LES ÉDITOS

Temps perdu …

16 septembre 2009

« Ce que j’en pense, c’est que j’ai vraiment peu de temps à perdre avec ça ». Interrogé sur les propos de son ministre de l’Intérieur  (« Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »), Nicolas Sarkozy n’a pas jugé utile d’en dire davantage. Le même, dans son projet présidentiel de 2007, prônait pourtant une « démocratie irréprochable ». Peu de temps à perdre, donc, avec « ça ». Et « ça » c’est quoi ? Des valeurs, des principes, une façon d’être et de considérer les autres, cet ensemble essentiel censé structurer notre vie collective et préserver les repères qui permettent – encore – de qualifier notre Société de « civilisée ». Quand l’hôte de l’Elysée assimile publiquement l’évocation de tels enjeux à une perte de temps, c’est la porte ouverte au cynisme, érigé en principe de gouvernance. La remarque s’applique d’ailleurs à l’actualité un peu grotesque des tests ADN pour le regroupement familial : à l’époque, qui s’en souvient, monsieur Hortefeux (déjà lui !) légitimait ces tests en invoquant les « carences de l’état civil dans certains pays » qui « pénalisent des demandeurs de bonne foi » (2 octobre 2007). Aujourd’hui, pourtant, Monsieur Besson, son successeur, observe que « nos consulats ne sont pas équipés pour ces empreintes génétiques ». Décidément, les « carences » semblent universelles… Quant au chef de l’Etat, il tranche, implacable : « Tout le monde sait que les tests ne servent à rien » : que ne l’a-t-il dit deux ans plus tôt ? Les députés de sa majorité se seraient ainsi dispensés de dilapider leur temps avec « ça »…

Invité récemment sur RTL, Robert Bourgi, avocat et conseiller du président de la République pour les relations avec les pays africains explique benoîtement comment Omar Bongo avait obtenu, ni plus ni moins, l’éviction de Jean-Marie Bockel, alors ministre chargé de la Coopération. Convié à son tour, quelques jours plus tard, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, n’a même pas cherché à démentir l’information. Un ministre de la République sacrifié sur intervention d’un chef d’Etat étranger ? Pas de temps à perdre avec ça…

Amollissement inquiétant de notre vie démocratique.

Arrogante désinvolture d’un pouvoir sûr de lui, dont la pratique banalise au quotidien les dérives les plus contestables.

Accessoirement, c’est un ministre « d’ouverture » qui fait les frais de cet épisode peu glorieux, subissant de plein fouet les effets d’un concept strictement tactique : débaucher pour semer la confusion, exhiber le maximum de ralliements pour démontrer sa force.

Et les convictions, dans l’affaire ? Peu de temps à perdre avec ça…

11 commentaires à “Temps perdu …”

  1. Phil dit :

    bravo.
    c’est clair et net.

  2. abbess dit :

    bravo
    BERTRAND QUAND LA FRANCE DEVIE PENDANT LE VOTE //ON OBTIENT UNE EQUIPE QUI DEVIE LA FRANCE TOUS LE TEMPS//
    A+

  3. Nico-12ème dit :

    « Pas de temps à perdre / Un temps d’avance (1/6) »

    Billet très juste.

    Mais n’avez-vous point remarqué qu’au lendemain de ces propos de M. Sarkozy, c’est notre propre 1ère Secrétaire Martine Aubry, interrogée sur les affaires de fraudes à Reims, qui a répondu : « J’ai mieux à faire ».
    Ne trouvez-vous pas cet effet de miroir saisissant ?
    Mieux à faire que ça…
    « Et ça c’est quoi ? », aurais-je envie de vous demander, avant de vous retourner votre propre réponse : « Des valeurs, des principes, une façon d’être (…), cet ensemble essentiel censé structurer notre vie collective et préserver les repères qui permettent – encore (?) – de qualifier notre [Parti] de civilisé. » Des principes de justice, de démocratie, de respect des règles, des principes d’éthique.
    « Quand les hôtes de [notre Direction] assimilent publiquement l’évocation de tels enjeux » (certes entachés de récupération tacticienne de la part de Mme Royal, mais néanmoins) à – je cite – un combat « sans raison, hors du temps, hors de propos [et qui] n’a aucun sens », c’est selon moi aussi, pour reprendre vos termes, « la porte ouverte au cynisme, érigé en principe de gouvernance ».
    C’est malheureusement cela qu’est devenu notre Parti aujourd’hui.

