou sur le territoire. Mais précisément pour accéder à cette universalité, il faudra donner plus à ceux qui ont moins, et moins à ceux qui ont plus. Martine Aubry a su, cette semaine, le dire très clairement: un gouvernement de gauche devra avoir l’audace d’envisager des classes de vingt élèves dans les zones les plus difficiles, ce qui supposera des classes de quarante élèves dans certains lycées plus favorisés… C’est ainsi que sera garantie l’égalité réelle.


Comme l’hôpital, comme la police, comme tous les grands services publics, l’école, dans notre pays, est sinistrée. De 2012 à 2017, nous aurons à lui rendre sa dignité, sa noblesse, ses moyens, et sa confiance en elle-même. Cela passera, une fois encore, par la clarté, et surtout par le courage. Soyons prêts. Car il ne s’agit pas seulement de réformer notre école : l’enjeu, c’est de la sauver.


Bertrand Delanoë

8 commentaires à “Sauver l’école”

  1. ESTIVAL dit :

    Voici le document élaborée par la section locale du P.S pour soutenir l’action développée par les Parents d’élèves et les Enseignants du Collège de VERSON dans le calvados
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    Propos de rentrée : Au Collège Jacques PREVERT de VERSON
    (Pourquoi veut-on casser l’école ?* )

    Alerté par ses réseaux, la Section PS des Rives de l’Odon à VERSON croit devoir appeler l’attention des destinataires de la présente note sur la situation faite aux Personnels et aux Enfants fréquentant l’établissement précité … ou il existe des problèmes :

    De sécurité des lieux de vie :

    la présence de préfabriqués, parfois vétustes réduit l’espace récréatif :626 élèves y sont désormais confinés en raison de futurs travaux de rénovation envisagés à compter du printemps 2012 et qui doivent se prolonger au delà de 2015…
    le niveau des effectifs sera « chargé » : les classes comprennent 25 élèves à minima , mais un tiers des classes verra son effectif fixé à 27 (situation relativement exceptionnelle dans le département puisque cinq autres collèges sur les 63 que compte le département sont dans une situation comparable)
    Et ce, sans préjudice de l’absence de place dans le réfectoire et l’existence d’infiltration d’eau…

    De carence des moyens :

    en Français : les livres datent d’une dizaine d’années au moins et ne correspondent plus aux programmes imposés par l’Éducation Nationale ; en 6ème le nombre de manuels est insuffisant pour 183 élèves
    En Physique-Chimie : tous les manuels sont obsolètes et ne sont pas distribués aux élèves (et ce dans tous les niveaux)
    En Éducation Civique dans tous les niveaux (sauf en troisième mais le livre date de 1999! ) il est impossible de distribuer un livre à chaque élève… faute de moyens.
    Ce descriptif n’est malheureusement pas limitatif

    (l’énumération précitée – en italique – résulte d’un constat commun établi conjointement par des Professeurs, et des Parents d’Élèves au Collège de VERSON )
    *
    Comment ne pas s’interroger collectivement sur les raisons de ces carences des donneurs d’ordre…
    1. dans le domaine pédagogique : les services de l’État
    2. dans le domaine matériel et sécuritaire : le Conseil Général
    Existe-t – il une volonté délibérée d agir ainsi ?
    Le Projet du Parti Socialiste

    Le Projet du Parti Socialiste est aux antipodes de cette attitude en raison de sa volonté d’œuvrer pour :
    La cessation immédiate des suppressions massives des postes
    Une concentration des moyens sur les cycles décisifs
    Le rétablissement de la sécurité dans les établissements scolaires.

    Mais au delà des moyens, il faut revisiter la méthode de gouvernance qui doit être fondée sur un dialogue permanent avec toute la Communauté Éducative, l’implication des Parents d’élèves, des associations d’éducation populaire, la mobilisation des Élus locaux
    Quelques remarques complémentaires

    L’éducation des enfants ne peut se concevoir selon un  simple rapport comptable  en référence aux « leviers d’efficience »(sic) tel que suggéré dans un document du Ministère de mai 2010.(1)

    Corrélativement et sans vouloir développer de façon inconsidérée le thème récurrent du niveau de rémunération des Enseignants et des Personnels en charge du bon fonctionnement des établissements, il faut désormais y ajouter la volonté démontrée de déstabiliser la condition professorale par la généralisation de la précarité.(1)

    Après l’Université – Entreprise, recommandée par l’Union Européenne,, c’est au tour de l’enseignement primaire et secondaire de se soumettre à la norme de l’employabilité (1)

    Or, et c’est sans doute cela l’essentiel l’éducation des enfants requiert autre chose : ce dont dont nous avons besoin c’est de retrouver le sens des savoirs et de la culture car contre l’idéologie de la compétence, l’Éducation doit apprendre à penser (2)

    C’est à ce changement d’objectifs que nous vous invitons a contribuer
    5 septembre 2011
    Section Socialiste « les Rives de l’Odon »
    VERSON
    * « La suppression de postes va obliger l’institution à s’interroger sur elle-même et se réformer » : propos de Benoist APPARU tenu lors d’un « chat » sur le site du Monde le 20 mai 2009 (Le Monde diplomatique septembre 2011)
    1. « Pourquoi veulent-ils casser l’École » article de Christian LAVAL (Le Monde diplomatique déjà cité
    2. « Comment réinventer l’École »Face à face P. MEIRIEU et M. GAUCHET (Le Monde du 3 septembre )

  2. Pommerencke,Günter dit :

    oui, il faut sauver l’école ET la République et le meilleur garant pour accomplir cette tache serait Bertrand Delanoë !

  3. La Pérouse dit :

    En tout cas j’ai jamais vu autant de logements sociaux se construire à Paris. C’est vraiment super.
    Par contre, Paris n’a jamais été aussi sale. Là, c’est un mauvais point..

  4. gege94 dit :

    enfin des paroles dignes dans ce pays tout le savoir ,le respect,passe par l’educations ,redonnont confiance aux profs aidons les les parents sont souvents debordées chomage ,précarité,temps parteil et bien d’autre il faut que les moyens neccessaire pour nos enfants soient dégager imposons davantage les grosses fortunes ,les petroliers,ceux qui gagnent des salaire superieur a huit fois le smic par mois ,augmenter les salaires ,baisser le prix des aliments de tous les jours,pates riz, pain,viande poisson ect…sauvont la france

  5. SCHACHTEL Bruno dit :

    Monsieur le Maire, Cher Ami,
    Je ne puis qu’adhérer totalement à vos propos quant au devenir de l’Ecole en ajoutant toutefois que les propositions faites au niveau fédéral et national du PS (je me suis investi dans le groupe de travail fédéral) me laissent également perplexe au constat d’hypothèses globalement peu convaincantes et qui ont notamment fait l’impasse sur le problématique propre au Lycée. Je travaille actuellement sur ce thème à titre personnel, votre adjoint en charge de l’Education au plan national n’ayant pas estimé nécessaire de donner suite à la proposition de contact que vous m’aviez suggérée.
    Croyez cependant en mon attachement profond, certes à l’Ecole, mais surtout aux idéaux socialistes qui sont les nôtres.
    Très amicalement à vous,
    Bruno SCHACHTEL
    Proviseur Honoraire de l’Ecole BOULLE (2002-2010)

  6. aristide dit :

    bonjour je ne peux que soutenir le maire dans ces idées de donner une nouvelle figures à l’école car l’école d’aujourd’hui na plus de valeur ni de sens car voir tout les dérapages causer par l’actuelle pouvoir j’ai honte et l’avenir de nos enfants sur le plan éducatif m’inquiète beaucoup le problème du pouvoir en place c’est de s’ingérer dans les affaires qui ne rapport rien à la France et encore il a supprimer les écoles croyant réduit les dépenses du pays alors que c’est le contraire il ne font que endetter le pays et après c’est pour venir raconter des grossièreté à l’envers des professeurs cher amis soutenons delanoé pour l’image de la France soit changer sinon aujourd’hui c’est de la pourriture et sa me faire mal de continuer à voir ces destructeurs de notre nation au pouvoir Très amicalement à vous, Aristide

  7. Arnoux dit :

    On ne peut qu’appuyer ce texte. Oui, il faudra des actes, et des engagements précis.

    Le premier engagement devra être de remplacer le pilotage à court terme associé au trop fameux “non-remplacement d’un départ sur deux” par des prévisions chiffrées à moyen terme, qui permettent aux étudiants de savoir dans quelles études ils s’engagent.

    Le deuxième engagement devra être de remettre en place le financement de la cinquième année d’étude (année de stage à bac+5) qui a été supprimé par la réforme. Cette suppression explique largement la chute massive du nombre de candidats, et renforce la sélection sociale. Cette aide aux enseignants en formation est prioritaire : oui, une revalorisation générale sera difficile et il faut se concentrer sur les priorités.

    Plus généralement, il faudra remettre en place une politique de pré-recrutement sur contrat pour remettre en route l’ascenseur social, et la ville pourrait avoir un rôle moteur dans cette mise en place.

    La commission fédérale éducation de la fédération de Paris avait travaillé sur ces thèmes, et a proposé des amendements au projet; ces amendements ont tous été votés à une très large majorité, transmis à la commission des résolutions, et éliminés. Nous sommes plusieurs à être prêts à travailler avec la ville sur ces sujets.

  8. baudot dit :

    Il faudrait peut-être arrêter de se battre pour avoir des augmentations de salaire,
    ce qui augmente automatiquement notre niveau de vie par rapport à la Chine, etc…
    Il faut se battre pour diminuer les charges et taxer à OUTRANCE les sociétés qui délocalisent le “travail”. ce ne sont pas eux qui payent le chomage ce sont nous
    les français. Est-ce normal.
    Une bonne INSTRUCTION est le “starter” de nos enfants dans la vie. Mais chacun doit avoir la même instruction et non focaliser sur les grandes villes.
    Et je dirai DELANNOE PRESIDENT

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