LES ÉDITOS

L’Etranger

8 décembre 2011


Cette période singulière aura permis, sans doute plus qu’aucune autre, de discerner et de définir des différences essentielles, fondamentales, entre la droite et la gauche. Et de mesurer à quel point le vote Hollande et le vote Sarkozy portent, au-delà même de deux choix pour le pays, deux hiérarchies des valeurs, deux visions de la société.

La droite s’ingénie, avec beaucoup de patience et un certain professionnalisme, à mettre notre société sous tension. Elle le fait, notamment sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, autour d’un antagonisme primaire : l’Etranger et Nous. A coup de déclarations à l’emporte pièce, de formules péremptoires et d’approximations assénées comme des faits, la droite a trouvé son bouc émissaire. Et comme toujours dans les périodes de crise et de grande souffrance sociale ce discours primaire rencontre un écho alarmant, notamment parmi les plus désorientés de nos concitoyens.

Pendant ce temps, la gauche, au Sénat, propose d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales… C’est à rebours de l’air du temps, sans doute, mais c’est pleinement dans le sens de l’Histoire. Et je nous suggère de l’assumer, de le revendiquer, de le porter pendant la campagne présidentielle, en dépit des clameurs et des humeurs. Un peu comme, il y a trente ans, nous avions su porter l’abolition de la peine de mort, qui était moins encore dans l’air du temps, et qui, elle, n’avait même pas la faveur des sondages.

2012 devra être ainsi l’année où toutes les personnes résidant régulièrement en France auront enfin conquis le droit de choisir leur maire, leurs conseillers municipaux, leurs conseillers généraux… Et je suis convaincu qu’une fois ce droit acquis, nous ne comprendrons pas qu’il ait pu mettre si longtemps à s’imposer.

C’est d’abord une mesure de justice. Pourquoi des personnes qui participent à la vie de leur territoire, dont les enfants vont à l’école, qui paient leurs impôts, seraient-elles exclues de toute vie civique ?

C’est aussi une mesure indispensable à l’unité du pays. Il n’est pas possible que, sur le territoire français, se côtoient en permanence, les inclus et les exclus, ceux qui ont voix au chapitre et ceux qui n’ont le droit que de se taire et de suivre. Associer tout le monde à la vie publique, c’est aussi responsabiliser chacun, et refaire l’unité d’une République morcelée.

Que l’on m’entende bien : il n’est pas question de dissocier nationalité et citoyenneté. Mais précisément, cette proposition exprime aussi une certaine vision du rôle de l’élu local. Le maire, le conseiller général, sont des élus de proximité, leur fonction est de résoudre des problèmes quotidiens, qui ne se posent pas d’une façon fondamentalement différente selon qu’ils concernent des Français, des Italiens ou des Ivoiriens. Les élus locaux ne sont pas- contrairement aux députés- des dépositaires de la souveraineté nationale. Et c’est pourquoi ils peuvent être désignés au-delà même du cadre strictement national.

Accorder aux étrangers le droit de vote aux élections locales, comme François Hollande le fera s’il est élu Président de la République, c’est choisir les valeurs contre le cynisme, c’est faire progresser la justice et l’unité. C’est en somme rompre avec la logique mortifère qui veut rejeter hors de toute sphère publique et civique, le bouc émissaire, l’éternel coupable- l’Etranger.


Bertrand Delanoë

3 commentaires à “L’Etranger”

  1. Elisa Fuks dit :

    Je suis une femme de gauche et aussi une indignée.
    je suis tout a fait d’accord pour qu’on accorde le droit de vote aux
    emmigrés pour les élections locales,mais je ne pense pas que ce soit
    une priorité.Il est plus urgent de les considerer avec humanité.On ne peut s’en rendre compte qu’en allant voir les centres de police où sont renouvellées les cartes de séjour.
    J’essaye d’aider les personnes les plis fragiles,les plus agées,mais aujourd’hui
    les prefets font appel contre ceux qui difficilement ont obtenu un titre alors
    le droit de vote…

  2. marsick xavier dit :

    Cher camarade.
    Oui pour le vote des étrangers Car j’ai vécu ce problème.
    De nationalité Belge je suis arrivé en France en 1966 et si je dis cela c’est qu’à l’époque le droit de vote était également interdit aux ressortissants européens.
    Grâce à ma mère de nationalité Française j’ai demandé la double nationalité.
    J’ai donc obtenu la nationalité Française et le droit de voter.
    Élargir ce droit aux étrangers installés depuis quelques années, travaillant, payant des impôts locaux ainsi que sur le revenu me paraient être des conditions normales pour donner le droit de votes aux étrangers sans parler de leurs engagement dans de nombreuses associassions de notre pays.
    Je peux vous dire que depuis que j’ai ce droit je n’ai jamais raté une élection mais il faut dire qu’ayant passé ma jeunesse en Belgique j’ai été éduqué avec un sans aigu de la citoyenneté puisque le vote est obligatoire en Belgique. On peut d’interroger sur ce que serait le résultat d’un vote obligatoire en France.
    Amicllement
    Xavier Marsick

  3. Stern dit :

    Oui, mais moi non plus je n’ai pas toujours le droit de voter lorsque je paie des impôts.
    Lorsque je rentre chez moi en province, je n’ai pas le droit de choisir mon maire bien que je paye des impôts, puisque je suis inscrit à Paris.

    Alors OK. Mais pour tout le monde. Etrangers et Français !

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens