LES ÉDITOS

Injustice, inconséquence, imprécision : les points sur les “i” du « plan Fillon »

8 novembre 2011


Voici donc venu le temps du énième « plan Fillon ». Faut-il souligner l’immense aveu d’échec qui s’exprime à travers cette mise en scène ? Quatre ans après avoir dit que la France était en état de « faillite », le Premier ministre reconnaît qu’il n’a fait, depuis, qu’accentuer cette faillite. Nous pourrions lui donner acte de cet aveu, et dire qu’après tout, mieux vaut tard que jamais… L’ennui est qu’il ne tire aucune conséquence de ses erreurs avouées, et que, tout en les reconnaissant, non seulement il les maintient mais il les renouvelle ou il les aggrave.


1. Le principal défaut de ce plan, c’est, comme toujours avec ce gouvernement, sa profonde injustice sociale. D’abord parce qu’aucun des cadeaux fiscaux coûteux, inéquitables et inefficaces, consentis depuis quatre ans, n’est remis en cause. L’allègement indécent de l’ISF décidé en juin dernier pour 2 milliards d’euros ? Maintenu. Les droits de succession allégés en 2007 pour les plus gros patrimoines ? Leurs barèmes sont conservés (en langage Fillon on dit « gelés »). Quant à la question de l’âge du départ à la retraite…il est permis d’abord de s’interroger sur la solidité d’une réforme qui devait régler le problème pour vingt ans et qui change tous les neuf mois. Mais surtout, en ignorant la seule question valable, qui est celle, non pas de l’âge de la retraite mais de la durée de cotisation, ce sont les plus fragiles que le gouvernement cible : ceux qui ont commencé à travailler tôt, et ceux dont les travaux ont été les plus pénibles.


2. A l’injustice sociale s’ajoute l’inconséquence économique. Le Premier ministre revendique que son plan ne « pèse pas sur la croissance » (sic). Mais ne serait-on pas en droit d’attendre d’un tel plan qu’il vise au contraire à favoriser la croissance, sans laquelle ni notre économie ni nos finances publiques ne se redresseront ? Cette logique purement statique de la politique budgétaire est en totale contradiction avec le mouvement, le dynamisme économique dont notre pays a besoin pour se relancer. Elle est en décalage spectaculaire avec les mesures annoncées le même jour par l’Allemagne et qui poursuivent précisément cet objectif. Or, le plan Fillon, contrairement aux déclarations du Premier ministre, pèsera sur la croissance. La hausse annoncée de la TVA handicapera inévitablement la consommation, et pèsera donc, directement, sur l’activité et au-delà sur les recettes de l’Etat …


3. Tout cela, bien sûr, dans l’imprécision minutieusement entretenue. Le premier ministre dit vouloir imposer plus et mieux les revenus du capital… Mais faute de préciser comment, avec quels taux, dans quelle fourchette, il nous autorise à penser que ce sera peu de chose, tout au plus une mesure de l’ordre du symbole. Il annonce aussi son intention de toucher enfin au maquis des niches fiscales. Mais lesquelles réduira-t-on ? Lesquelles supprimera-t-on ? Faute d’avoir ne serait-ce qu’esquissé une réponse à ces questions, on en restera, au mieux, à un aménagement de surface, et les niches les plus iniques ne seront pas remises en cause.


4. Et puis, une fois de plus, à l’incapacité s’ajoute la provocation. Comme chaque fois qu’il est en difficulté, le Premier ministre instruit le procès en incompétence et en mauvaise gestion des collectivités locales. Et maintenant, avec une certaine gravité, je veux dire que cela suffit. Les collectivités locales n’ont pas à être ainsi instrumentalisées et offensées. Rappelons que, s’il était soumis aux mêmes règles qu’elles (notamment celle d’équilibrer le budget de fonctionnement) l’Etat serait mis sous tutelle dès le mois de juillet de chaque année… Le Gouvernement demande que les collectivités fassent œuvre de transparence sur leurs dépenses de train de vie et de communication, laissant ainsi entendre que là serait l’origine des difficultés financières du pays. Etrange attaque au moment même où la Cour des comptes pointe l’explosion des dépenses de communication de l’Etat et l’usage de crédits publics pour le financement d’études d’opinion au contenu explicitement politique, voire partisan. Soyons clairs, la progression des dépenses des communes, des départements et des régions, est due, prioritairement, à l’augmentation très fortes des dépenses sociales dont une bonne part ont été cyniquement transférées par l’Etat- sans être évidemment compensées-, mais aussi au financement de services publics fondamentaux, en particulier l’école, les crèches et les transports.


Il est temps, décidément, qu’arrive au pouvoir en France une majorité capable d’assumer sa charge sans se défausser sur les autres, et de redresser le pays, avec courage, par les valeurs de la justice.


Bertrand Delanoë

4 commentaires à “Injustice, inconséquence, imprécision : les points sur les “i” du « plan Fillon »”

  1. Un premier ministre gribouille, un président candidat qui compte sur ses talents d’improvisation par gros temps, et voilà la France, ce cher et vieux pays conduite par des managers de la peur, conscients d’une seule chose, l’alternance est plus que jamais probable et elle sera fatale à leur carrière.
    Je n’ai rien à ajouter à cet éditorial grave et ferme de Maire de Paris.

  2. Thierry Quille dit :

    Moi je soutiens le candidat F Hollande,cependant, dans le plan d’austérité,je n’ai pas vu les politiques mis a contribution sur leurs avantages liés a leur retraite de députés elus ou pas élus, en effet, Mr JL Debré avait fait passer une loi donnant à ces députés un avantage non négligeable sur 60 mois d’indemnités de parlementaire à ceux qui ne seraient pas réélus, quand on voit le montant de cette indemnité ça fait frémir,5178 euros soit 6952 € brut .60 fois son salaire brut soit 20% de leur traitement à vie, au lieu des 6 mois acquis précedemment cette loi, 417180 € c’est le montant que nous coute un député non réélu sur 5 ans sans compet ce qu’il nous coute à vie, c’est une honte de laisser en place de telles lois. De plus il n’est pas tenu de rechercher un emploi sans RV avec un conseiller ANPE!!!.les senateurs sont à 32 heures,1260 fonctionnaires travaillent au senat et touchent entre 2300 et 20000 euros par mois, avec tous leur avantages femme de ménage, jardinier compris avec même une prime de nuit (même les jardiniers ont la prime de nuit !!!! on rêve! 4 mois de vacances pour tous.11540 € / mois, dont la moitié est fiscalisable, avec à la clé, la sncf, air france, ratp gratuit, plus une prime informatique de 1000 euros par mois,taux de contruction très réduits,90 senateurs sur 343 sont assidus; 120 à temps partiel; certains ne mettent jamais les pieds au sénat!
    La cours des comptes n’a pas droit de regard sur le senat. Nous payons 300 millions d’euros pour le senat dans l’opacité la plus totale. Un mandat de 6 ans de sénateur donne droit à une retraite de 1869 euros,ce que Mr Bertarnd Delanoé aura comme retraite en 2012. De plus les senateurs sont fonctionnaires ,et toucheront en plus leur retraite de fonctionnaire.Je crois rêver! Alors qu’un ouvrier touche à peine 1500 euros par mois au bout de 40 ans de cotisations!Un taux de reversion à la veuve de l’ordre de 65% soit 11000€!!!!!plus la retraite de 6000 € de son mari.
    ce reportage de Jean Jacques Bourdin est scandaleux!
    source youtube video interview.

    http://www.youtube.com/watch?v=IHvh5G-6wRc&feature=player_embedded

    Le Senat: Enquete Sur Les Super Privileges De La Republique Yvan STEFANOVIC RMC

  3. chalane dit :

    Voilà une parole qui se dresse contre un plan inique et qui vise la France qui se lève tôt et celle qui attend un lendemain qui chante autre chose que “du sang et des larmes”. Allons, changeons la vie, et cela commence par le combat des idées. Merci

  4. J MARC dit :

    Appartenant à l catégorie basse dela classe moyenne, tiré vers le bas, et en tant que militant socialiste, je suis inquiet à entendre les plus démunis que je rencontre. inquiet car ils ne savent plus qui croire et leurs bulletins de vote se prépare à etre celui du FN . En ces temps dificile voir insoutenable avec de tels niveaux de vie , le populisme devient forcément facile à entendre . IL faut dans cette campagne qui se prépare que des personalités audibles et ayant la confiance du peuple soient très présentent pour dire la vérité et dans cette catégorie, Bertrand tu às un role primordial de communication.

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