  4. Nico-12ème dit :

    « Pas de temps à perdre / Un temps d’avance (2/6) »

    M. Delanoë, je suis signataire de votre motion à Reims, et je dois vous avouer que, bien plus encore que le fond de vos propositions, c’est surtout votre personnalité qui m’a séduit. J’ai de vous l’image d’un homme politique qui se distingue des autres par sa droiture, sa loyauté et une certaine exigence de probité en politique. Vous nous l’avez encore rappelé hier soir à la Mutualité (outre votre respect très scrupuleux, et depuis longue date, du principe de non cumul des mandats) : ce que vous faites, vous l’annoncez toujours, y compris lorsqu’il s’agit de mesures potentiellement déplaisantes. C’est assurément la marque d’un très fort désir d’intégrité de votre part et d’un souci de transparence quasi-intransigible. Principes qui ne sauraient, l’un comme l’autre, céder devant un quelconque calcul stratégique ou électoraliste.

    Or c’est bien en ces termes que nous est posé le dilemme actuel : donner de nous l’image d’un Parti qui préfère se consacrer à préparer la future échéance électorale, quitte pour cela à paraître transiger en son propre sein sur les valeurs qu’il entend pourtant défendre par ailleurs. Ou alors renvoyer l’image d’un Parti nombriliste, en continuelle crise interne, mais capable de faire preuve de volonté (et, permettez-moi de vous le dire, de « courage » et de « clarté ») lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs les plus élémentaires de la démocratie.
    Mais peut-être ce dilemme ouvre-t-il une troisième voie que vous-mêmes, jusqu’ici très adroitement situé au dessus de la mêlée, pourriez incarner ?

  5. Nico-12ème dit :

    « Pas de temps à perdre / Un temps d’avance (3/6) »

    J’ai voté pour vous au congrès de Reims en premier lieu parce que je rêvais d’un Parti Socialiste qui vous ressemble, à votre image : soucieux de son intégrité. J’ai peine aujourd’hui à regarder l’état de mon Parti, qui s’en situe à des années lumières.

    J’ai toutefois connu un (bref) moment de soulagement, et même d’espoir, à la lecture de votre entretien dans “Le Monde” du 16 Juin. Vous y pointiez du doigt les dérives du Parti, que vous compariez même à celles de la SFIO. Vous y dénonciez nos comportements (ainsi que notre responsabilité collective), et plus particulièrement « les phénomènes de clientélisme en interne », de « baronnies locales », ainsi que nos « votes pas forcément clairs ». Qu’en est-il désormais ?

    Je sais aujourd’hui que c’est un combat que vous et vos amis continuez de mener très discrètement en interne, notamment lors du dernier Conseil National du 12 Septembre (le jour précisément où Martine Aubry avait « mieux à faire »…) où vos amis ont tenté d’imposer une surveillance plus rapprochée des quelques fédérations que l’on sait, depuis si longtemps maintenant, se comporter en « baronnies locales » et qui se trouvent être, sans réelle surprise, les premières visées dans ces accusations de fraudes et de « votes pas forcément clairs ».

    Mon respect à votre égard n’en est que plus grand. Mais force est de constater que ce combat se heurte encore à de nombreux barrages internes et semble voué à ne jamais pouvoir déboucher.
    Autant l’instrumentalisation des médias pour court-circuiter le Parti (comme le fait aujourd’hui Mme Royal) paraît être une méthode disgracieuse, autant il convient de s’interroger sérieusement lorsque les seuls moyens internes ne permettent pas d’aboutir, sur un sujet pourtant aussi évident que le souci de transparence et de liberté démocratique, à de réelles prises de consciences collectives et aux mesures censées aller avec.
    Dès lors, que faire ?

  6. Nico-12ème dit :

    « Pas de temps à perdre / Un temps d’avance (4/6) »

    Vous nous avez dit, M. Delanoë, que notre responsabilité était COLLECTIVE. Je le pense aussi, et cela suppose que cette responsabilité partagée s’étend de ceux qui sont aux manettes jusqu’à ceux qui, à la base, regardent, plus impassibles qu’impuissants, laissent faire et se taisent (pour quelque raison que ce soit, aussi valable soit-elle – comme l’idée qui voudrait que la mise sous silence soit une garantie de réussite en 2010 et le souci de transparence ou l’éclatement de la vérité au grand jour une garantie d’échec). « Qui ne dit mot consent », dit-on…
    C’est malheureusement l’image que j’ai aujourd’hui de notre Parti : un Parti de moutons, dirigé par des autruches ! Bien loin de l’image de l’éléphant, animal réputé pour sa mémoire.

