LES ÉDITOS

Entretien de Bertrand Delanoë au “Parisien”

28 août 2011

 La décision de François Fillon de mettre à contribution les hauts revenus vous satisfait-elle?

Bertrand Delanoë. Cette décision correspond à une urgence budgétaire et sociale. Mais elle n’effacera pas une décennie d’injustice fiscale et d’affaiblissement de la France, aggravés par le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle ne nous dispensera pas, non plus, d’une réforme globale de la fiscalité. Il faudra rétablir la progressivité de l’impôt, mettre autant à contribution les revenus du capital que ceux du travail et inciter les entreprises à se développer en baissant l’impôt de celles qui réinvestissent leurs bénéfices et en l’augmentant pour celles qui les distribuent aux actionnaires.

Pouvez-vous toujours dire que Nicolas Sarkozy est le «président des riches»?

Oui. Ce n’est pas parce la droite va se livrer pendant six mois à un sauve-qui-peut budgétaire qu’elle est réhabilitée. Les Français ne doivent pas être pris pour des imbéciles : la crise mondiale n’est pas seule en cause dans les graves difficultés que connait notre pays. Chacun peut constater les résultats de la mauvaise politique économique et sociale qui a été menée, et mesurer l’état de nos services publics essentiels : l’école, la santé, la sécurité. La réalité, c’est que la gauche gère mieux que la droite. Crise ou pas crise.

La « règle d’or » n’est-elle pas une mesure de bons sens ?

La France doit s’engager durablement dans la réduction de ses déficits. Mais on ne le fera pas par un coup de com’ politicien. La loi Dalo a-t-elle permis d’offrir un logement à chacun ? Non. La droite a mis dans la Constitution l’obligation pour l’Etat de compenser intégralement toutes les dépenses correspondant aux compétences transférées aux collectivités locales. L’applique-t-elle ? Non. Inscrire l’équilibre des finances publiques dans la Constitution ne règle pas le problème. Une présidente ou un président de gauche devra le faire dans la pratique. Quant à invoquer l’union nationale, hors d’une procédure respectueuse de la démocratie, c’est une manœuvre grossière à quelques mois de la présidentielle.

Le projet du PS a été rédigé au printemps dernier avant la crise. Est-il aujourd’hui caduc ?

Il faudra peut-être revoir le calendrier et être plus audacieux sur les recettes. Par exemple  j’ai proposé de créer un impôt exceptionnel sur les hauts revenus, qui n’a rien à voir avec celui de François Fillon, dont l’assiette est trop étroite et le seuil trop élevé. Cet impôt toucherait les 150000 contribuables qui gagnent plus de 20.000 €par mois ainsi que les patrimoines au-delà de 5 M€ et rapporterait 2,5 milliards par an- alors que celui que vient d’annoncer le gouvernement n’en rapporterait que 200 millions, soit dix fois moins. Cette idée ne figure pas dans le projet du PS, mais les esprits évoluent. Travaillons, discutons-en !

Redoutez-vous que la primaire dérape ?

Celle ou celui qui sera désigné aura besoin de tout le monde. Au lendemain du second tour de la primaire, il faut donc que personne ne soit abîmé. Ni le vainqueur, ni les autres. Pour l’instant, le climat me paraît plutôt bon, mais soyons vigilants.

Martine Aubry que vous soutenez est distancée dans les sondages…

Je préfère la politique aux sondages. Récemment, Nicolas Hulot devait être désigné haut la main ; il a été battu par Eva Joly… La campagne de Martine Aubry est bonne parce qu’elle est sérieuse et qu’elle a le sens du temps. Martine me paraît la mieux placée pour résoudre les problèmes des Français. Elle est aussi exigeante sur la gestion que sur la justice sociale. Et surtout elle porte particulièrement bien la perspective du rassemblement des forces progressistes et écologistes. Non seulement pour gagner. Mais aussi pour que tous prennent leurs responsabilités ensemble, afin de réussir de 2012 à 2017.

Comment avez-vous accueilli la décision de « non lieu » pour Dominique Strauss-Kahn?

Je me réjouis que Dominique Strauss-Kahn, Anne Sinclair et leurs proches puissent retrouver la sérénité. Pour le reste, la leçon à retenir, c’est que la justice ne doit pas être rendue sur la base de rumeurs ou d’emballements médiatiques, mais par des institutions qui en sont chargées selon des lois. J’ai trouvé les déferlements de commentaires et de jugements de valeur profondément choquants.

DSK doit il prendre une part active dans la campagne des primaires ou à celle de la présidentielle?
Il a des convictions et du talent. Au moment où il le souhaitera, il exprimera ses idées et ses compétences. Dans la crise que nous traversons, son analyse sera précieuse pour tout le monde. Mais là aussi gardons le sens du temps.

 Propos recueillis par Matthieu Croissandeau, Eric Hacquemand et François Vey.

Un commentaire à “Entretien de Bertrand Delanoë au “Parisien””

  1. sosdependance dit :

    Monsieur le maire

    Prenez connaissance de notre blog http://lareformedeladependancedespersonnesagees.blogs.nouvelobs.com/.
    Transmettez à Mme Capelle
    Il y a beaucoup à faire à Paris sur les personnes dépendantes et s’agissant de l’aide en hebergement- la prise en charge par l’action sociale-paris se classe dans les départements les plus restrictifs.
    Nous esperons pouvoir entrer en contact avec vous.
    Cordialement

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens