LES ÉDITOS

“Le parachutage est délétère pour la démocratie”

19 novembre 2011

Entretien de Bertrand Delanoë publié dans Libération, samedi 19 novembre 2011.

- Mardi soir, vous avez violemment pris à partie la direction du PS pour avoir concédé à Cécile Duflot une circonscription parisienne? Pourquoi une telle colère?
Ce n’était pas une colère, mais une indignation raisonnée. J’ai toujours dit qu’il était naturel que dans deux circonscriptions à Paris, le rassemblement des forces progressistes et écologistes se fasse, comme en 2002 et en 2007, dès le premier tour derrière un candidat des Verts. Mais la question que je soulève est d’un autre ordre. Le parachutage est une pratique délétère pour la démocratie, dans la mesure où il rompt le lien de confiance et de proximité avec les électeurs. C’est une façon datée de faire de la politique, une conception distante voire utilitariste du rapport avec les citoyens.

- De nombreux politiques habitant à Paris sont des élus de banlieue. Donc peut-on vraiment parler de parachutage pour la patronne des Verts qui habite à Villeneuve-Saint-Georges et travaille tous les jours dans la capitale?

Ce n’est pas un enjeu de personne, c’est une question de principe et de méthode. Cécile Duflot a sollicité l’an dernier la confiance des électeurs du Val de Marne pour les représenter au Conseil régional. Le Parti socialiste lui a proposé une circonscription acquise à la gauche dans ce département. Son choix de venir à Paris n’a donc rien à voir avec l’enjeu des prochaines élections législatives.

- En quoi cet accord constitue une “insulte aux Parisiens” comme vous l’avez déclaré?

Je refuse que les Parisiens soient instrumentalisés, et que notre ville serve, comme par le passé, de marchepied vers d’autres ambitions. Depuis 2001, une nouvelle culture politique s’est mise en place dans la capitale : c’est mon devoir politique et moral vis-à-vis des Parisiens de la faire vivre dans la durée.

- Nombre de vos adjoints disent déjà qu’ils soutiendront la candidature dissidente de Danièle Hoffman-Rispal. Ferez-vous comme eux?

Je ne me pose pas cette question, car j’entends bien que l’accord évolue sur ce point comme l’ont demandé tous les socialistes parisiens mercredi dernier. Danièle Hoffman-Rispal, comme d’ailleurs Serge Blisko, ont consacré une part considérable de leur vie à construire une relation de confiance avec les habitants de ces quartiers qui sont les leurs, dont ils connaissent les problèmes et les attentes. Ce sont le mérite, la patience et le travail qui se trouvent ici bafoués au profit d’arrangements de coulisse.

- Est-ce que vous payez en circonscriptions le prix de la fermeté de François Hollande sur le nucléaire face à Europe Ecologie-Les Verts?

Si vous laissez entendre que les Verts ont renoncé à leurs convictions pour satisfaire les ambitions personnelles de leurs dirigeants, c’est une insinuation assez grave dont je vous laisse la responsabilité.

- Un tel coup de gueule  n’est-il pas de nature à enrayer la dynamique de coalition dont François Hollande a besoin en 2012 en faisant d’EE-LV non pas un partenaire mais un adversaire?

Nul ne doute de mon engagement pour la victoire de François Hollande qui est indispensable au redressement de la France. Mais c’est maintenant que nous devons nous rassembler sur des principes démocratiques clairs qui donneront une grande force à cette dynamique. C’est d’ailleurs ce que je fais à Paris depuis 10 ans avec toutes les forces progressistes dont les Verts.

- Est-ce que la candidature de votre dauphine Anne Hidalgo est fragilisée par cette polémique?

Anne Hidalgo n’est pas aujourd’hui candidate. Elle est ma première adjointe, elle travaille au service exclusif de Paris depuis dix ans. Elle le fait avec authenticité et conviction.

- Avec des candidatures de poids-lourds – François Fillon ou Cécile Duflot – qui se profilent pour 2014, certains de vos proches plaident pour que vous vous représentiez pour un troisième mandat. Serez-vous à nouveau candidat?

J’ai tenu à répondre à vos questions pour défendre quelques principes. Parmi ceux-ci figure le respect de la parole donnée. Personne ne peut douter que je mette mes actes en conformité avec mes convictions. Ne l’ai-je pas assez prouvé ? Mieux que d’autres. J’ai toujours dit que j’étais opposé au cumul des mandats. Le jour de mon élection à la mairie, j’ai démissionné du Sénat. Je pense la même chose du cumul dans le temps. C’est pourquoi je vous le confirme : comme je l’ai dit aux Parisiens avant qu’ils me réélisent en 2008, je ne solliciterai pas un 3ème mandat de maire. Je n’ai donc rien à demander pour moi-même. Ce n’est pas par intérêt personnel que j’en appelle au respect de l’honneur de Paris.

 

RECUEILLI PAR LAURE BRETTON ET MATTHIEU ÉCOIFFIER

2 commentaires à ““Le parachutage est délétère pour la démocratie””

  1. Audibert dit :

    Bertrand ! Rendez nous la Duflot !
    Sa place est dans le Val de Marne, chez elle, chez nous, dans la 3eme circonscription pour battre la droite qui nous a battu en 2007. Cette circonscription où fut longtemps élu notre ami Roger-Gérard Schwartzenberg doit redevenir de gauche comme avant 2007. Et laissons Daniele Hoffman Rispal à sa place. Merci Bertrand !

  2. gaudun dit :

    CHER CAMARADE

    Je suis contre les parachutage , de plus ces négociations avec les verts aurait duent avoir lieu entre les deux tours la c’est prématuré vu qu’ils ont une candidate (qui au passage nous tape dessus) on vient de se tirer une balle dans le pied .

    amitié socialiste

    GAUDUN REGIS

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