    Ce qui m’amène à interroger un autre aspect : celui de notre rapport à notre passé. Je vous l’avoue, M. Delanoë, vous m’aviez fait vibré lors de vos discours de congrès, alors même que les autres motions nous faisaient des procès (injustes) d’archaïsme en invoquant pour leur part un besoin impérieux de « rupture » (faire table rase du passé, etc.). Vous aviez opposé à cela notre nécessité de préserver notre passé et notre histoire collective : en en assumant toutes les fautes et toutes les erreurs, en toute humilité et toute honnêteté. En toute responsabilité, en somme. Une attitude qui me paraît tellement plus saine… Or il n’est question de rien d’autre que cela aujourd’hui : non pas d’aller revisiter le passé pour le revivre encore et encore et nourrir un quelconque penchant masochiste, mais simplement d’avoir le « courage » de reconnaître nos erreurs passées, si elles sont avérées, et de les assumer. Toujours dans l’optique de mieux construire notre futur…

    Faire la lumière totale sur cette histoire de fraude serait un acte de responsabilité et d’honnêteté qui ne pourrait que grandir, au bout du compte, ce Parti Socialiste traîné dans la boue encore et encore. Quitte à ce que certains de nos membres soient sanctionnés pour les fautes qu’ils auraient commises en conscience. Car en attendant, c’est tout le Parti, dans son ensemble, qui vit sous la sanction du soupçon non dissipé… Or il n’existe qu’un seul moyen de dissiper ce soupçon : prendre notre courage à deux mains, et permettre qu’une enquête impartiale soit menée.
    Car la sanction pourrait très bien prendre, très prochainement, une autre forme : celle du vote sanction, pas plus tard qu’aux régionales de 2010.

  7. Nico-12ème dit :

    « Pas de temps à perdre / Un temps d’avance (5/6) »

    Le comble de l’ironie, dans cette histoire, c’est que tout cela intervient au moment où le Parti décide de se doter prochainement d’une charte d’éthique et d’une commission indépendante chargée de la faire respecter (une des quelques annonces de La Rochelle qui avaient su me redonner espoir).
    Mais ne nous voilons pas la face : cette proposition (absolument pas clivante et vouée à recevoir l’approbation unanime des militants) n’a aucun lieu d’être soumise à notre vote par le biais d’une quelconque consultation. Elle aurait pu être annoncée directement à La Rochelle (ou cette semaine) et entrer aussitôt en chantier/application. Elle ne figure au fond sur le questionnaire du 1er Octobre que pour en accentuer la portée plébiscitaire à l’endroit de Martine Aubry. Mais passons…

    Une réaction raisonnable et responsable, face à la polémique actuelle lancée par le fameux livre-brûlot, aurait pu être de saisir cette proposition de commission indépendante au vol et en démontrer, par la même occasion, toute la nécessité et l’utilité. Notre Première Secrétaire aurait pu réagir en annonçant que cette « commission indépendante » allait avoir comme première mission de faire toute la lumière sur les accusations qui pèsent encore sur notre congrès, que ce soit pour les démentir, nous disculper et blanchir ENFIN notre image, ou pour faire valoir le principe de justice en notre sein (qui passe aussi, évidemment, par la sanction) et donner ainsi l’image d’un Parti qui, bien que reconnu coupable (un passé que nous aurions alors à assumer, comme toutes nos autres erreurs passées, humaines…), ne transige pas sur ses principes, ne défend pas des valeurs à géométrie variable, et ne tient pas des discours hypocrites en décalage avec ses propres comportements internes.

    Confier le soin d’enquêter à une telle commission « indépendante », en marge donc du PS, aurait ainsi pu permettre au Parti Socialiste de reprendre, lui, de son côté, le cours normal des choses et continuer de travailler en vue des régionales. L’argument du « mieux à faire » ne tient donc pas… Ce parti pris aurait en outre permis de montrer que le Parti Socialiste est capable de s’autoréguler lui-même, étant lui-même à l’origine de la création de ladite commission indépendante et de cette initiative correctrice.
    Martine Aubry n’a malheureusement pas eu le « courage » d’une telle réaction, préférant plutôt se réfugier dans une posture de déni qui ne peut qu’accroître un peu plus encore le soupçon qui pèse déjà lourdement sur nous…

  8. Nico-12ème dit :

    « Pas de temps à perdre / Un temps d’avance (6/6) »

    Je vous l’avoue aujourd’hui, ma foi en ce Parti n’est plus suspendue qu’à l’espoir terrible de voir quelqu’un de votre trempe, M. Delanoë, faire preuve de ce genre de « courage ». Capable de défendre, contre n’importe quel contexte, ce qui est fondamental, primordial, bref ce qui, par définition, doit primer devant tout autre enjeu. (Cela n’entachant de surcroît en rien votre si cher souci de loyauté)

    Car dans l’absolu, en mettant de côté les questions de style, de méthode et de calcul stratégique, on sait tous très bien que le combat de Ségolène Royal (défendre les principes de justice et de démocratie, y compris en notre sein) est tout ce qu’il y a de plus juste, de plus louable et de plus honorable. Mais sa personnalité, si dérangeante aux yeux de beaucoup, fait malheureusement que ses interventions suscitent systématiquement les plus basses moqueries, quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, y compris lorsqu’elle pose – et c’est parfois le cas – les bonnes questions.

    Les questions posées ici sont en effet très sérieuses, graves et même préoccupantes : comment faire confiance à un Parti incapable de lutter contre ses propres phénomènes de mafia organisée pour aller lutter contre, par exemple, les paradis fiscaux et autres phénomènes de lobbying très mal vus du peuple de gauche français ? Comment oser aller parler de justice, d’ordre et de principes démocratiques à nos concitoyens après cela ?
    Surtout : comment oser prétendre pouvoir changer la France, et même le monde, lorsque l’on n’est même pas capable de se changer soi-même ???

    L’enjeu est celui de la preuve d’une volonté politique claire et infaillible. L’enjeu est celui de la démonstration tangible du « courage » exemplaire indispensable pour porter une telle volonté de transformation du monde !
    Il en va de la crédibilité de l’engament politique et de la preuve de son efficience.

    Face à de tels enjeux, M. Delanoë, je vous le dis : vous ne pouvez pas vous taire. Vous ne pouvez pas répondre, comme tous les autres, que vous avez « peu de temps à perdre avec ça » ou « mieux à faire »…
    Permettez-moi, M. Delanoë, de croire qu’il s’agit là d’un combat, beau, essentiel et honorable, à votre mesure !

    Nicolas
    Un jeune militant du 12ème, peut-être trop naïf, qui veut encore espérer, croire en ses idéaux et ne surtout pas s’abandonner au cynisme ambiant, désenchanté, calculateur et démissionnaire.

    Car il est certaines valeurs devant lesquelles nous n’avons pas le droit de démissionner !

  9. Michel Pachkoff dit :

    Contre les primaires ouvertes.
    Nous, trois militants de la section de Malakoff – dont un conseiller municipal délégué et un membre de la CA de section – refusons de dissocier la désignation – le moment venu – de notre candidat(e) à la présidentielle de la définition de notre projet. Nous sommes également très inquiets à l’idée d’ouvrir la porte aux émissaires de Sarkozy qui viendront péser sur notre choix.
    Nous lançons donc une pétition militante à l’adresse suivante :
    http://www.non-aux-primaires-ouvertes.eg2.fr/?petition=2

  10. nathalie Palazo dit :

    Bien vu, Bertrand Delanoë.

    Ces “petites” choses en presse font causer plus que sur les malheurs des gens ne font sonorités!

    Bien évidement que ce gouvernement sent la dérive, depuis 2007 on le sait. Ils s’empêtrent peu à peu dans un système qu’ils ont voulu hors repères, hors institutions faisant d’un sujet sa seule institution; nous savons sans aucune hésitation que les institutions sont importantes pour tenir les hommes ensemble; cette dérive de langage doit alerter à ce niveau là plutôt qu’à alimenter le papier journal, le son médiatique, le gagne-pain des journalistes, parfois complices, parfois innocents objets utilisés par le pouvoir en place.

    Je dis souvent que la “folie des hommes” ne se traitera pas par le symbole mais le Réel: la misère des gens, les suicides… “non, c’est leur histoire la cause”: ben voyons, la société n’y est pour rien… ben voyons, hors du coup, jamais concerné: mais combien de fois j’entends, et je me le dis parfois: sans travail, quand l’amour la solidarité n’est pas, le couple bancal, la famille, bof, alors oui la société créée de la souffrance qui peut conduire au suicide.
    Le travail tant valorisé par ce gouvernement et de l’autre côté des usines ferment, l’avenir s’envole dans un temps non acccompagné par ce gouvernement.
    Difficile mais soyons franc: le seul espoir réside dans une politique qui oeuvrera à un bouleversement accompagné.

    Nathalie

  11. Loïc dit :

    Bonjour,

    Voici une bonne analyse très pertinente et juste. Il y a un distinguo à établir entre les dérives au PS et celles-là. Ces dernières concernent non pas la démocratie à l’intérieur d’un parti politique, mais à l’intérieur de notre pays; la France et ses dirigeants actuels se reposent en effet de moins en moins sur les valeurs qui ont fait la République, et donc la démocratie.

    Je serai ravi de vous voir candidat aux primaires de 2011 et encore plus en 2012.

    Nous serons nombreux chez les socialistes (chez les français aussi) à vous soutenir, je le crois.

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