LES ÉDITOS

Le spectre d’une Europe populiste

18 octobre 2010


Au cours des dernières semaines, la presse a largement évoqué cette déferlante de l’ultra droite américaine qui, à travers le mouvement des « Tea Parties », assume ouvertement un radicalisme effrayant : Obama comparé à l’antéchrist, le fantasme d’un pays en proie au complot communiste et Dieu appelé à la rescousse…


La description de ces rassemblements où des orateurs illuminés déversent leur fiel face à une foule en transe, donne lieu à des articles souvent ironiques. Et pourtant…
Dans un registre d’une tout autre nature, le vieux continent européen n’échappe pas à la montée du populisme, ni à l’expression d’une haine de plus en plus ordinaire.
En avril dernier, les nationalistes hongrois faisaient une percée sensible, surfant sur des thématiques clairement xénophobes. En septembre, même constat en Suède, où l’extrême droite réalisait une percée historique, obtenant vingt sièges au Parlement et s’adjugeant ainsi une position d’arbitre. Plus récemment encore, c’est aux Pays-Bas que le parti de Geert Wilders a vu son influence électorale croître de façon spectaculaire. Et l’Autriche, malheureusement, n’échappe pas à ce constat, comme le confirment les élections municipales qui se sont tenues à Vienne.


Même si chaque situation se nourrit de spécificités nationales, des ingrédients communs sont perceptibles : effets de la crise, social-démocratie affaiblie, rejet de l’Islam, condamnation du projet européen.


La carte politique de l’Europe révèle aujourd’hui une situation très inquiétante, confirmant le poids tout aussi grandissant des populistes dans des pays comme l’Italie, le Danemark, la Slovaquie, la Lettonie ou encore la Bulgarie.


Comme elle semble loin, l’époque où l’Europe, cohérente, prenait ses distances avec les chrétiens démocrates autrichiens après qu’ils eurent accepté de négocier avec les troupes de Jörg Haider. C’était en 2000. Une éternité. L’heure, au contraire, semble à la banalisation des partenariats les moins reluisants. Comme une défaite culturelle de toute l’Europe, un renoncement à ses valeurs originelles. Constat d’autant plus troublant que même dans les pays où les populistes ne sont pas (encore) associés à une coalition politique, leur influence intellectuelle semble évidente. Ce qu’illustrent tristement les déclarations récentes de la chancelière Angela Merkel, dénonçant « l’échec du modèle multiculturel » de son pays. En découvrant les images de ce discours, on repensait à celui de Grenoble, quand le président de la République avait évoqué un « échec de l’intégration » dû à « cinquante années d’immigration insuffisamment régulée ». En France comme en Allemagne, on assiste bien à une stratégie délibérée de signaux adressés à la frange la plus réactionnaire de la société.


Choix dangereux à l’heure où nos concitoyens sont en perte de repères. De pouvoirs responsables, chacun attend plutôt des débouchés politiques aux notions de solidarité, de justice sociale et de respect. Quand le couple franco- allemand ne trouve de convergences que dans une posture démagogique contre les immigrés (et singulièrement contre les musulmans), c’est un moteur essentiel de l’Europe qui se grippe.


L’identité de nos pays se nourrit des apports historiques de cultures diverses. L’Europe s’est bâtie sur le principe de tolérance au service de la paix, de dialogue dédié au progrès, de partage comme vecteur d’avenir.


Communauté de valeurs, communauté de destin, l’Europe tournerait dramatiquement le dos à son fondement même, si sous l’impulsion de gouvernements conservateurs, elle succombait à ce cynisme ambiant qui empoisonne l’air du temps.


Bertrand Delanoë

8 commentaires à “Le spectre d’une Europe populiste”

  1. navarro manuel dit :

    La radicalisation droitiere dont nous ne voyons que le panneau de signalisation qui y conduit, est la plus logique qui soit.
    C’est la droite qui cree les conditions de la mondialisation de la finance, ce qui entraine tous les effets pervers que nous voyons mais ne savons pas comment enrayer, et c’est la droite qui s’approprie le discours du savoir faire pour combattre l’insecurite physique des personnes et pour se porter garante de notre securite financiere à travers les systemes qu’elle deploie dans le monde.Les gens, fautes d’autre perspective ,y croient.
    Nous sommes condammés à terme comme nous l’avons toujours éte. Je parle des pauvres.Il aura toujours des Betencourt et des gouvernements qui se mettent à leur genoux.

  2. YAGOUBI dit :

    Monsieur,

    Je partage votre point de vue. La crise que nous vivons ne fait qu’aggraver ce défferlement d’intolérance, d’irrespect, de rejet à ce qui n’est pas conforme à la “norme”. Je le vois, l’entends chaque jour, et cela est difficile à supporter. Les petits gestes, les petites paroles du quotidien pour motiver, impulser, faire partager une autre manière de vivre ensemble sont peu et le changement difficile à percevoir.

    Récemment lors d’une épreuve d’examen dans la fonction publique territoriale, j’ai eu le droit à trois questions parmi d’autres, au démarrage de l’épreuve pour “me mettre à l’aise” : la première, que je qualifierait de normale, concernait l’origine de mon nom et de mon prénom ; la seconde, ” je vous pose la question car vous avez le teint un peu clair”, la dernière, “qu’est ce que cela vous a fait de quitter votre pays”.

    Ces questions m’ont été posées par un Elu. Bien qu’ayant répondu posément à ce questionnement, je me suis, au sortir de l’épreuve, mise à penser à tous ces jeunes dont l’avenir reste très difficile et assombri, comment pourraient ils réagir à ce type de question ; quelles nouvelles blessures devraient ils vivre encore accepter pour que la France accepte toute sa diversité et la vitcomme une richesse et non comme une menace.

    L’europe ne pourra à mon sens se construire qu’à partir du moment où ses différents peuples accepteront de ne plus être des entités mais un ensemble uni et solidaire.

    D.Y

  3. aicha benbakkar dit :

    Monsieur le Maire de Paris,

    On peut regretter comme vous que le modèle européen, multiculturel et pacifiste semble échouer aujourd’hui, mais n’était-il pas déjà voué à l’échec aux vus de sa construction et de son évolution depuis le début des années 90.

    En outre, le projet d’une société multiculturelle dans des pays à l’histoire, à la culture, à la tradition si différentes de ceux qui viennent d’autres pays, et à qui on n’a pas expliqué que le modus vivendi est radicalement différent de leur pays d’origine, ne pouvait qu’échouer. En tout cas le résultat est là ! Pourquoi ? Parce qu’un petit groupe de personnes (décideurs politiques, économiques…) depuis la fin des années 50, ont imposé aux peuples des pays d’accueils une immigration incontrôlée et massive (et dont je fais partie) sans consultation du peuple présent soi-disant “souverain” et sans proposer aux arrivants les structures nécessaires à leur acculturation.

    Voilà, qu’aujourd’hui vous dénoncez le fait que partout en Europe ou aux Etats-Unis, les tensions se multiplient et que le fameux et illusoire “vivre-ensemble” est mis à mal. Mais à qui la faute ? A ceux qui par idéologie ont voulu croire que le Monde et ses habitants sont animés de bons sentiments comme les vôtres ! Finalement, il n’y a pas pire dérèglement de l’esprit que celui qui ne voit pas les réalités comme elles sont, mais comme il voudrait qu’elles soient !

    Vous vous effrayez de la montée du populisme, mais les centaines de milliers et même millions de personnes s’effraient plutôt de la montée des intégrismes religieux et particulièrement musulman qui ont (et je sais de quoi je parle) une vision théocratique, politique, sociétale qui veulent imposer et remplacer à notre modèle. Et nous le voyons depuis plus de 15 ans dans nos quartiers où la violence et la pression se font de plus en plus fortes à l’égard des femmes, des homosexuels, des autres confessions… Le principe de tolérance au service de la paix que les musulmans religieux demandent pour eux, n’est en fait que le voile d’une intolérance à l’égard de tous ceux qui ne partagent pas la religion, la tradition et la diversité des opinions.

    Mais, comme il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, j’espère seulement que vous et le parti socialiste (pour lequel j’ai toujours apporté mon suffrage) seront très prochainement faire un autre constat et proposer à votre tour un autre projet d’avenir qui ne caresse pas les communautarismes à des fins bassement électoralistes (qui soit dit en passant, ne vous apporterons qu’une maigre participation, mais par contre vous feront perdre la majorité de votre électorat traditionnel.)

    Bien cordialement.

    Aïcha Benbakkar

  4. tallut dit :

    Votre article est très intéressant; mais qu’en penser, quand vous défendez mordicus un état raciste, au sujet duquel , je viens de trouver ce texte sur le site du journal “Le Monde” d’aujourd’hui ???
    Les Israéliens, de leur côté, ont-ils envie de paix ? Il y a quelques mois, seuls 8 % d’entre eux estimaient qu’un règlement de paix était le défi le plus urgent pour Israël. Il y a, dans la mentalité collective, une impression trompeuse de quiétude, presque d’invincibilité, fondée sur la puissance militaire, la prospérité économique et la certitude que le soutien de l’Amérique pour l’Etat juif est indéfectible.

    Le credo d’Avigdor Lieberman, l’ultranationaliste ministre des affaires étrangères, selon lequel “au Proche-Orient, seuls les forts survivent”, est à l’unisson des certitudes d’une part croissante de la société israélienne. Sous l’influence de cet allié qu’il juge incontournable, la politique de M. Nétanyahou tend irrésistiblement vers l’extrême droite : 69 % des Israéliens, indifférents au risque de dérive théocratique, sont d’accord pour obliger les candidats à la naturalisation à prononcer un serment de loyauté envers l’”Etat juif et démocratique”.

    Une majorité d’entre eux ne voit pas d’obstacle à limiter la liberté d’expression lorsque celle-ci est contraire aux intérêts de l’Etat. Plus d’un tiers des Israéliens et 68 % des ultraorthodoxes veulent interdire aux non-juifs le droit d’élire les membres de la Knesset. Yitzhak Herzog, ministre (travailliste) des affaires sociales, exagère-t-il en voyant dans cette évolution des “relents de fascisme”, et les commentateurs qui voient se développer en Israël un “fascisme religieux” ne sont-ils que les gauchistes d’un “camp de la paix” en voie d’épuisement ?

    Moshe Yaalon, vice-premier ministre, l’a dit sans ambages il y a quelques jours : aucun des sept ministres les plus influents du gouvernement Nétanyahou ne croit possible de conclure un accord avec les Palestiniens dans les années à venir. Israël, constate le ministre de la défense Ehoud Barak, est de plus en plus isolé dans le monde. A ce phénomène d’enfermement international s’ajoutent l’autisme grandissant d’une société israélienne indifférente à l’”autre”, et une évolution politique de plus en plus ultranationaliste.

  5. Eric Bacher dit :

    Le populisme se nourrit de l’impéritie, en matière économique, des dirigeants européens, mais aussi et surtout de la pusillanimité de ces mêmes dirigeants envers, ce que j’appellerais, l’islamo-fascisme. Les peuples européens en ont assez de cet anti-humanisme, de ce prosélytisme des séides de l’islam. Continent du progrès et des droits de l’homme, l’Europe ne peut raisonnablement accepter ce communautarisme islamique. Voilà ce qui nourrit le populisme…

  6. Antoine ORY-CHANFRAULT dit :

    Le plus étonnant, c’est l’inquiétante indifférence dans laquelle se passe tout cela, et malgré les enseignements de l’histoire.
    Un seul politique s’indigne, c’est Bertrand Delanoë.
    Est-ce suffisant ? je crains que non, c’est pourquoi je le remercie de sa présence systématique dès lors que les libertés et les valeurs sociales et humaines sont baffouées.

  7. andrew dit :

    Discours électoraliste ou clientéliste à destination de la frange la plus radicale du parti socialiste ou des musulmans extrémistes…

    Discours déconnecté des réalités.

    Discours plus proche de celui d’un retraité de Tunisie que d’un véritable homme politique français.

    Quand Paris fera votre bilan on se souviendra des vélibs, de Parisplage, d’une ville qui s’éteint à petit feu, de la forte augmentation des violences, de la fuite des classes moyennes, de la forte hausse des impôts locaux, de votre imposture sur la moralisation de la vie politique parisienne, d’un donneur de leçons permanent, du rapport de la Cour des comptes sur votre mauvaise gestion de Paris, etc…

  8. Dizzy dit :

    Discours socialo-démago, c’est tout ce que j’ai à dire.
    L’Europe a été mal construite, elle aurait dû reposer sur des bases culturelles et non économiques. Pas étonnant alors que l’Europe s’effondre en temps de crise.
    De plus, elle est dirigée par des commissions occultes anti-démocratiques. 50 ans après la création de ce beau projet, beaucoup de gens sont écœurés.
    Il vous reste 10 ans tout au plus pour recadrer le tir M.Delanoë, après quoi il sera trop tard…

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