LES ÉDITOS

Pour un vrai service public de sécurité

23 novembre 2011


La publication hier du rapport annuel de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales démontre, chiffres à l’appui, l’échec du gouvernement en matière de sécurité. Les violences aux personnes, qui totalisent les faits de délinquance les plus graves, ont augmenté entre 2009 et 2010 de 2,5 % à l’échelle nationale et même de 9,3 % à Paris. Les violences contre les dépositaires de l’autorité publique se sont, quant à elles, fortement accrues pour plusieurs professions: + 20 % pour les gendarmes et + 8,5 % pour les fonctionnaires de la collectivité parisienne. Ces chiffres sont en outre riches d’enseignements. D’abord sur les limites de l’outil statistique : l’observatoire relève 4 millions de vols déclarés pour l’année 2010 quand les forces de l’ordre n’en totalisent « que » 1,5 million. Ensuite, sur l’instrumentalisation politique et la stratégie de stigmatisation du gouvernement à l’égard de certaines catégories de la population : on apprend ainsi qu’entre 2005 et 2010, le nombre d’étrangers mis en cause pour des crimes et délits (hors infraction à la législation sur les étrangers) a crû deux fois moins (4 % contre 8 %) que le nombre de mis en cause nationaux.


Alors que Nicolas Sarkozy a fait de la bataille contre l’insécurité sa marque de fabrique, la publication de ce rapport entame un peu plus encore sa crédibilité sur le front de la lutte contre la délinquance. Car cette « grande cause nationale » s’est muée en une série de décisions incohérentes et inefficaces. Comment évaluer autrement, en effet, la suppression de plus de 10 000 postes de policiers et gendarmes depuis 2007 alors que les violences explosent? Face au délitement du lien entre police et population, que penser de la création de ces « patrouilleurs » qui ne sont pas fidélisés sur un quartier donné et qui, du coup, ne sont pas suffisamment en prise avec le territoire dans lequel ils exercent ? Et puis, fondamentalement, que dire de cette politique spectacle qui va un jour faire du délinquant étranger la cause de tous les maux et un autre édicter un arrêté anti-mendicité pour organiser la chasse aux pauvres sur la « plus belle avenue du monde » ? Les inquiétudes légitimes de nos concitoyens méritent assurément mieux que cela.


Pour ma part, je pense que le principal enjeu consiste à faire de la sécurité un vrai et grand service public. Car évoquer, comme le font Nicolas Sarkozy ou Claude Guéant, un « droit à la sécurité » est une incantation stérile. Le verbe doit céder la place aux vraies réformes.
La première d’entre elle devrait être de favoriser l’égal accès au service public de sécurité sur l’ensemble du territoire national. Le rapport de l’Observatoire le montre bien : nos concitoyens ne sont pas égaux face à la délinquance. Le parti socialiste a porté une proposition intéressante qui consiste, comme il existe des zones d’éducation prioritaire, à créer des zones de sécurité prioritaire avec moyens et effectifs renforcés. J’ajoute que la répartition des effectifs à l’échelle nationale n’est pas satisfaisante quand on compte un policier pour 100 habitants au Touquet contre 1 pour 500 à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Et puis, un indicateur n’est jamais mis en avant alors qu’il représente pour nos citoyens la donnée la plus importante pour leur sécurité quotidienne : les délais moyens d’intervention des forces de l’ordre.
En outre, créer un véritable service public de sécurité implique une seconde exigence : l’amélioration du rapport à l’usager. Les liens entre la police et la population n’ont cessé de se dégrader depuis 2002. Je salue les 140 000 policiers et les 100 000 gendarmes qui poursuivent chaque jour leurs missions avec courage et abnégation. Leur uniforme ne doit pas être le vecteur d’une quelconque distance tant ces hommes et ces femmes sont indispensables à la concorde civile. Mais quand la police de proximité s’éteint pour laisser la place aux seules forces d’intervention et de maintien de l’ordre, quand la gestion des ressources humaines est défaillante en installant dans les zones les plus difficiles des policiers débutants, nos fonctionnaires s’isolent du reste de la société.
C’est pourquoi, je fais trois propositions simples. Tout d’abord, il faut développer le recrutement local de policiers durablement implantés dans les départements. Le « turn over » incessant des fonctionnaires et l’affectation systématique de jeunes recrues dans les zones les plus difficiles est source d’incompréhension tant de la part des policiers, des élus que des habitants. Ensuite, il serait souhaitable d’institutionnaliser les liens entre les forces de l’ordre et la population à l’exemple de certaines pratiques anglo-saxonnes. Dans les villes qui les ont mis en place, les conseils de quartier pourraient utilement accueillir tous les mois le commissaire de police pour engager un dialogue et évoquer les problématiques locales de sécurité. Enfin, il faut développer la fidélisation d’équipes de policiers sur les territoires prioritaires. Le développement d’une « police des quartiers » permettrait de répondre à ce besoin de proximité tout en évitant l’écueil d’une standardisation du modèle à l’ensemble de l’hexagone.


La sécurité ne doit pas rester un domaine à part, cantonné à des débats d’experts ou instrumentalisé à des fins électoralistes. En faire un service public à part entière, articulé autour de la notion d’égal accès et d’amélioration du rapport à l’usager, constitue un défi politique fondamental : loin des arguties politiciennes, se joue ici l’avenir du vivre ensemble national.


Bertrand Delanoë

4 commentaires à “Pour un vrai service public de sécurité”

  1. NGOMANGA EDOUARD dit :

    CHER Bertrand

    je me permets de venir par ce mail apporter ma contribution au débat.LA vraie sécurité existera quand celle-ci sera assurée par les personnes et les citoyens concernées par cette exigence de sécurité.Dans les banlieues on croit assurer la sécurité en faisant appel aux CRS qui généralement arrivent sans connaissance sociologique du milieu créant plus le sentiment d’insécurité. Il serait donc nécessaire qu’un vrai service de sécurité puisse refléter l’image de sa population concernée par cette nécessité de vivre en sécurité.La police doit ainsi être à l’image de la population où elle intervient(la police Républicaine) à l’image de la société.Si on procède ainsi la police sera respectée ,elle ne sera plus considérée envahïssante.Un vrai service public de sécurité passe aussi par la formation et le respect de la déontologie du métier,de la dignité humaine ,et des valeurs de la REPUBLIQUE

  2. KEMPEN jean claude dit :

    Tout a fait d’accord avec Bertrand DELANOE, il faut une police municipale intégrée à chaque quartier, qui connaisse bien ses habitants, ses habitudes, ses soucis journaliers de sécurité , des fonctionnaires motivés, jeunes mais sportifs et de mêmes origines que les jeunes des quartiers…organiser des réunions informelles
    régulières , avec les jeunes, les moins jeunes, les actifs , commerçants etc…
    J’aime vivre à Paris , mais là en effet , il y a une action urgente à entreprendre… pour le bien être de tous…
    PS: je ne suis pas socialiste et j’ habite le 19em !

  3. mechanloo dit :

    Mr Delanoé, la sécurité c’est bien, que les forces de l’ordre soient caïllassées quand elles viennent faire une virée dans les quartiers sensibles, c’est significatif du malaise de la jeunesse au chômage qui n’a pas de boulot, et qui préfère d’un autre côté gagner facilement de l’argent en vendant de la drogue, la société à changé, il faut engager des réformes dans ces quartiers ou les gens souffrent, mettre les moyens pour faire cesser ces traffics de l’argent facile! On est loin de travaillez plus pour gagner plus! on est loin des promesses de campagne de Sarkozy,qui voulait nettoyer les banlieues au karcher; qui aujourd’hui utilise tous les arguments possibles pour casser du Hollande en faisant croire que demain toutes les centrales nucléaires vont être arrêtées, il faut le faire taire en parlant de son bilan et mettre en évidence ses mensonges; Sarkozy, c’est le président des riches, il n’a pas arrêté de taper sur les classes moyennes depuis qu’il a été élu! ça suffit! Je vous assure que si vous ne redonnez pas du pouvoir d’achat aux français en baissant les prélèvements obligatoires, vous avez d’ores et déjà perdu les élections de 2017, n’oubliez pas ce qui est arrivé à Lionel Jospin, que ça vous serve de leçon, les Français n’ont pas la mémoire courte, chaque coup bas du PS envers les retraités et la classe ouvrière sera rendu dans l’isoloir. Aujourd’hui, les factures de foncier et d’impôts locaux sont scandaleuses! depuis que l’état s’est dégagé de ses obligations en les donnant aux régions, les factures sont de la folie, même si les loyers HLM sont trop élevées, les particuliers qui vivent dans des petites villas, construites au bout de 40 ans de travail, ces prélèvements nous font très mal, 1300€ de foncier, 1500 d’impôts locaux surtout avec une retraite de 1480€! Alors ça suffit les promesses, Quand on voit l’argent de la classe riche, le niveau de vie de ces gens là,on rêve, même eux ont droit au avantages du système! à quand des plafonnements de revenus pour ne pas beneficier des avantages des petites gens, il est temps de revoir les tranches de la fiscalité, décidez vous enfin a mettre de l’ordre dans ce pays! les français n’en peuvent plus, on ne profite plus de la vie, on n’a plus les moyens de s’habiller, sortir un peu, acheter une voiture, payer sa maison a crédit, on compte sans arrêt pour finir le mois, le budget nourriture a explosé, vous ne vous en sortirez pas si vous ne revoyez pas la fiscalité des gens aisés, il est temps de mettre les choses au point dans ce pays.

  4. de Goloubinow Jean dit :

    Le 26 nov. 11 à 11:22, jean de goloubinow a écrit :

    Tout simplement écœurant !

    INCROYABLE … ce n’est pas une blague !

    Encore une ” prouesse ” de ” l’embrayage ” (alias B. Delanoë) … !!!!!!

    Vote unanime pour donner le nom du jeune Tunisien immolé à un lieu
    de Paris.

    Le Conseil de Paris a voté, mardi 8 février 2011, à l’unanimité donc les élus UMP aussi,
    l’attribution à un lieu parisien du nom de “Mohamed Bouazizi”, en
    hommage au jeune Tunisien dont l’immolation a déclenché la vague de
    manifestations qui a abouti à la chute du régime Ben Ali.

    Combien de policiers, gendarmes, pompiers, meurent sous le feu ennemi chaque année?

    Combien de femmes meurent sous les coups abjectes de leur mari chaque année ?

    Combien de filles excisées sous la torture en terre de France?

    Combien d’Enseignants se suicident parce que sous le coup de la charia ? Charia qui remplace de + en + la loi française dont notamment dans les iles dites françaises et dans le nord de la France dont notamment à Roubaix et Lille.

    !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    75 de nos jeunes sont morts en Afghanistan?

    !!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Eux sont morts pour la France !
    Est-ce qu’un lieu de Paris porte le nom d’un seul de ces jeunes ??? NON
    LAMENTABLE ! ! ! ! ! DEMAGOGIE, POPULISME A 200%

    UN SOLDAT FRANCAIS SERAIT IL DE LA BASSE CLASSE ….. AUX YEUX DE CES ELUS UMP, et PS ???

    Et il n’y a pas de PLACE HENRI GASQ, tué dans l’exercice de ses fonctions il y a 10 ans à Tours !
    Mieux, les procédures judiciaires ne sont pas terminées…

    Bisous
    Dany

    Monsieur Delanoé bientôt, à peu près à 20 ans il sera fait obligation en France de voiler les femmes et de porter la burqua. Non ce n’est pas de la plaisanterie, vous nous la mettez à l’envers en portant aux nues les extrémistes. Vous êtes des leurs parce que vous profitez de leur argent et pas qu’un peu, ça c’est largement prouvable, même devant nos tribunaux corrompus par les lois que vous faîtes voter. Quel poids faîtes vous porter en tout premier à votre proche famille dans les générations à venir, ils vont drôlement souffrir!!! L’impuni n’existe pas. Cela se nomme la loi de l’univers.
    Jean de Goloubinow

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